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George Steiner

Ce ne sont pas les sociologues ou les journalistes qui peuvent nous apprendre pourquoi nous avons désormais tant de mal à faire passer le savoir, mais des gens qui ont une vision trans-historique des problèmes ; il est terrible de subir, mais il est encore plus terrible de subir sans comprendre :

"Il n'y a pas de civilisation du XXème siècle dans la mesure où la culture du XXème siècle n'est jamais entrée dans les mœurs.

Une vraie civilisation est définie par la conjonction improbable du pouvoir et de la culture, par l'équilibre entre les institutions politiques et l'Esprit absolu (allusion à Hegel), manifesté dans l'art, la religion et la philosophie.

Ainsi le siècle de Périclès est l'apogée de la civilisation grecque classique, comme le siècle de louis XIV en France. Alors la culture a fait effet de civilisation.

Au contraire le déclin d'une civilisation est marqué par le fait que la société vit à côté de sa culture (d'où les problèmes liés à l'enseignement et à l'Education).

La culture vit toujours, car l'Esprit ne meurt pas ; mais elle a quitté la société où elle vit, elle la côtoie, l'utilise et parfois l'épouse. Il n'y a cependant pas d'accord fondamental entre société et culture : la première moitié du XXème siècle sera celle de ce déclin d'une civilisation aux espoirs périmés.

Nous voyons déjà les éléments de la civilisation nouvelle qui s'annoncent, avec l'exceptionnelle importance de l'image et du son dans la culture de notre seconde moitié du XXème siècle."

(J.-L. Vieillard-Baron, "L'illusion historique et l'espérance céleste", L"Ile Verte, Berg International, p. 77-78)

... et encore ceci : "Le déclin d'une civilisation appartient à l'Histoire ; mais on peut juger l'Histoire au tribunal de la culture, car la culture n'est pas historique, mais trans-historique : elle est un "croisement d'âmes" (c'est la plus belle et la plus émouvante définition que je connaisse de la culture vivante), croisement de langage différents dont naît chaque fois une âme neuve." (d'après George Steiner, Après Babel, traduction française par Lucienne Lotringer, Paris, Albin Michel, 1975, p. 417-421)

"Fermement enraciné comme il l'est dans le corps profond et multiple des références classiques et bibliques, trempé dans une syntaxe et un vocabulaire impeccables, l'art parfait de la poésie anglaise, où Chaucer et Spenser dialoguent avec Tennyson et T.S. Eliot, échappe désormais à la lecture." (George Steiner, "La culture contre l'homme")

... La compréhension des images comme les "sombres myrtes" ou "le lierre jamais flétri", qui était immédiate, avec des harmoniques nombreuses pour tout lecteur d'Horace, c'est-à-dire pour tout homme cultivé du XIXème siècle, comme l'évêque qui s'intéressait à Julien Sorel dans "Le Rouge et le noir" de Stendhal, cette compréhension est désormais affaire d'érudition, elle est cantonnée dans une spécialité universitaire : ces images symbolisaient la poésie lyrique et la poésie savante ; elle vivaient et ne vivent plus."

(Vieillard-Baron, opus cité, page 89)

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