Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

christian-vanneste.jpg

 

"La vérité ne fait pas tant de bien dans le monde que ses apparences y font de mal." (Blaise Pascal)

 

Je ne trouve pas particulièrement "courageux" les récents propos de Monsieur Vanneste.

Si Monsieur Vanneste était vraiment courageux, il aurait dit : "Je suis opposé au mariage homosexuel et à l'adoption. Point final" ou bien : "les homosexuels français ne sont pas des citoyens à part entière" ou bien : "les homosexuels français collaboraient pendant l'Occupation", ou bien : "les homosexuels détruisent la civilisation, il faut s'en débarrasser."

Mais évidemment, Christian Vanneste ne peut pas dire cela, car il sait bien que c'était exactement ce que disait Goebels, celui avec lequel il suggère que les homosexuels français collaboraient - les défenseurs de Monsieur Vanneste citent d'ailleurs complaisamment des listes d'intellectuels collaborationnistes ou qui se sont rendus à Berlin, à l'invitation des nazis, avec des noms d'écrivains ou d'hommes politiques connus pour leur orientation sexuelle.

Christian Vanneste se contente, nous dit-on, d'avancer une "vérité indiscutable" et ses défenseurs d'en référer à Pierre Vidal-Naquet et à Serge Klarsfeld. Or ni Pierre Vidal-Naquet, ni Serge Klarsfeld ne cautionnent l'ensemble des propos de Monsieur Vannest, mais seulement une de ses affirmations selon laquelle il n'y a pas eu d'homosexuels déportés, en dehors de l'Allemagne et des territoires occupés.

Or il sait très bien que l'affirmation d'un fait (à supposer que son affirmation soit fondée) implique, dans l'esprit des auditeurs, un pourquoi ? Par exemple, pourquoi les nazis n'ont-ils pas déporté les homosexuels français ? Et une réponse à ce pourquoi.

 

Car ce que laisse réellement entendre Christian Vanneste en lâchant cette petite phrase prétendûment "objective" sur le fait que les homosexuels français n'auraient pas été déportés sous l'Occupation, mais seulement les homosexuels allemands et ceux de la zone occupée (l'Alsace-Lorraine), c'est que l'homosexualité corrompant, selon les nazis, le "sang" des peuples, ils n'entendaient se préoccuper que de la "race aryenne", laissant les autres "races" à leur sort afin d'assurer durablement la domination aryenne.

 

En d'autres termes, la petite phrase de Christian Vanneste peut être entendue comme l'expression du point de vue nazi, lors même qu'elle ne relève pas, en tant "qu'affirmation objective" du délit pénal. Très fort, n'est-ce pas ?

 

On retrouve le même procédé de "l'objectivité qui laisse entendre" chez Eric Zemour quand il affirme qu'il y a une majorité "d'étrangers" dans les prisons françaises.

Pourquoi ne dit-il pas simplement ce qu'il pense de l'émigration et ce qu'il faut faire, selon lui, face à ce phénomène, plutôt que de laisser les gens en déduire n'importe quoi, y compris le pire ?

Pas un instant, Monsieur Vanneste ne se demande s'il n'y a pas des homosexuels conservateurs, mais qui n'ont pas le même courage que le maire de Paris, ou des homosexuels chrétiens, dont certains, comme Julien Green, ont été une source de réconfort et ont témoigné d'une vraie charité. Peut-on lui suggérer, pour échapper à une vision simpliste du monde et cesser d'enfoncer le clou de la souffrance, de lire La Confusion des sentiments de Stefan Zweig ?

 

Max Weber a distingué entre l'éthique de conviction et l'éthique de responsabilité. On peut avoir des convictions, mais il faut réfléchir, surtout quand on est un homme public, aux conséquences de ce que l'on dit.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :