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TESTAMENT SUIVI DE DIEU MERCI

"Servir premiers ceux qui souffrent. La paix est là."

 

"Osons d'abord entendre le désespoir de tous ceux - plus des deux tiers de la population mondiale - qui ont faim, qui n'ont pas de travail, pas de logis, pas d'école. Pire, ils savent aujourd'hui comment vivent les autres, c'est-à-dire nous."

 

Voici deux grands livres de l'Abbé Pierre, parus il y a près de vingt ans déjà. Testament... et Dieu Merci. l'un fait l'implacable constat d'une société toujours plus injuste, d'une pauvreté mondiale, d'un égoïsme et d'une indifférence suicidaires, qui s'applique malheureusement toujours mot pour mot à notre époque. L'appel à la mobilisation de tous lancé par cet homme d'exception n'a pas pris une ride. L'autre livre témoigne de la ferveur spirituelle d'un prêtre qui a su trouver les mots pour exprimer ses doutes, la part d'ombre et de souffrance qu'il faut traverser pour accéder à la gratitude et à l'espérance d'un amour que l'Abbé Pierre a toujours tenu à mettre au service des plus démunis."


 

 

Discours de l’abbé Pierre pendant l’Hiver 54


« L’Appel de l’hiver 54 » a été lancé sur Radio Luxembourg le 1er février 1954 par l’Abbé Pierre, suite au décès d’une femme, morte de froid dans la rue. Celle-ci venait juste d’être expulsée de son logement. Cet appel sera entendu par les Français et suscitera un très grand élan de générosité.


Mes amis, au secours…


Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l’avait expulsée…


Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent !


Écoutez-moi : en trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l’un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève ; l’autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l’on lise sous ce titre CENTRE FRATERNEL DE DEPANNAGE, ces simples mots : « TOI QUI SOUFFRES, QUI QUE TU SOIS, ENTRE, DORS, MANGE, REPREND ESPOIR, ICI ON T’AIME ».


La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes: la volonté de rendre impossible que cela dure.


Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l’âme commune de la France. Merci !


Chacun de nous peut venir en aide aux « sans abri ». Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain :


5000 couvertures,

300 grandes tentes américaines,

200 poêles catalytiques


Déposez-les vite à l’hôtel Rochester, 92 rue de la Boétie. Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève.


Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l’asphalte ou sur les quais de Paris.


Merci !


 

 

 

 

 

 


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