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 "Le génie, c'est toujours l'enfance retrouvée à volonté." (Charles Baudelaire)

Charles-Pierre Baudelaire est un poète français, né à Paris le 9 avril 1821 et mort dans la même ville le 31 août 1867 (à 46 ans). « Dante d'une époque déchue »selon le mot de Barbey d'Aurevilly, nourri de romantisme, tourné vers le classicisme, à la croisée entre le Parnasse et le symbolisme, chantre de la « modernité », il occupe une place importante dans la poésie française du XIXème siècle.

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Je veux donner l'idée d'un divertissement innocent. Il y a si peu d'amusements qui ne soient pas coupables !

Quand vous sortirez le matin avec l'intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions à un sol, - telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l'enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, - et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s'agrandir démesurément. D'abord ils n'oseront pas prendre; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s'enfuiront comme font les chats qui vont manger loin de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l'homme.

Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie.

Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté. A côté de lui, gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait :

 

De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l’œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.

Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur.

Charles Baudelaire (1821- 1867)

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Ce remarquable commentaire m'a été envoyé par une collègue :

En 1869, deux ans après la mort de Baudelaire, paraît un recueil de petits poèmes en prose, intitulé Le Spleen de Paris. Le projet de ce recueil remonte, dans l’esprit de Baudelaire, à l’année 1857 (deux poèmes datent même de 1855). Le titre de ce recueil, le nombre de pièces qui le composent subiront de nombreuses variations. L’auteur s’arrête finalement à deux titres : Le Spleen de Paris (1863) et Petits poèmes en prose. L’édition posthume, qui contient 50 textes, retiendra le premier de ces titres.

Le poème que nous nous proposons de commenter, intitulé “Le Joujou du pauvre “ a d’abord été publié isolément dans La Presse le 24 septembre 1862, avant d’être intégré dans le recueil, à la dix-neuvième place. Ce poème en prose, composé de six paragraphes, dont le dernier est très court - une proposition indépendante - nous présente le tableau contrasté de deux enfants et de leurs jouets respectifs.

Ce texte est une description, qui nous donne à voir un véritable tableau, dans lequel s’opposent deux mondes. Mais, au-delà de l’opposition manifeste de ces mondes, celui des nantis et celui des pauvres, nous en discernons une seconde, plus subtile, qui donne à l’enfant pauvre, libre, et possesseur d’un jouet vivant, une supériorité sur l’enfant riche. Cependant, malgré tout ce qui les sépare, ces deux enfants, l’espace d’un instant, fraternisent.

On connaît l’intérêt de Baudelaire pour l’art pictural. Ce poème en prose est une description , qui nous présente l’équivalent d’un tableau.

Cette description va d’abord s’attacher, dans les trois premiers alinéas, à l’enfant riche. Les deux paragraphes suivants seront consacrés au pauvre. Enfin la dernière ligne les réunit, en présentant un gros plan sur leur sourire et leurs dents. La description joue sur un effet de profondeur. Au premier-plan, nous avons une grille, avec ses barreaux, et, de part et d’autre, deux enfants. D’un côté de la grille, se dessine l’espace plan d’un jardin, qualifié par l’adjectif vaste. Un effet de perspective est créé, avec l’emploi du Gn + pronom relatif au bout duquel. L’arrière-plan est occupé par un château. De l’autre côté, la grille est longée par une route, sur laquelle se tient l’autre enfant.

La description joue donc sur les formes et les lignes. Elle joue aussi sur les couleurs et la lumière. Celle-ci [frappe ] le château, ce qui laisse supposer que la route est peut-être du côté de l’ombre. Sur le vert de l’herbe du jardin  se détache le joujou brillant, avec sa robe pourpre. En face, le rat, d’un gris sombre.

Le point de vue adopté est celui du réalisme subjectif. Le poète se donne comme un témoin de la scène, à partir duquel l’espace semble s’organiser, et qui, surtout, intervient dans sa description pour nous livrer ses réflexions et ses commentaires. A deux reprises, dans le second alinéa et à la fin du quatrième, le narrateur intervient. Ces interventions sont marquées par un changement de temps : ainsi, le présent de vérité générale se substitue à l’imparfait descriptif, comme l’indiquent les verbes rendent et devine. Le narrateur se donne lui-même comme un observateur impartial, artiste. Ainsi, le vocabulaire de la peinture ou de la sculpture est appliqué aux enfants. En témoignent les termes de pâte, là où il s’agit de chair, de patine, pour désigner la crasse, de vernis de carrossier masquant une peinture idéale.

Ce tableau est, en outre, régi par une série d’oppositions, entre richesse et pauvreté.

Baudelaire le souligne lui-même au début du cinquième alinéa, il s’agit de deux mondes, séparés par des barreaux symboliques. La grille marque, bien entendu, les limites d’une propriété, mais elle est surtout le symbole de la séparation entre les riches et les pauvres, incarnés par deux enfants. Cette opposition est clairement indiquée par l’organisation symétrique du texte, qui décrit, successivement un cadre, un enfant, un jouet, et dans lequel  on retrouve à  deux reprises l’adjectif autre : de l’autre côté, un autre enfant, ainsi que les adjectifs antithétiques riche et pauvre.

Tout d’abord, les décors sont contrastés. Ainsi s’opposent un château, un jardin et son herbe, et une route, plus loin qualifiée de grande route, bordée de chardons et d’orties. A une végétation domestiquée, soignée, s’oppose une végétation sauvage, caractérisée par ce qu’il est convenu de nommer des mauvaises herbes. En outre, les noms "chardons" et "orties" partagent la même connotation de plantes qui piquent ou déchirent, et on songe aussi à l’expression mauvaise graine, qui pourrait, par contagion, qualifier l’enfant pauvre. De même, à une habitation renvoyant à une idée de richesse, de pouvoir, le château, demeure de nobles ou de riches bourgeois, s’oppose la route, lieu d’errance, de passage, de vagabondage, dont la ligne ouverte et les dangers contrastent avec l’espace clos et protégé du domaine. Ces antithèses se retrouvent dans la qualification des substantifs. Ainsi, le monde de l’enfant riche est spacieux, comme le montre l’emploi de l’adjectif vaste pour caractériser le jardin. Ce monde présente aussi un caractère esthétique, ainsi le château est joli, et sa blancheur est soulignée par le soleil qui l’éclaire, comme pour mieux le valoriser encore.

De l’autre côté, rien ! Les noms ne sont caractérisés par aucun adjectif, par aucune expansion, et, nous l’avons dit, on peut supposer que ce côté-là est à l’ombre.

Les mêmes antithèses se retrouvent dans le portrait des enfants. L’accent est mis sur l’enfant riche, et ce, tout d’abord, par le nombre de paragraphes et par la longueur des phrases qui lui sont consacrés. Cet enfant est qualifié par deux adjectifs qualificatifs, et par un participe passé passif suivi d’un long complément. Il est dépeint comme beau et frais. Ce dernier adjectif connote la propreté, la netteté, suggère un teint rose et clair, mais également la santé. Quant à l’autre enfant, il est qualifié par trois adjectifs, dont la longueur croît, sale, chétif, fuligineux. A la propreté de l’un s’oppose la saleté de l’autre, ravalé au rang d’objet, puisque fuligineux, qui évoque la suie et le charbon, s’applique à des chandelles, ou à des flammes ; En outre, dans le cinquième alinéa, cet enfant est appelé le petit souillon. De plus, il semble en mauvaise santé, chétif.

Les verbes utilisés pour peindre ces enfants sont également différents. Ainsi, l’enfant riche est le sujet inversé, et, partant, mis en valeur, du verbe se tenait, alors que pour l’autre enfant Baudelaire utilise l’expression il y avait. Nous remarquons qu’à nouveau, le pauvre est dévalorisé, tandis que l’accent est mis sur l’attitude droite, fière du petit riche.

En outre, un détail est mentionné à propos de ce dernier, celui de ses vêtements. Il s’agit de ces vêtements de campagne, supposés connus du lecteur, non vêtements de paysan, mais  tenue de riche, adaptée au lieu, et traduisant le goût et la sollicitude maternelle, comme l’indique l’expression superlative si pleins de coquetterie. Nous retrouvons donc à propos des enfants les mêmes contrastes que dans la description du décor, éclat, et ombre, luxe, élégance, saleté et négligence.

Ces antithèses  valent enfin pour la description des jouets. Une longue phrase présente le joujou du riche, longuement qualifié, et lui aussi sujet inversé mis en relief, alors que la description du joujou du pauvre tient en trois mots, déterminant, nom, adjectif, contrastant avec l’emphase de la mise en relief : ce joujou, c’était un rat vivant.

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Le joujou du riche est doublement à l’image de son maître. C’est vraisemblablement une poupée, vêtue d’une robe pourpre,  parée de bijoux, des verroteries, coiffée de plumets. Elle partage avec son propriétaire la fraîcheur, soulignée par l’emploi d’un comparatif d’égalité, aussi frais que son maître. Ce jouet est donc neuf, et son éclat et sa beauté sont révélés par l’emploi des qualificatifs splendide, verni, doré. En outre, la couleur pourpre de la robe renvoie à l’idée de pouvoir, cette couleur étant réservée à l’empereur à Rome, et aux cardinaux dans l’Église. La profusion de la parure est, de plus, mimée par la longue énumération de qualificatifs, eux mêmes agrémentés d’expansions : splendide, frais, verni, doré, vêtu, couvert. A ce jouet s’oppose celui du pauvre, un rat vivant. Ces termes ont des connotations négatives, et évoquent la misère, la saleté des égouts ou des taudis, la cruauté, et les maladies dont les rats sont vecteurs, la peste par exemple.

Ainsi, dans cette description de deux enfants s’opposent deux mondes, deux catégories sociales, le monde de la richesse, qui apparaît à ceux qui en jouissent comme un spectacle habituel, qui permet le luxe et procure l’insouciance, et le monde des humbles, de la médiocrité ou de la pauvreté. Cette richesse semble même modifier les êtres eux-mêmes, puisque, procédant à une généralisation, le poète indique qu’elle [rend] ces enfants-là jolis, et on pourrait même les croire d’une essence supérieure, d’une autre pâte que les enfants pauvres. Néanmoins, l’emploi du conditionnel, à valeur d’irréel on croirait, souligne qu’on est dans l’erreur. En effet, la supériorité du riche se situe au niveau de l’apparence, et l’enfant pauvre  possède d’autres atouts.

Cette supériorité, qui lui vaut la préférence du poète, c’est d’abord sa beauté réelle, masquée par la saleté. Mais, en outre, l’enfant pauvre est actif, montreur de spectacle, et s’il  semble exposé aux dangers de la grande route, il est libre, et a l’expérience de la vie.

La préférence du poète se lit déjà dans la compassion qu’il éprouve pour le petit pauvre.

En effet, si, dans le deuxième alinéa, le GN ces enfants-là crée une mise à distance  quelque peu péjorative, l’expression un de ces marmots-parias exprime la pitié pour ces parias, dernière caste de la société hindoue, intouchables, rejetés, et le terme marmot connote l’affection, l’attendrissement. De plus, le poète se donne comme un œil impartial, sans parti-pris, mais aussi comme un connaisseur, capable de deviner une peinture idéale sous un vernis grossier. Or, l’enfant riche est [rendu] joli par la richesse et un environnement favorable, alors que, sous sa répugnante patine de misère et de crasse, se cache la beauté du pauvre, comparé à une peinture idéale. Nous noterons la supériorité du Gn la beauté sur l’épithète jolis, renvoyant aux enfants riches. Nous avions rapproché l’enfant riche et son jouet, et si ce dernier est frais, c’est qu’il est verni, doré. Au vernis qui enjolive, au doré qui n’est pas or, s’oppose le vernis de carrossier qui dissimule. Ce joujou,d’ailleurs, n’offre qu’un luxe de pacotille, et ses bijoux ne sont que des verroteries. Ainsi, seule la partialité peut donner l’illusion d’un enfant fait d’une autre pâte.

Mais l’enfant pauvre possède encore une autre supériorité : il est actif, alors que l’autre enfant est passif.

Si, du côté lumineux de la grille, tout est beau, propre, luxueux, c’est aussi un univers figé. En effet, l’enfant riche se contente d’être un spectateur passif, comme l’indiquent les verbes il regardait, il examinait. De même, son jouet, objet inanimé, [gît] sur l’herbe. En revanche, de l’autre côté règnent le mouvement et la vie. Ainsi, l’enfant pauvre est sujet de plusieurs verbes d’action à l’imparfait, à valeur durative ou itérative, montrait, agaçait, agitait, secouait. Quant au jouet, c’est un animal vivant. En outre, l’enfant pauvre est montreur et créateur de spectacle, exhibant son propre jouet, forçant son rat à réagir en l’agaçant et le remuant.

Sur ce spectacle, Baudelaire maintient le suspense le plus longtemps possible. Tout nous conduit vers ce joujou du pauvre : le titre, tout d’abord, nous l’annonce ; ensuite, nous sommes conviés à suivre le regard du riche, mis en relief par le présentatif voici ce qu’il regardait ; un alinéa entier retarde cette révélation, et ce n’est qu’à la fin du texte que nous découvrons que l’intérêt du petit riche est suscité par le joujou de l’autre enfant. Au verbe regarder se substitue alors le verbe examiner, renforcé par l’adverbe avidement ; mais la nature du jouet reste ignorée. Enfin, une gradation nous fait passer de son propre joujou à un objet rare et inconnu, et une tournure emphatique précède la révélation finale : ce joujou, c’était un rat vivant.

La supériorité de ce jouet, qui suscite non seulement la curiosité du riche mais aussi son désir et son envie, c’est évidemment le fait qu’il est vivant. Il s’agit d’un joujou qui offre un intérêt supérieur, ce qui explique que l’enfant riche néglige le sien, pourtant qualifié de préféré, ce qu’indique la proposition à la forme négative l’enfant ne s’occupait pas de son propre joujou.

Enfin, l’enfant pauvre est supérieur au riche, parce qu’il est libre, et confronté aux réalités de la vie

Il n’est sans doute pas anodin que Baudelaire ait choisi de placer le rat dans une boîte grillée, c’est-à-dire grillagée, établissant ainsi implicitement une comparaison avec la grille derrière laquelle se tient le petit riche. Comme le rat, celui-ci est captif, d’une prison dorée, certes, mais qui le met à l’écart des réalités et des difficultés de l’existence. Si vaste que soit le jardin, il est clos, et l’enfant riche est contraint à n’être que spectateur.

En revanche, à la misère et au danger de la route, ouverte, s’associe aussi la liberté. En outre, l’ enfant pauvre n’est pas totalement livré à lui-même, et ses parents, même si leur choix peut sembler contestable, se sont ingéniés à lui procurer un jouet, tiré de la vie elle-même. D’ailleurs, cet enfant ne semble pas accablé, puisqu’il tire une certaine fierté de son jouet, et qu’il sourit.

Ainsi, l’équilibre est rétabli entre le riche et le pauvre, et les deux enfants fraternisent.

En effet, la dernière phrase du poème  contraste avec les alinéas précédents, qui séparaient les deux enfants, en les réunissant par le sourire.

La grille du château permet l’échange entre les deux mondes, en la personne des enfants. Quant à la route, c’est elle qui a permis cette rencontre. Les enfants communiquent, non seulement par leur âge, qui les exempte encore de préjugés, mais surtout par un jouet incarnant la vie.

Si, dans les cinq premiers paragraphes, chacun était décrit isolément, la dernière phrase les unit. Ainsi à un, un autre, s’oppose l’article défini pluriel les, accompagné du numéral deux. Le rire des enfants, connotant leur joie, est évoqué par un verbe pronominal de sens réciproque, se riaient,  renforcé par l’expression l’un à l’autre.

Ce rire n’est pas un rire moqueur, qui blesse ou exclut, mais un rire qui unit, ce qu’indique l’adverbe fraternellement ; et l’adjectif égale, souligné typographiquement, rapproche aussi les enfants par la blancheur de leurs dents.

Ces dents sont, certes, découvertes par le rire, mais elles revêtent aussi un sens symbolique. Elles renvoient à l’appétit de vivre, au désir de mordre la vie à belles dents, et, si elles sont blanches, c’est qu’elles connotent aussi l’innocence des enfants.

Le poème se termine donc sur une note optimiste, celle de la fraternité de l’enfance, qui ignore les barrières sociales, et n’est pas encore gâtée par les préjugés des adultes.

Ainsi, ce poème descriptif  peut se lire comme une fable, dont la dernière ligne constituerait la morale. Nous sommes invités à réfléchir sur l’innocence de l’enfance, sur son ignorance des frontières de classes, ainsi que sur les illusions de l’apparence. Cependant, il ne faudrait pas voir seulement dans ce texte un appel à la solidarité et à l’effacement des barrières sociales. Baudelaire n’idéalise pas les enfants, comme le montre un autre poème en prose intitulé Le Gâteau. Osons proposer une autre interprétation.

Cet enfant pauvre et son rat nous semblent représenter, en effet, une allégorie de l’artiste lui-même. Ces deux enfants correspondent à deux aspects de Baudelaire, l’enfant choyé, surprotégé, et le poète paria, rejeté. Quant au rat, ne pourrait-il correspondre à L’Art, dont il est d’ailleurs l’anagramme ? Dans Les Fleurs du Mal, au titre révélateur, il s’agit aussi de transfigurer au moyen de l’art  les triviales ou les sordides réalités du monde et de l’âme humaine, et de transformer en objet d’admiration ce qui, dans la réalité suscite le dégoût.

 

  

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