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Entre les "étrangers" et nous il y a l'obstacle de la langue. Faire l'effort d'apprendre une langue étrangère, c'est sortir de la condition "d'étranger". Il ne s'agit pas de devenir l'autre, ce serait stérile si ce n'était impossible, mais de préparer, à partir de ce que nous sommes, les conditions d'une relation vraie. Les traducteurs, à cet égard, nous montrent la voie. Traduire une langue dans une autre, c'est chercher à comprendre en profondeur ceux qui la parlent, traduire, c'est établir un lien.

J'ai appris récemment, dans un recueil de textes réunis par Alban Cerisier Il était une fois le Petit Prince (éditions Folio Gallimard, pg. 144) que Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry avait fait l'objet d'une traduction en langue amazighe, une langue régionale parlée au sud du Maroc. Le traducteur, Lahbib Fouad, artiste peintre et chercheur marocain explique : "La raison qui m'a poussé à traduire et adapter ce conte en ma langue maternelle est le fait que l'auteur fasse parler le petit prince avec tantôt un serpent ou un renard, tantôt avec une fleur, un astre ou un volcan. Ce qui coïncide parfaitement avec la mythologie et la cosmogonie amazighes."

Certains objets et notions évoqués dans le conte ont cependant posé quelques problèmes au traducteur : avion, réverbère, boa, astéroïde, cravate et les concepts d'orgueil, d'ennui et d'absurdité. Et pourtant, la traduction a été menée à bien, ce qui prouve qu'au-delà de leurs différences, les hommes communiquent à travers l'essentiel.

Les Touaregs ne disposent pas du mot "cravate", mais ils parlent avec les étoiles et nous invitent à réenchanter le monde. La rencontre de "l'étranger" nous éveille paradoxalement à la part la plus enfouie de nous-mêmes.

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