Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

claude-vigee.jpg

"Le but de la création de ce monde  est le désir de Dieu d'avoir une demeure ici-bas (Midrash Tan'houma, Nasso, 7,1)

 

Claude Vigée est issu d'une famille juive alsacienne et passe son enfance en Alsace. Chassé par la guerre, il séjourne quelque temps (1940-1942) à Toulouse puis se réfugie aux États-Unis au début de 1943. Il y poursuit des études de littérature et devient professeur de littérature française. En 1960, il s'installe en Israël où il occupe le poste de professeur de littérature française et comparée à l'université de Jérusalem jusqu'à sa retraite en 1984. Poète, traducteur, essayiste, Claude Vigée compose depuis 50 ans des œuvres empreintes d'une grande spiritualité et d'une grande générosité. Ses travaux ont été récompensé par de nombreux prix littéraires français et étrangers. Claude Vigée a participé à une anthologie de poèmes pacifistes dans laquelle a paru un poème sur la guerre du Liban, La voix des jeunes soldats morts. Il a toujours travaillé en faveur de la paix entre les cultures. En 2008, ses poèmes complets sont publiés aux éditions Galaade (édition de Jean-Yves Masson, préface de Michèle Finck, introduction, biobibliographie et notes d'Anne Mounic) sous le titre Mon heure sur la terre, titre tiré de l'un de ses poèmes. Ce volume aussitôt réimprimé est salué par la Bourse Goncourt de la Poésie. Les poèmes les plus récents de Claude Vigée sont pour la plupart des poèmes de deuil, écrits depuis le décès de son épouse, Evy, disparue en janvier 2007. 

Principales œuvres :

  • La lutte avec l'ange (1939-1949) Publication 1950. Réédition L'Harmattan 2005 : Collection Poètes des cinq continents
  • La corne du grand pardon , 1954
  • L'été indien, 1957
  • Le poème du retour
  • Le passage du vivant
  • Dans le creuset du vent
  • Danser vers l’abîme
  • Dans le silence de l'Aleph, Albin Michel, 1992
  • Les Puits d'eau vive, Albin Michel, 1993
  • Treize inconnus de la Bible, 1996
  • Être poète pour que les hommes vivent 2006
  • Chants de l'absence-Songs of Absence (Menard Press, London) -(Temporel,Paris)Temporel 3 et 5
  • Mon heure sur la terre (poèmes complets) , Editions Galaade, collection "Le Siècle des poètes", 2008
  • Les sentiers de velours sous les pas de la nuit, Les cahiers de Peut-être, 2010. Les cahiers

Claude Vigée a également traduit des poèmes de Rainer Maria Rilke.

Distinctions :

  • le Prix international Jacob-Burckhardt (Suisse, 1977)
  • le Prix Femina Vacaresco pour la Critique (1979)
  • le Prix Johann-Peter Habel (RFA 1984),
  • le Grand prix de Poésie de la Société des gens de lettres de France (Paris 1987)
  • le Prix de la Fondation du judaïsme français (1994)
  • le Grand prix de Poésie de l'Académie française (1996)
  • le prix de Littérature européenne de la Fondation Würth (2002)
  • le prix de l'Amitié judéo-chrétienne (octobre 2006)
  • la Bourse Goncourt de la poésie (2008)pour Mon heure sur la terre

"Tout homme qui s'assoit même seul et s'absorbe dans la Tora, Dieu vit avec lui.", dit la tradition juive. Claude Vigée nous invite à cette découverte : la Tora n'est pas la Loi, c'est une charte de vie, la doctrine joyeuse et pleine de promesse du salut. Quand Claude Vigée s'arrête au Buisson ardent, à la descente en Egypte, à l'exode, à la manifestation de Dieu au Sinaï, à la pentecôte au désert, on le sent, l'Esprit Saint est l'émanation lumineuse d'une présence invisible, le rayonnement de Dieu sur la face de l'humanité.

"La Tora n'est plus au ciel", de la cime du Sinaï elle vient imprégner l'existence quotidienne. Événement du passé, c'est un aujourd'hui qui ouvre l'avenir. Les scènes, les mots, les signes mêmes de l'Ecrit sont messagers sur la route terrestre des hommes.

Et quel plaisir d'être introduit par Claude Vigée à la signification existentielle et spirituelle des us, coutumes, rites et fêtes juives, dans le climat nostalgique de l'Alsace ou dans la pratique et la célébration aujourd'hui à Jérusalem !

Ce livre, qui s'achève par une réflexion sur la prière, est tout entier contemplation et jubilation. "Prier, c'est écouter aux portes du silence." confie l'auteur. Chaque homme est invité à construire cette échelle de Jacob où le terrestre aspire au spirituel, où l'Invisible rejoint le charnel..."

"Eheyeh, asher, éheyéh (v.14)... YHWH-Elohim... voilà mon nom pour l'éternité"

Que signifie, de manière plus précise, ce nom hébreu désignant l'intimité de Dieu, qui est l'objet même de la révélation du Buisson ardent ? Les traductions occidentales sont, pour la plupart, aussi contradictoires qu’erronées.

La Bible protestante de Louis Segond interprète : "Je suis m'a envoyé vers vous (v.14). Edmond Fleg est plus fidèle à l'original en traduisant Eheyéh par : Je serai. D'autres Bibles donnent : Je suis celui qui suis, ou Je suis celui qui est.

Ces versions ne sont pas seulement incomplètes. A mon avis, elles commettent un contresens total. En effet, le verbe Eheyéh, en hébreu, est conjugué au temps futur. Mais la chose n'est pas aussi simple qu'il paraît. L'hébreu ne connaît que deux sortes de temps ; la division en passé, présent et futur, caractéristique des langues indo-européennes, n'opère pas dans le domaine sémitique. 

Pour l'hébreu, le temps n'est pas conçu comme une abstraction. Il le mesure et l'exprime par rapport au concret, au vécu de l'homme en deux temps majeurs, l'accompli et l'inaccompli.

Tous deux se conjuguent... en fonction de l'expérience concrète de l'homme, de ce que son regard voit ou ne voit pas devant lui. L'accompli est ce qui est devant l'homme, ce qu'il voit ou a vu ; lephanim, devant mes faces, veut dire curieusement le passé, et désigne ce qui est accompli. Tandis que l'avenir est ce qui est derrière moi, ce que je ne peux pas voir parce que c'est inaccompli. Le futur est ainsi ce qui est derrière moi, a'harith. Paul Valéry l'a bien dit : "L'homme entre dans l'avenir à reculons." (André Chouraqui, Traduire la Bible, in L'écrit du temps, , éd. de Minuit, p. 24)

Telle forme verbale hébraïque désigne une action accomplie ; telle autre une action inaccomplie : une sorte de futur éternel.

La forme verbale Eheyéh (tout comme y h w h, le nom improférable du Dieu d'Israël, qui lui est très proche) ressortit à la catégorie de l'inaccompli, comme le souligne H. Meschonnic. Eheyéh ne signifie donc ni "je suis", ni "j'étais", ni même "je serai", stricto sensu.

Ce dernier verbe, en français, veut dire qu'un jour je serai, puis que je cesserai d'être au futur, - point final.

Voilà les limites sémantiques de l'esprit latin ou hellénique, par rapport à l'hébreu ancien. Il ne s'agit pas là d'un vain jeu de mots. La différence est cruciale du point de vue théologique...

Le nom que Dieu s'attribue, pour le transmettre à Israël comme à Pharaon, constitue dans la perspective judaïque son seul vrai visage entièrement tourné vers l'humain, la théophanie intime et authentique, celle qui jaillit de sa matrice de bonté et d'amour (hessed).

Comment rendre en français une signification de cet ordre, qui d'avance dépasse et nos catégories de pensée, et nos modes familiers de langage ?

Le Dieu d'Israël ne dit pas : Je suis celui qui est - comme serait une table, un arbre, une pierre ou tout autre objet empirique, dont on souligne ainsi le caractère fini.

Commentaire personnel : il ne se rattache pas non plus à la notion  "d'upokaimenon" (Aristote), à celle d' "oussia" (essence) ou à la théorie platonicienne des Idées ; "l'upokaimenon" de la philosophie grecque a donné la "substantia", la substance (sub-stare = ce qui se tient au-dessous de est l'exacte traduction de "upokaimenon") des scolastiques et que l'on retrouve dans la définition spinozienne de Dieu dans l'Ethique et chez Descartes dans la distinction entre la "res extensa" et la "res cogitans".

La traduction de "Ehéyé" par "Je suis celui qui est" (l'Etre), sous-entend la question (philosophique et héllénique) de la relation entre l'Etre et le Devenir (Parménide/Héraclite), et la notion de "substance", notion étrangère à la pensée sémitique et à sa conception du divin. - fin du commentaire -

Au sens rigoureux de ces termes, YHWH n'est ni un être, ni achevé. Sa nature élusive se caractérise au contraire par son infinitude, sa projection sans limite vers l'ailleurs, l'en-deçà et l'au-delà de l'espace-temps cosmique.

Dieu est surtout puissance de rupture. Son nom improférable signifie transgression de toutes les frontières humaines : "Je me ferai devenir (ou : ce que) je me ferai devenir", ou bien "je serai ce que je serai (asher = librement") avec vous." ... telle est peut être l'interprétation la moins infidèle du tétragramme ineffable.

En d'autres termes, Ha-Shem, le Nom, se réserve a priori sa totale liberté d'action, d'expression et d'expansion. Il se tend, depuis l'en-deçà jusqu'à l'au-delà du temps vécu, en passant évidemment par l'instant présent, qu'il anime en le dépassant. Et maintenant, annonce-t-il à Moïse au Buisson ardent, "je descends délivrer Israël de la main de Mitsraïm", en faisant irruption, à mon seul gré, dans l'ici et l'aujourd'hui de ce monde que j'ai crée. Tel est, à mes yeux, le sens vraiment fondamental et réitéré d'Eheyéh au verset 14 de notre texte." (pg. 44-46)

Claude Vigée, La manne et la rosée, Fêtes de la Tora (Desclée de Brouwer)

Le défi du poète

Chus dans le puits creusé sous les cristaux du ciel,

nous revêtons au monde une tunique rouge

tissée avec la glaise opaque de l'oubli.

 

Si le cœur aimant parle au cœur

il n'a nul besoin d'une bouche:

l'oreille ouverte lui suffit.

 

Comme un noyau de feu pulsant dans l'ombre verte,

j'écoute rire encore au plus vif de ma chair

la source rayonnante et noire de tous les moi.

 

Qu'est donc lire un poème ? C'est voir danser ma voix

pour entendre tes yeux chanter avant les mots

en miettes d'autrefois, dans nos lettres muettes.

 

Par le chant nous brisons l'amère nuit d'attente :

mais il sera toujours temps de nous taire

quand nos bouches béantes seront bourrées de terre.

 

Lorsque Satan déchu rêve d'amour au bagne,

il joue à qui perd gagne son âme d'ange triste

que brûle, en la glaçant, le feu de l'améthyste.

 

« Qui me détruit, sinon autrui ?

Je ne suis qu'un vieux clown rieur,

trop plein de pleurs à l'intérieur.

 

Mon esprit souterrain, en quête de l'éveil,

dans l'épaisseur sourde du roc souffre

et creuse sa nuit ».

( 2004)

    Partager cet article
    Repost0
    Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :