Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

"Le cliché courant consiste à dire que nous ne voyageons que pour des raisons économiques, pour la conquête de marchés. Sommes-nous si sûrs que Homo sapiens dont le Grand Récit relate les exploits ait été si préoccupé de ces commerces ? (...) Nous ne cessons de voyager depuis notre émergence. Pourquoi ? Voici ma réponse, elle n'engage que moi : pour connaître. Pour connaître les reliefs du monde, les vivants du monde, les hommes, leurs cultures, leurs coutumes, leurs dieux et leurs langues. Enfin, pour se connaître soi-même." (Michel Serres)

Dans la Lettre à un otage, Antoine de Saint-Exupéry évoque ces riches "réfugiés" rencontrés à Lisbonne, au sortir de ses combats de pilote de guerre, "qui s'expatriaient loin de la misère des leurs pour mettre à l'abri leur argent."

"Ils jouaient à la roulette ou au baccara, selon les fortunes. J'allais parfois les regarder. Je ne ressentais ni indignation, ni sentiment d'ironie, mais une vague angoisse. celle qui vous trouble au zoo devant les survivants d'une espèce éteinte... "

Et il écrit, un peu plus loin, ces lignes magnifiques : "Jamais je n'ai mieux aimé ma maison que dans le Sahara. Jamais fiancés n'ont été plus proches de leur fiancée que les marins bretons du XVIème siècle, quand ils doublaient le Cap Horn et vieillissaient contre le mur des vents contraires. Dès le départ, ils commençaient déjà de revenir. C'est leur retour qu'ils préparaient de leurs lourdes mains en hissant les voiles. Le chemin le plus court du port de Bretagne à la maison de leur fiancée passait par le Cap Horn. Mais voici que mes immigrants m'apparaissaient comme des marins bretons auxquels on eût enlevé la fiancée bretonne. Aucune fiancée bretonne n'allumait plus pour eux, à sa fenêtre, son humble lampe. Ils étaient des enfants prodigues sans maison vers quoi revenir. Alors commence le vrai voyage, qui est hors de soi-même."


                        :-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:


Théodore Monod rappelait à ses interlocuteurs avides d'anecdotes la dimension spirituelle de tout voyage.

Joë Bousquet était un grand ami d'Henry de Montfred. Le "voyageur immobile" de Carcassonne et l'aventurier de la Mer Rouge se comprenaient à demi-mots. Ils voyageaient tous deux, chacun à sa manière, mais tous deux à la pointe extrême du danger.

A quoi bon tout ce pathos sur la "poésie sublime du désert" si l'expérience du désert ne nous simplifie pas ?

Pour éclore, le sublime a besoin de notre regard ; il naît d'une rencontre à laquelle il faut être préparé, faute de quoi, il ne se passe rien.

Il y a deux sortes de voyageurs, comme il y a deux sortes de missionnaires : ceux qui n'apprennent rien car ils croient tout savoir et les autres.

Pour rencontrer vraiment les "étrangers", il faut se rendre étranger à soi-même, renoncer à soi et consentir à l'inattendu.

Tâcher, comme le dit Louis Massignon, de "comprendre l'autre comme il se comprend soi-même".

"L'homme est un voyageur sur la Terre." : ne plus être un "touriste", devenir un voyageur...

Programme de toute une vie !

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :