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Chateau-de-Versailles-Galerie-des-glaces-001.jpg

 

Il serait absurde de nier l'intrication de la culture, du pouvoir et de l'argent ; il n'y pas de culture purement "spirituelle" ; même les fresques de Fra Angelico s'enracinent dans un contexte historique.

Mais il y a dans la culture une résistance au temps, irréductible à une mise en scène du pouvoir ; ainsi les feux de la Galerie des Glaces ou l'ordonnancement des jardins de Versailles dont le charme subsiste (je parle des jardins), alors que leur fonction idéologique a disparu.

Comme Louis XIV demandait à Nicolas Boileau quel était le plus grand écrivain de son siècle, l'auteur du Lutrin répondit : Molière, Sire ! ; ce à quoi Louis XIV rétorqua : "Je ne l'aurais pas cru."

"Boileau avait choisi le plus "subversif" d'entre tous, l'auteur du Tartuffe et de Don Juan.

C'est ainsi que la culture désobéit à la civilisation dont elle émane  : la bouche d'or de "l'homme symbolique" (l'expression est de Lou-Andréa Salomé) et si peu "révolutionnaire" en apparence qu'était Reiner-Maria Rilke humilie les bavardages oublieux de la mort et si le soleil ombrageux de Louis XIV plongea le malheureux Nicolas Fouquet dans les ténèbres de la forteresse de Pignerolle, le lion jaloux de l'écureuil ("Usque non ascendam?"), reste "l'Élégie aux nymphes de Vaux" et le touchant attachement de La Fontaine à son premier protecteur :

 

"Il est assez puni par son sort rigoureux

  Et c'est être innocent que d'être malheureux."


On l'a vu aussi avec Napoléon : "J'ai avec moi la petite littérature et contre moi la grande", parlant de Chateaubriand et de Mme. de Staël.

Aujourd'hui, le pouvoir terrifiant ou sidérant de l'image du temps des empereurs romains ou de l'Empire byzantin où le "Christ Pantocrator" était une icône de l'empereur, a cédé la place à son effet hypnotique.

C'est cet effet qu'il faut critiquer et non l'autre, qui a disparu, sauf dans les dictatures, théocratiques ou non, mais toutes les dictatures, y compris la dictature de l'image, ne sont-elles, d'une façon ou d'une autre "théocratiques" ou, pour le dire autrement, "idolâtres" ?

 

Bosquet des bains d'appolon du chateau de versailles

Élégie aux Nymphes de Vaux

Pour M. Fouquet

Remplissez l'air de cris en vos grottes profondes ;
Pleurez, Nymphes de Vaux, faites croître vos ondes,
Et que l'Anqueuil enflé ravage les trésors
Dont les regards de Flore ont embelli ses bords
On ne blâmera point vos larmes innocentes ;
Vous pouvez donner cours à vos douleurs pressantes :
Chacun attend de vous ce devoir généreux ;
Les Destins sont contents : Oronte est malheureux.
Vous l'avez vu naguère au bord de vos fontaines,
Qui, sans craindre du Sort les faveurs incertaines,
Plein d'éclat, plein de gloire, adoré des mortels,
Recevait des honneurs qu'on ne doit qu'aux autels.
Hélas ! qu'il est déchu de ce bonheur suprême !
Que vous le trouveriez différent de lui-même !
Pour lui les plus beaux jours sont de secondes nuits
Les soucis dévorants, les regrets, les ennuis,
Hôtes infortunés de sa triste demeure,
En des gouffres de maux le plongent à toute heure.
Voici le précipice où l'ont enfin jeté
Les attraits enchanteurs de la prospérité !
Dans les palais des rois cette plainte est commune,
On n'y connaît que trop les jeux de la Fortune,
Ses trompeuses faveurs, ses appâts inconstants ;
Mais on ne les connaît que quand il n'est plus temps.
Lorsque sur cette mer on vogue à pleines voiles,
Qu'on croit avoir pour soi les vents et les étoiles,
Il est bien malaisé de régler ses désirs ;
Le plus sage s'endort sur la foi des Zéphyrs.
Jamais un favori ne borne sa carrière ;
Il ne regarde pas ce qu'il laisse en arrière ;
Et tout ce vain amour des grandeurs et du bruit
Ne le saurait quitter qu'après l'avoir détruit.
Tant d'exemples fameux que l'histoire en raconte
Ne suffisaient-ils pas, sans la perte d'Oronte ?
Ah ! si ce faux éclat n'eût point fait ses plaisirs,
Si le séjour de Vaux eût borné ses désirs,
Qu'il pouvait doucement laisser couler son âge !
Vous n'avez pas chez vous ce brillant équipage,
Cette foule de gens qui s'en vont chaque jour
Saluer à longs flots le soleil de la Cour :
Mais la faveur du Ciel vous donne en récompense
Du repos, du loisir, de l'ombre, et du silence,
Un tranquille sommeil, d'innocents entretiens ;
Et jamais à la Cour on ne trouve ces biens.
Mais quittons ces pensers : Oronte nous appelle.
Vous, dont il a rendu la demeure si belle,
Nymphes, qui lui devez vos plus charmants appâts,
Si le long de vos bords Louis porte ses pas,
Tâchez de l'adoucir, fléchissez son courage.
Il aime ses sujets, il est juste, il est sage ;
Du titre de clément rendez-le ambitieux :
C'est par là que les rois sont semblables aux dieux.
Du magnanime Henri qu'il contemple la vie :
Dès qu'il put se venger il en perdit l'envie.
Inspirez à Louis cette même douceur :
La plus belle victoire est de vaincre son coeur.
Oronte est à présent un objet de clémence ;
S'il a cru les conseils d'une aveugle puissance,
Il est assez puni par son sort rigoureux ;
Et c'est être innocent que d'être malheureux.

 

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