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Texte traduit par J. Hardy, préface de Philippe Beck (TEL Gallimard)

La Poétique (en grec : Περὶ ποιητικῆς / Perì poiêtikês, « De la poétique ») est un ouvrage d’Aristote portant sur l'art poétique et plus particulièrement sur les notions de tragédie, d’épopée et d’imitation. Il a été rédigé probablement autour de 335 avant J.-C. Il a influencé la réflexion occidentale sur l'art pendant des siècles et suscité de nombreux débats.

Aristote distingue trois types de sciences: les sciences théorétiques, les sciences pratiques et les sciences poétiques. La Poétique étudie la partie poétique dans une perspective descriptive et normative.

Les liens entre La Poétique et La Rhétorique sont très étroits. Dans ces deux textes Aristote se penche en effet sur les mêmes notions: persuasion, métaphore, expression (lexis). De manière plus générale, ces deux textes ont pour l'objet l'efficacité que peuvent avoir des productions verbales sur les auditeurs (dans le cas de la rhétorique) ou sur les spectateurs (dans le cas des arts poétiques).

Mais on peut aussi mettre en relation La Poétique et La Politique d'Aristote dans la mesure où la notion clé qu'est la catharsis fait son apparition dans ces deux livres.

"Immense texte bref de la tradition philosophique, rédigé peut-être lors du second séjour d'Aristote à Athènes, La Poétique a laissé, dans l'histoire de l'art occidental une trace profonde. C'est la première définition de la "poésie" et de "l'art" (technè). La poïesis est une "imitation," (mimesis) ou un "mime", qui ne reproduit pas une réalité préalable ; si bien que le poème "ne s'intéresse pas à ce qui est, mais à ce qui peut être." Le traité aristotélicien, cependant longtemps rangé dans l'Organon) décrit plus qu'il ne prescrit et ne constitue pas un "art poétique" (un système de règles). Aristote se préoccupe essentiellement d'expliquer ce qui fait que telle oeuvre singulière est une oeuvre d'art.

S'il a transmis quelques concepts bientôt devenus d'authentiques poncifs (comme la catharsis, qui n'est pas tout à fait définie, et qui paraît assigner à l'oeuvre un rôle de "purgation morale"), s'il a été déformé régulièrement et de manière toujours intéressante, ce texte unique et inaugural présente surtout deux grandes modalités du poétique : le drame et le récit, dont les deux formes sont le poème tragique et le poème épique. Restent deux énigmes au moins : la "parodie" (qui est à l'époque ce que la comédie est à la tragédie), forme contiguë au genre dit "anonyme", et la notion d'impossible (...)" (Philippe Beck)

Productions artisanales et productions poétiques

Aristote pense la création artistique et la production artisanale comme des productions poétiques (du grec ποίησις, poesis) et non « pratiques » (de πρᾶξις, « praxis »). Cela signifiant qu'elles n'ont pas leur fin en elles-mêmes à la différence de la praxis, qui a sa fin en elle-même (telle l'action morale).

La notion d'imitation

Dans La Poétique, Aristote reprend le concept de Mimesis à Platon et semble, par là, s’inscrire dans la tradition platonicienne en présentant l’art comme une imitation.

En effet, Platon explique au livre X de La République que l'œuvre d'art n'est qu'une imitation d'imitation, la copie d'une copie. Car l’artiste ne fait qu’imiter l’objet produit par l’artisan ou par la nature, objet sensible qui est lui-même la copie ou l'imitation de son essence (l'Idée ou Forme).

L’art pour Platon, en tant que production d’objet, n’est donc qu’une imitation de second ordre, copie de la copie de l'Idée. L'œuvre d'art est ainsi de piètre valeur, car doublement éloignée de la vérité. Et l'artiste lui-même apparaît comme un danger pour la réalisation de la République, puisqu'il est un illusionniste, qui fait tenir pour vrai ce qui est faux et peut ainsi renverser dans l'apparence qu'il construit l'ordre des valeurs.  

C'est sur ce point qu'Aristote se sépare de Platon. En effet, Aristote ne songe pas à exclure les artistes de la cité. Aristote présente en effet la notion d’imitation sous un jour tout à fait nouveau. Pour lui, par nature, les hommes aiment imiter.

Selon Aristote, il y a deux raisons à cela. D'abord ils en retirent du plaisir car l'objet, tel que le représente le poète ou l'artiste, est plus beau qu'en réalité. Aristote prend ainsi pour exemple une peinture représentant des cadavres, plaisante à voir, grâce au "fini dans l'exécution" : « des objets réels que nous ne pouvons pas regarder sans peine, nous en contemplons avec plaisir l'image la plus fidèle ; c'est le cas des bêtes sauvages les plus repoussantes et des cadavres. »

La catharsis

La purgation des émotions, ou catharsis, se produit de la manière suivante : le spectateur est censé ressentir de la pitié ou la crainte face au spectacle qu'il voit. Mais en même temps, il ressent un plaisir à ressentir des sentiments de crainte et de pitié. Autrement dit, ce qui permet de se détacher de ces émotions est la construction de l’histoire. Seule une histoire bien liée selon les règles permet d’obtenir ce résultat.

L'imitation consiste en effet à reproduire la « forme » de l'objet sur une autre scène et dans une autre « matière », à la mimer dans le geste ou le récit, pour que la passion puisse se purifier.

L'objet de sa démonstration tient dans l'idée que la représentation artistique, en imitant des situations qui ne sauraient être moralement tolérées dans la réalité de la communauté politique (crimes, incestes, etc.), permet la « catharsis », c'est-à-dire l'épuration des passions mauvaises des hommes qui auraient pu menacer l'ordre réel de la cité si elles n'avaient trouvé à s'épancher dans la contemplation de l'œuvre.

L'art est ainsi salutaire pour l'ordre de la cité, qu'il protège en détournant la satisfaction des passions mauvaises dans un autre ordre, celui des imitations, où elles peuvent se satisfaire par imitation ou mimétisme, sans attenter à la réalité de l'ordre politique commun.

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