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"Prague ne nous lâchera pas, la petite mère a des griffes." (Franz Kafka)

" - J'ai vu Prague... Le Pont Charles, la place Wenceslas, le château des rois de Bohême, la cathédrale Saint-Guy, les tramways, l'opéra où eut lieu la première représentation de Don Giovanni, le cimetière juif... Non, je n'ai pas vu Prague, je n'aurais jamais dû aller à Prague, j'aurais dû me contenter d'en rêver.

Je me souviens de mon prof de grec qui détestait les voyages : "Je ne veux pas aller en Grèce, je ne veux pas voir Athènes, je ne veux pas visiter le Parthénon... J'ai trop peur d'être déçu. Je préfère regarder des cartes postales." Qu'est-ce que je m'imaginais ? Que la Prague d'aujourd'hui ressemble à celle des romans de Jan Neruda, de Leo Perutz, de Milos Jiranek, de Frantisek Langer, de Gustav Meyrinck, de Max Brod, de Franz Kafka ?... Ou bien que j'allais rencontrer tous ces gens-là au coin de la rue et les emmener discuter des nuits entières dans un café enfumé de Mala Strana ?

Et pourtant, il y a eu ce miracle : la jeune aveugle qui chantait sur le Pont-Charles et toute l'âme de cette ville qui a fleuri en un instant avec le sens de ma propre vie et peut-être aussi ce poème sur le cimetière juif qui m'est venu au retour. Echanger toutes les déceptions contre la floraison d'un unique miracle... C'est peut-être cela voyager.

Je ne suis pas honnête, j'ai aimé l'inconcevable beauté de cette ville et je flâne encore dans le souvenir que j'en garde... La foule sur le Pont Charles, le petit restaurant où j'ai mangé place de la vieille ville, sous l'horloge astronomique, les profusions baroques, les paillettes de soleil sur la Vltava, ces instants de pur bonheur où je ne me posais aucune question : "Je suis à Prague."

J'ai vu aussi l'envers du beau décor : la corruption, l'industrie du sexe, les églises désertes...

J'ai pensé qu'ils avaient perdu la mémoire, mais qu'en savais-je ?  Traverse-t-on impunément cinquante ans de communisme ? Je leur en ai voulu de s'être jetés à corps perdu dans la consommation.
Et moi ?... Et à qui la faute ? Bien sûr, je suis tombé de haut, voyager, c'est toujours "tomber de haut", mais j'ai aimé cette ville, malgré tout. J'ai aimé cette ville comme on aime la vie, sans faire de détails, car la vie ne fait pas dans le détail.

Mon voyage fut  fait de bonheurs, mais aussi de fatigues, d'illusions, de déconvenues, de lectures, de rencontres réussies ou manquées, de rêves, de souvenirs et de nostalgie. Bien sûr, on peut toujours rester chez soi et regarder des cartes postales, mais pour trouver l'or du temps, il faut cribler la boue.

- Oui, j'ai aimé cette ville, comme on aime la vie... Malgré la nuit.

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