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Il n'est pas nécessaire d'avoir lu Leibniz pour savoir qu'il n'existe pas, dans la nature, deux "étants" semblables, que ce soient des feuilles ou des gouttes d'eau ; on appelle ça "le principe d'individuation".

Michael Jackson, c'est Michael Jackson et désormais "tel qu'en lui-même enfin l'éternité le change", comme disait Mallarmé d'Edgar Poe, si l'on veut bien me  pardonner le parallèle.

Michael Jackson inspirera sans doute des générations de chanteurs (et de danseurs) après lui, mais il n'y aura pas de "nouveau Michael Jackson".

Evidemment, il aurait mieux valu aider les participants à l'émission "A la recherche du nouveau Michael Jackson" sur W9, à "devenir eux-mêmes", plutôt que "de futurs Michael Jackson", mais après tout, avant de devenir nous-mêmes (ou de ne jamais nous "trouver"), n'avons-nous pas imité, nous aussi, Rimbaud, John Lennon, ou James Dean, méprisant les modèles "des autres", car la jeunesse est pleine d'illusions et les illusions sont exclusives. Comme nous disaient nos parents : "Ca te passera avant que ça me reprenne !"

Souhaitons-leur au moins de ne pas attendre, comme Don Quichotte de la Manche, d'être à la dernière extrémité pour réaliser la vanité de vouloir imiter "le plus grand chanteur du monde" comme Don Quichotte, Amadis de Gaule, "le plus grand chevalier du monde".

Dans le cas de Don Quichotte, le modèle est un personnage de roman de chevalerie et dans celui des imitateurs de Michael Jackson, un mythe inaccessible qui n'est plus de ce monde. La distance entre l'imitateur et le modèle est infranchissable, il n'y a pas de "rivalité mimétique" possible (René Girard parle de "médiation externe"). Ce n'est qu'entre les concurrents qu'il y a de la rivalité.

La "médiation externe" peut mener à la folie, comme la "médiation interne" où l'imitateur se heurte au "modèle-obstacle", plus proche de lui : "imite-moi, mais ne t'avise pas de me faire concurrence !"

Ce sont ceux qui nous ressemblent le moins qui nous attirent le plus, quitte à nous réveiller un jour, comme Charles Swann, en nous demandant comment nous avons pu faire toutes ces folies, y compris d'avoir voulu mourir, "pour quelqu'un qui n'était même pas notre genre".

Car ce que nous désirons chez l'autre, c'est évidemment ce que nous n'avons pas (la plénitude ontologique) et il faut bien du temps et des épreuves pour cesser de chercher l'impossible et pour s'apercevoir que "l'autre" ne la possède pas plus que nous.

Mais la "médiation externe" n'engendre pas le même genre de folie et les imitateurs de Michael Jackson, s'ils craignent aussi peu le ridicule que Don Quichotte (mais que celui qui n'a jamais péché leur jette la première pierre !), ne manquent pas, comme le héros de Cervantès, d'une candeur touchante (je pense par exemple à ce candidat recalé qui expliquait les larmes aux yeux "avoir fait tout ça" pour rendre hommage à son idole).

Il n'y avait pas, dans cette émission de volet intime ou l'on vous montre complaisamment les brossages de dents et les crêpages de chignon des candidats, non, juste les prestations, les délibérations du jury et les appréciations : "on te prend", "on te prend pas", "tu as des progrès à faire",  "tu as chanté une octave trop haut par rapport à ta tessiture" ou "une octave trop bas par rapport à celle de Michael" (mais comment faire autrement si, voulant imiter l'inaccessible étoile, on a le malheur d'être baryton et de chanter en clé de FA ?)

Évidemment, il serait bon que ces jeunes apprenants, admirateurs de "Michael" aient pris quelques cours de danse et/ou de chant et n'aient pas entièrement construit leurs propres savoirs, mais enfin, j'ai trouvé plutôt émouvants leurs efforts, leurs inquiétudes, leur jubilation quand ils étaient pris et leur déception quand ils ne l'étaient pas.

L'émulation, le sens de l'effort, le "j'essayerais de faire mieux la prochaine fois", cher aux cyclistes des années 50 a disparu de l'École, en même temps que la sélection, les classements et bientôt les notes, mais pas des émissions de télévision pour les "beaufs".

C'est peut-être pour ça que je me console en les regardant.

 

 

 

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