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Jean-Paul Brighelli

Le Point.fr - Publié le 16/12/2013 à 06:02 - Modifié le 16/12/2013 à 06:57

La haine de l'excellence d'une certaine gauche, qui a inspiré à Vincent Peillon son projet sur les prépas, mène tout droit à une école de classe.

Manifestation contre le projet de réformes de la charge de cours des professeurs de classes préparatoires. Manifestation contre le projet de réformes de la charge de cours des professeurs de classes préparatoires. © Kenzo Tribouillard / AFP

 

Vincent Peillon a donc fait machine arrière - apparemment à la demande de article tout récent publié sur Mediapart analyse en détail ce qu'entendent par "élites" les gens "de gauche" qui nous gouvernent. Au passage, on pourra, si l'on veut creuser la notion, aller voir un peu plus loin dans la réflexion de l'auteur de l'article, Denis Collin. L'auteur arrive, par les mêmes chemins que moi (mais en insistant avec raison sur la dimension européenne de la destruction programmée de l'école, dénoncée depuis des lustres par Nico Hirtt), au secret de polichinelle le mieux gardé de la rue de Grenelle : pour un enfant qui n'est pas né avec une cuiller en argent dans la bouche, l'égalitarisme tue toute chance d'accéder à une formation supérieure et à des emplois de cadre supérieur. L'égalitarisme est prôné depuis quatre décennies par les pédagogues fous qui tiennent le pouvoir réel de l'Éducation nationale.

 

Enfin, pas si fous que cela : Meirieu se voit bientôt sénateur EELV, et c'est à l'un d'eux, Alain Boissinot, survivant de tous les régimes, de Bayrou à Peillon en passant par Lang, Fillon, Robien, Darcos, Chatel, de la droite à la gauche et aller-retour, que Vincent Peillon vient de confier la direction du Conseil supérieur des programmes. Alain Boissinot, c'est l'homme à la langue de bois qui est capable d'énoncer sans respirer des phrases du genre "Plutôt que remplacer les programmes, procédure qui lasse les enseignants, on réfléchit à une nouvelle méthode pour élaborer plus globalement et les accompagner mieux en terme de formation et d'outillage pédagogique et d'accompagnement", et d'envisager sans sourciller la fin de la notion même de discipline à l'école. On ne fera plus de maths ou de français, on prendra globalement en charge l'élève.


Un ascenseur social désormais réservé aux nantis

 

Pendant ce temps, dans quelques lycées sélectionnés et probablement tous privés à terme, les vrais enfants de la bourgeoisie se gaveront de connaissances. Les mêmes qui auront les moyens de se payer des "écuries" pour réussir la première année de médecine, ou de s'offrir l'antenne que Paris-Dauphine vient d'ouvrir à Londres, au coeur de la City - pour 8 000 à 9 000 euros par an.

 

Voilà de la démocratie bien comprise.

 

Aux premiers temps des ascenseurs, les machines installées prioritairement dans les beaux quartiers ne desservaient que le premier et le second étage - les étages nobles. Les prolos, eux, montaient à pied par l'escalier de service (les occasions de rire étant rares, ces temps-ci, je ne saurais trop recommander la lecture d'un article désopilant d'Alphonse Allais sur la question).

 

L'école de la République en est là : l'ascenseur social ne marche que pour les nantis. Le seul espace (relatif) de mixité sociale, c'est (c'était ?), justement, le système des classes prépas : on comprend à quel point il est urgent de les anéantir, afin d'instaurer définitivement le règne des seules élites qui comptent aujourd'hui - celles qui ont de l'argent.

 

Un système artisanal dont l'université doit s'inspirer

 

L'égalitarisme, institué par haine de l'élitisme, est l'instrument préféré de la ploutocratie pour se maintenir aux commandes - elle et ses héritiers. L'école devait être la chance de chacun d'aller au plus haut de ses capacités. Les prépas étaient naturellement l'avant-dernier étage (avant les grandes écoles) de ce système artisanal, brinquebalant, mais qui fonctionnait encore il y a une cinquantaine d'années, et qui a tiré de leurs HLM pas mal d'enfants dans mon genre. C'est actuellement le seul système qui recrute au minimum 30 % de boursiers et les amène au plus haut - quelle université peut en dire autant ? Le seul système qui permet de rattraper le retard pris dans ces structures égalitaristes que sont les ZEP en particulier et le système scolaire de base en général.

 

Plutôt que de déplorer notre effondrement dans les classements internationaux et de proposer aux enseignants de ZEP huit euros de prime et une heure de décharge pour amortir les coups, il serait temps de réaliser que l'excellence est un enjeu politique. Les classes prépas pourraient utilement inspirer des universités exsangues, faute de moyens, et ficelées par l'interdiction de sélectionner leurs étudiants. Une solution immédiate, parmi tant d'autres : autoriser les facs à trier avant le bac, lors des procédures APB. Et peut-être même bien avant la terminale, afin de responsabiliser les élèves et de les mettre sur une rampe de lancement, au lieu de les inciter à s'inscrire à des formations privées fort chères pour préparer Sciences Po. Si l'école de la République est payante, ce doit être en termes de résultats - pas en termes d'investissement.

 

 

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