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Vautrin (Jacques Collin de son vrai nom) est un important personnage reparaissant de la Comédie humaine d’Honoré de Balzac.

C’est un ancien forçat, chef de pègre, qui, après avoir fui le bagne de Toulon et le bagne de Rochefort, prend le nom de Vautrin, Trompe-la-Mort, M. de Saint-Estève, Carlos Herrera puis William Barker afin de se cacher des forces de l’ordre. C’est un homme positif qui aime chanter, mais qui peut facilement effrayer qui que ce soit. Il paraît tout savoir, ce qui le rend bien mystérieux avant que son identité ne soit trahie. Son dévouement à aider « les jeunes qui ont de l’ambition » (d’abord Eugène de Rastignac, puis Lucien de Rubempré), comme il le dit, va jusqu’à le pousser à tuer.

Cependant, dans Splendeurs et misères des courtisanes, après le suicide de Lucien, son protégé, il finit par entrer dans le droit chemin et devient chef de la police. Honoré de Balzac se serait inspiré d’Eugène-François Vidocq ou d'Anthelme Collet, un escroc pédophile, pour créer ce personnage. (source : encyclopédie en ligne wikipedia)

Le personnage de Vautrin apparaît pour la pemière fois dans Le Père Goriot comme l'un des pensionnaires de la maison de la veuve Vauquier. Ce portrait de Vautrin figure au début du roman.

"Entre ces deux personnages et les autres, Vautrin, l'homme de quarante ans, à favoris peints, servait de transition. Il était un de ces gens dont le peuple dit: Voilà un fameux gaillard! Il avait les épaules larges, le buste bien développé, les muscles apparents, des mains épaisses, carrées et fortement marquées aux phalanges par des bouquets de poils touffus et d'un roux ardent. Sa figure, rayée par des rides prématurées, offrait des signes de dureté que démentaient ses manières souples et liantes. Sa voix de basse-taille, en harmonie avec sa grosse gaieté, ne déplaisait point. Il était obligeant et rieur. Si quelque serrure allait mal, il l'avait bientôt démontée, rafistolée, huilée, limée, remontée, en disant: Ça me connaît. "

Il connaissait tout d'ailleurs, les vaisseaux, la mer, la France, l'étranger, les affaires, les hommes, les événements, les lois, les hôtels et les prisons. Si quelqu'un se plaignait par trop, il lui offrait aussitôt ses services. Il avait prêté plusieurs fois de l'argent à madame Vauquer et à quelques pensionnaires; mais ses obligés seraient morts plutôt que de ne pas le lui rendre, tant, malgré son air bonhomme, il imprimait de crainte par un certain regard profond et plein de résolution. A la manière dont il lançait un jet de salive, il annonçait un sang-froid imperturbable qui ne devait pas le faire reculer devant un crime pour sortir d'une position équivoque.

Comme un juge sévère, son oeil semblait aller au fond de toutes les questions, de toutes les consciences, de tous les sentiments. Ses moeurs consistaient à sortir après le déjeuner, à revenir pour dîner, à décamper pour toute la soirée, et à rentrer vers minuit, à l'aide d'un passe-partout que lui avait confié madame Vauquer. Lui seul jouissait de cette faveur. Mais aussi était-il au mieux avec la veuve, qu'il appelait maman en la saisissant par la taille, flatterie peu comprise! La bonne femme croyait la chose encore facile, tandis que Vautrin seul avait les bras assez longs pour presser cette pesante circonférence.

Un trait de son caractère était de payer généreusement quinze francs par mois pour le gloria qu'il prenait au dessert. Des gens moins superficiels que ne l'étaient ces jeunes gens emportés par les tourbillons de la vie parisienne, ou ces vieillards indifférents à ce qui ne les touchait pas directement, ne se seraient pas arrêtés à l'impression douteuse que leur causait Vautrin.

Il savait ou devinait les affaires de ceux qui l'entouraient, tandis que nul ne pouvait pénétrer ni ses pensées ni ses occupations. Quoiqu'il eût jeté son apparente bonhomie, sa constante complaisance et sa gaieté comme une barrière entre les autres et lui, souvent il laissait percer l'épouvantable profondeur de son caractère.

Souvent une boutade digne de Juvénal, et par laquelle il semblait se complaire à bafouer les lois, à fouetter la haute société, à la convaincre d'inconséquence avec elle-même, devait faire supposer qu'il gardait rancune à l'état social, et qu'il y avait au fond de sa vie un mystère soigneusement enfoui.

Honoré de Balzac, Le Père Goriot

Portrait physique et moral de Vautrin :

"Voilà un fameux gaillard." (l. 3) : Le narrateur évoque le personnage de Vautrin à travers le regard du peuple, censé s'y connaître en hommes.

Il insiste sur son ossature et sa musculature puissante : "épaules larges", "buste bien développé", "muscles apparents" et sur les signes de sa force et de sa vitalité : "mais épaisses, carrées, fortement marquées aux phalanges par de bouquets de poils touffus et d'un roux ardent". Les bouquets de poils roux sur les phalanges connotent l'idée d'animalité, de ruse (le pelage roux du renard) et aussi de cruauté.

En suggérant le contraste entre son comportement apparent et son caractère profond, le narrateur fait sentir la complexité du personnage : "Sa figure, rayée par des rides prématurées, offrait des signes de dureté qui démentaient ses manières souples et liantes (l. 6-7). Il note également le contradiction entre la bonhommie de Vautrin et l'inquiétante sagacité de son regard ("regard profond") qui  semble percer les êtres à jour et qui renvoie à quelque chose de dur et de redoutable qui suscite la crainte.

Le narrateur ne dit pas tout du personnage, il laisse de nombreux aspects du caractère de Vautrin dans l'ombre. Il le fait exister par ce qu'il en dit, mais plus encore par le mystère qu'il suggère.

II/ Portrait social de Vautrin :

Vautrin possède une connaissance étendue et approfondie du monde : "les vaisseaux, la mer l'étranger, les affaires, les hommes, les événements, les lois, les hôtels et les prisons". Le caractère disparate de l'énumération suggère qu'il n'y a rien qui ne soit étranger à Vautrin, qu'il sait tout de la société et de la vie. Le mot "prison", glissé à la fin de l'énumération ne cadre pas avec le reste et interpelle le lecteur.

Il sait aussi réparer les serrures, à la manière d'un serrurier professionnel et de pénétrer l'esprit des autres, mais personne ne peut pénétrer le sien. Le narrateur suggère que si Vautrin est capable de réparer les serrures, il est également capable de les forcer.

III/ Une double personnalité :

Il se dégage de ce portrait contrasté une impression contradictoire. On ne connaît pas exactement la profession de Vautrin. C'est un être sociable, mais qui n'a pas vraiment de vie sociale, adapté à la société, il est en même temps solitaire (il n'est pas marié) et marginal. Il a des horaires étranges, il ne mène pas la vie de tout le monde. Les gens ont peur de lui, sans se l'avouer clairement et il produit une "impression douteuse".

Conclusion :

Le narrateur fait intensément exister son personnage en donnant une impression d'ensemble, mais aussi par des détails précis et à travers le regard que les autres portent sur lui, par ce qu'il dit explicitement et par ce qu'il ne dit pas. Il est difficile de séparer le portrait physique du portrait moral et social car, dans la théorie balzacienne des caractères, la physiognomonie, ces deux aspects sont inséparables. Vautrin n'est pas présenté comme un hypocrite ou un dissimulateur. Il est réellement ce qu'il paraît : jovial et obligeant, mais cet aspect en recouvre un autre qui se manifeste par certains signes : sa voix, sa façon de cracher, les propos acerbes qu'il tient de temps à autre sur l'ordre social et qui trahissent "un mystère soigneusement enfoui au fond de sa vie". C'est ce mot de "mystère" qui résume certainement le mieux le personnage. Le secret de Vautrin sera dévoilé dans la suite de La Comédie humaine.

PHYSIOGNOMONIE :

Étude du tempérament et du caractère d'une personne à partir de la forme, des traits et des expressions du visage. Synon. morphopsychologie (s.v. morph(o)-), physionomie.Son menton et le bas de son visage étaient un peu gras, dans l'acception que les peintres donnent à ce mot, et cette forme épaisse est, suivant les lois impitoyables de la physiognomonie, l'indice d'une violence quasi morbide dans la passion (Balzac, Curé vill., 1839, p.15).La physiognomonie présente une grande richesse d'indications, s'il est vrai, comme le dit Kretschmer, que le visage est une sorte de «comprimé des impulsions trophiques», la «carte de visite de la constitution entière» (Mounier, Traité caract., 1946, p.219).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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