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Publié aux éditions L'Harmattan sous la direction de Bernard-Marie Garreau, Le terroir de Marguerite Audoux rassemble une série de six articles consacrés à Marguerite Audoux, présentés dans un colloque sur George Sand et Marguerite Audoux à l'université d'Orléans, à l'automne 2004.

Ces articles se distribuent en deux ensembles. Les uns, signés par Sylvie Sauvage, Bernard-Marie Garreau et Samuel Lair sont particulièrement centrés sur la relation poétique et amoureuse de "la couturière des Lettres" avec son terroir de Sologne, les autres, écrits par Angela Kershaw, Maguy Albet et Mireille Dumont, insistent plutôt sur l'expérience que fit l'ancienne bergère de la vie ouvrière parisienne.

Dans son introduction, Bernard-Marie Garreau  rappelle quelques éléments biographiques indispensables. L'oeuvre de Marguerite Audoux se confond avec sa vie : Marguerite Donquichotte, qui adoptera plus tard le nom de sa mère, Audoux, naît à Sancoins en 1863. Devenue orpheline à l'âge de trois ans, elle est élevée de 1868 à 1877 par les soeurs de l'Hôpital Général de Bourges. A quatorze ans, elle est placée comme bergère d'agneaux et servante de ferme en Sologne. A partir de 1881, elle poursuit son humble existence à Paris comme couturière.

Vers 1900, elle rencontre Michel Yelle, ami d'André Gide. Ce dernier découvre que la jeune femme écrit ses souvenirs. Il vend la mèche aux amis écrivains, intellectuels et artistes du Groupe de Carnetin, auquel s'est jointe l'ancienne bergère. L'un d'eux, Francis Jourdain, va trouver Octave Mirbeau qui s'enthousiasme pour le manuscrit. Marie-Claire paraît en volume en octobre 1910 et obtient le Prix Fémina le 2 décembre. Ce premier roman autobiographique relate les dix-huit premières années de la romancière. L'Atelier de Marie-Claire, paru en 1920, évoque le monde de la couture à travers l'atelier Dalignac où Marguerite Audoux travailla pendant vingt ans. Suivront deux autres romans : De la ville au moulin (1926) et Douce lumière (1937), ainsi qu'un recueil de contes, La Fiancée (1932). Devenue presque aveugle, Marguerite Audoux s'éteignit près de la mer, à Saint-Raphaël, en 1937.

Un poème de la vie intérieure

Rappelant l'amitié qui lia Marguerite Audoux à Alain-Fournier, Bernard-Marie Garreau cite les termes d'un article qu'écrivit l'auteur du Grand Meaulnes au lendemain de la publication de Marie-Claire : "La littérature des trente dernières années n'a pas produit peut-être un poème de la vie intérieure plus beau que la deuxième partie de Marie-Claire qui se passe chez des paysans de Sologne (...) C'est là, ne craignons pas de le dire, chez ces paysans du centre de la France, que la vie du coeur est la plus intense, parce qu'elle est aussi la plus cachée. Et tel est l'art de Marguerite Audoux : l'âme dans son livre est un personnage toujours présent mais qui demande le silence". "Marguerite Audoux, écrit de son côté Mireille Dumont dans l'article final, était perdue d'avance, puisque femme, orpheline, pauvre et isolée. Elle fait partie des "sans voix" et elle va pourtant faire entendre la sienne, parce que l'époque permet une émancipation qu'elle va saisir. Elle va quitter le monde rural où, par définition, les femmes sans condition ne sont rien, pour la ville où, après des emplois pénibles, elle accède à "l'artisanat artistique" d'un atelier de couture. Les amis qu'elle rencontre vont lui donner des idées, en particulier celle d'écrire, d'abord pour elle, puis pour les autres, les gens du peuple, qui sont les personnages de ses livres."

Espérons avec Mireille Dumont que des initiatives telles que les concours Marguerite Audoux dans les collèges du Cher, la tenue en 2004 du colloque sur Marguerite Audoux, à l'université d'Orléans et, bien sûr, la publication de ce livre, contribueront à dissiper le silence qui recouvre injustement l'oeuvre d'une femme qui croyait en l'être humain et qui fut un exemple rare d'élévation par le travail et de générosité.

Le terroir de Marguerite Audoux, publié sous la direction de Pierre-Marie Garreau aux éditions L'Harmattan, dans la collection Espaces littéraires.

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