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David Hume, Enquête sur l'entendement humain (An Inquiry Concerning Human Understanding),  1758, Libraire philosophique Vrin, édition bilingue, trad. M. Malherbe.

 

hume

 

Philosophe, économiste, historien et diplomate né à Édimbourg (en Écosse) en 1711. Originaire d'une famille de petite noblesse, il perd son père en bas âge et vit dans une famille peu fortunée. Après des études brillantes, il se détourne du droit au profit des lettres classiques et de la philosophie. Il compose son Traité de la nature humaine, Une tentative pour introduire la méthode du raisonnement expérimental dans les sciences morales, en trois volumes (1739-1740) lors d'un premier séjour en France. Esprit extrêmement original et indépendant, David Hume publie ses premiers ouvrages dans l'indifférence générale. Ses Essais moraux et politiques (1748) ont plus de succès.

 

De caractère équilibré et enjoué, ce grand travailleur faisait preuve de frugalité, non par ascétisme mais par esprit d'indépendance. Il voyage beaucoup en Europe. Inspiré par son premier succès, il écrit une Enquête concernant l'entendement humain (1748), une vulgarisation de certaines idées contenues dans le Traité, ouvrage qui assure sa renommée philosophique. Il publie aussi des Recherches sur les principes de la morale (1751) Il fera aussi paraître d'importants livres d'histoire. Secrétaire de l'ambassade de Grande-Bretagne en France de 1763 à 1765, il est, dit-il, "couvert de fleurs". Il y fréquente les salons philosophiques. Il repart avec Jean-Jacques Rousseau qui veut se réfugier en Angleterre, en 1766, mais se brouille rapidement avec lui. Il se retire dans son pays d'origine en 1769 et meurt en 1776. Après sa mort, paraissent ses Dialogues sur la religion naturelle (1779).

 

Son oeuvre philosophique

 

Connu pour sa réhabilitation d'un scepticisme modéré, Hume remet en question notre confiance dans la raison humaine et dans sa capacité de découvrir les principes premiers de la connaissance, de la morale ou de la religion. Empiriste radical, il aboutit au scepticisme par la remise en question de notre confiance aveugle dans la capacité de la raison à déterminer les "essences" et les "causes" des phénomènes dont nos sens nous informent imparfaitement. Il montre l'importance de l'imagination et son intervention constante dans l'esprit humain. Posant le problème de la connaissance du monde par le biais nouveau de l'origine de la croyance, Hume assoit sa philosophie anti-dogmatique sur une anthropologie philosophique (théorie de l'être humain, et spécialement de la connaissance humaine).

 

Partisan du sens commun dans les questions pratiques, Hume est un philosophe résolument spéculatif. Il s'oppose aussi bien au rationalisme cartésien qu'au scepticisme antique et radical (pyrrhonisme). Adversaire de la religion, il refuse pourtant l'athéisme. Son oeuvre séduit et fait scandale, car elle repose sur un empirisme radical qu'elle pousse à ses extrêmes limites: là où toute connaissance métaphysique devient simple résultat d'une imagination exacerbée au service d'une raison plus soucieuse d'universalité que de vérité. Cela même dans ce domaine où elle devrait dominer sans partage, c'est-à-dire dans la science, lorsqu'elle se veut explication des Causes et des Fins dernières.

 

(source : Raymond-Robert Tremblay, cégep du Vieux Montréal)

 

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Aide au commentaire d'un extrait :

 

"L'homme est un être raisonnable, et, comme tel, c'est dans la science qu'il puise l'aliment, la nourriture qui lui conviennent ; mais si étroites sont les bornes de l'entendement humain, qu'il ne peut espérer que peu de satisfaction, soit de l'étendue, soit de la certitude des connaissances qu'il acquiert. L'homme est un être sociable autant que raisonnable ; mais il ne lui est pas toujours donné d'avoir la jouissance d'une compagnie agréable et amusante ou de conserver lui-même son goût pour la société. L'homme est aussi un être actif ; et cette disposition, autant que les diverses nécessités de la vie humaine, fait de lui l'esclave de ses affaires et de ses occupations ; mais l'esprit demande qu'on lui donne un peu de relâche ; il ne peut rester constamment tendu vers les soucis et le travail. Il semble donc que la nature ait indiqué un genre de vie mixte comme le plus convenable à l'espèce humaine et qu'elle nous ait en secret exhortés à ne laisser aucun de ces penchants tirer par trop chacun de son côté, au point de nous rendre incapables d'autres occupations et d'autres divertissements. Abandonnez vous à votre passion de la science, nous dit-elle ; mais que votre science soit humaine, et qu'elle ait un rapport direct avec l'action et avec la société (...) Soyez philosophe : mais que toute votre philosophie ne vous empêche pas de rester homme.

 

(David Hume : Enquête sur l'entendement humain, 1758)

 

 

Questions sur le texte  :

 

1) "L'homme est un être raisonnable" : Précisez le sens du mot  "raisonnable" dans ce texte.

 

2) "C'est dans la science qu'il puise l'aliment, la nourriture qui lui conviennent" : précisez le sens du mot "science".

 

3) Pourquoi l'homme ne peut-il espérer que peu de satisfaction des connaissances qu'il acquiert ?

 

4) "L'homme est un être sociable" ; quelles sont, selon Hume les limites de la sociabilité humaine ?

 

5) L'homme doit-il être seulement un "être actif" ?

 

6) Que se produit-il quand une des trois principales facultés humaines (raison, sociabilité, action) éclipse les deux autres ? Est-ce souhaitable, selon Hume ? Quel genre de vie la nature nous indique-t-elle ?

 

7) Comment la raison, la sociabilité et l'action doivent-elles s'articuler ? Montrez la dimension "programmatique" de cette articulation dans le contexte de la philosophie des Lumières.

 

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Introduction :

 

David Hume est un éminent représentant de la philosophie des Lumières. Très apprécié des philosophes français, tel Denis Diderot, il a vécu plusieurs années de sa vie en France. Il a eu une grande influence sur le criticisme kantien. Extrait de l'Enquête sur l'entendement humain (An Enquiry about human understanding), ce texte s'interroge sur la nature humaine : "qu'est-ce qu'un homme ?", qu'est-ce qu'être un homme ?"

 

Pour Hume, l'homme n'est pas seulement un "être raisonnable", il est aussi un "être sociable" et il est enfin un "être actif". En suivant l'ordre du texte, nous nous interrogerons sur chacune de ces définitions de l'homme, puis nous montrerons que pour Hume, aucune d'entre elle n'est satisfaisante si on la sépare des deux autres, puis comment ces trois définitions et ces trois dimensions de l'homme s'articulent les unes aux autres ; nous montrerons enfin que ce texte de Hume et en particulier la dernière partie, brosse un portrait de l'homme des Lumières.

 

Le mot "raisonnable" signifie ici "doué de raison". Hume reprend la définition traditionnelle de l'homme comme "animal raisonnable"  : l'homme appartient à l'espèce animale, mais possède une différence spécifique : la raison. Certes tous les hommes ne sont pas "raisonnables" (doués de raison) : certains se conduisent de façon insensée et d'autres n'ont pas de raison du tout. Il y a des cas particuliers, mais Hume se place du point de vue du genre humain dans sa généralité, mais aussi dans sa spécificité.

 

"C'est dans la science qu'il puise l'aliment, la nourriture qui lui conviennent..." : cependant, la raison a besoin de "nourriture" pour s'exercer. Cette nourriture, ce sont les sciences. Quand nous lisons aujourd'hui le mot "sciences", nous pensons aux sciences particulières comme la physique, la chimie, la biologie, l'astronomie, etc. ou bien aux sciences humaines comme l'Histoire, la psychologie ou la sociologie. Au XVIIIème siècle, les sciences particulières ne se sont pas encore détachées de la philosophie. Hume entend ici par "science" le savoir humain en général, la connaissance.

 

Mais selon Hume, l'homme ne peut retirer que peu de satisfactions des connaissances qu'il acquiert parce que son entendement est borné. Il ne peut donc  tout connaître (la science est limitée) et il ne peut jamais atteindre la certitude, mais seulement la vraisemblance (la science est incertaine). Hume exprime ici le point de vue du scepticisme modéré.

 

La connaissance ne peut lui donner beaucoup de satisfaction, mais L'homme n'est pas seulement un "être raisonnable" (premier caractère), c'est aussi un "être sociable" (deuxième caractère), mais "en puissance" et pas toujours en fait : il peut ne pas toujours trouver "la jouissance d'une compagnie agréable et amusante" et il peut aussi s'en lasser et avoir envie d'être seul. L'esseulement est une solitude douloureuse et subie, la solitude est voulue et elle n'est pas douloureuse. L'homme (le sage, le philosophe) est capable de vivre en société et d'apprécier la compagnie des autres, mais aussi de se retirer en lui-même pour réfléchir et pour méditer.

 

Toutefois, l'homme n'est pas seulement un être rationnel et un être social. Le troisième caractère de l'homme est l'activité. Cette "disposition" est nécessaire et légitime. Nous avons besoin de travailler pour entretenir la vie biologique (subvenir à nos besoins matériels), mais elle présente des risques : "devenir l'esclave de ses affaires et de ses occupations". Pour Hume, héritier d'une tradition qui remonte à la pensée grecque, le travail n'est pas l'activité la plus élevée, il n'est pas un but en soi, mais un moyen d'entretenir la vie, afin de nous permettre de nous consacrer à des activités plus élevées (la politique, la contemplation, la pensée)

 

L'homme est un être raisonnable, un animal doué de raison, il est aussi un être sociable. Il est également voué au travail pour satisfaire ses besoins et maintenir la vie. Selon Hume, l'homme doit chercher à se réaliser pleinement en équilibrant ses facultés (raison, sociabilité, action) et en les harmonisant les unes avec les autres. Un homme qui ne serait que raison serait un "monstre froid", que sociabilité, un être vain et superficiel, voué à vivre "selon les autres" et celui qui ne serait préoccupé que de sa survie matérielle, un "esclave" de ses besoins.

 

Hume brosse à la fin de cet extrait un beau portrait du philosophe des Lumières (qui est aussi un autoportrait) : "Abandonnez-vous à votre passion pour la science ; mais que votre science soit humaine, et qu'elle ait un rapport direct avec l'action et avec la société (...) Soyez philosophe : mais que toute votre philosophie ne vous empêche pas de rester homme."

 

Empli de générosité et de bienveillance, le philosophe des Lumières n'est pas uniquement préoccupé de soi. C'est un homme activement engagé dans le monde qui met sa raison et sa passion de la science (de la connaissance) au service de la société pour en dénoncer les injustices et les abus et en améliorer le fonctionnement au nom d'un idéal de progrès. Pour Hume, la sociabilité  ne consiste pas seulement à aimer nos proches (notre famille), nos amis comme pour les épicuriens, mais la société tout entière et même l'Humanité. Le souci égoïste de soi doit faire place à la philantropie.

 

Conclusion :

 

L'homme doit agir et travailler pour satisfaire ses besoins biologiques, mais il n'est pas seulement voué à l'action ; il est aussi un "être de raison" qui doit s'efforcer de nourrir son entendement, tout en sachant que l'entendement est limité et les connaissances incertaines. La valeur suprême pour Hume, celle qui définit le mieux la nature humaine est la sociabilité. La sociabilité nous arrache à l’égoïsme pour nous tourner vers les autres, vers des cercles de plus en plus larges :  la famille, la société, le genre humain. Le philosophe ne doit pas s'enfermer dans une tour d'ivoire. Il ne doit pas être seulement un "intellectuel". La raison, la sociabilité et l'action demeurent stériles si elles ne sont pas au service de l’humanité et du progrès.

 

 

 

 

 

 

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