Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

  visconti-6-Bjorn-Andresen-copie-1.jpg

 
                                 Tristan
 
Wer die Schönheit angeschaut mit Augen,                
Ist dem Tode schon anheimgegeben,
Wird für keinen Dienst auf Erden taugen,
Und doch wird er vor dem Tode beben,
Wer die Schönheit angeschaut mit Augen!

Ewig währt für ihn der Schmerz der Liebe,
Denn ein Tor nur kann auf Erden hoffen,
Zu genügen einem solchen Triebe:
Wen der Pfeil des Schönen je getroffen,
Ewig währt für ihn der Schmerz der Liebe!

Ach, er möchte wie ein Quell versiechen,
Jedem Hauch der Luft ein Gift entsaugen,
Und den Tod aus jeder Blume riechen:
Wer die Schönheit angeschaut mit Augen,
Ach, er möchte wie ein Quell versiechen!
 
Graf August von Platen-Hallermünde (1796-1835)
 

                            Tristan

Quiconque a de ses yeux contemplé la beauté
est déjà livré à la mort,
n'est plus bon à servir sur terre,
et cependant il frémira devant la mort,
quiconque a de ses yeux contemplé la beauté.

A jamais durera pour lui le mal d'aimer,
car seul un insensé peut espérer sur terre
ressentir un tel amour et le satisfaire.
Celui que transperça la flèche de beauté,
à jamais durera pour lui le mal d'aimer!

Hélas, que ne peut-il tarir comme une source,
humer dans chaque souffle aérien un poison,
respirer la mort dans chaque pétale de fleur!
Quiconque a de ses yeux contemplé la beauté,
hélas, que ne peut-il tarir comme une source!

Ce poème d'August von Platen pourrait servir d'exergue au roman de Thomas Mann "La Mort à Venise" ("Der Tod in Venedig", 1912) : l'essentiel de la thématique de la nouvelle de Thomas Mann y est présente : la beauté, l'amour, la mort.

Une thématique qui puise ses racines dans la philosophie grecque : "Le Banquet" et "Le Phèdre" de Platon, la mystique néo-platonicienne, "l'Erotikos" de Plutarque... Pour Platon, le but suprême de l'existence humaine est la contemplation du Vrai, du Bien et du Beau et le Beau est "la splendeur du vrai".

De nombreuses allusions plongent le lecteur dans l'atmosphère antique : Tadzio est comparé tantôt à Hyacinte, aimé d'Apollon, tantôt à Ganymède, enlevé par Zeus, l'Hadès, le Tireur d'épine, les Phéaciens, "l'Odyssée", la statue d'Eros en marbre de Paros... 

Cette référence à l'antiquité se double de l'évocation d'un drame personnel : celui d'un écrivain vieillissant (Visconti en a fait un musicien), Gustav von Aschenbach, qui s'éprend, au cours d'un voyage à Venise, d'un adolescent  d'une extraordinaire beauté.

Gustav von Aschenbach a bien du mal à voir clair en lui-même. Avide de beauté pure, mais incapable d'y accéder sans suivre les voies obscures de l'Eros, il est écartelé entre Dionysos et Apollon, la tentation de l'abîme passionnel et la volonté de sagesse et de spiritualité.

Mais le monde ordonné dans lequel l'écrivain a réussi à se maintenir succombe aux attaques des forces démoniaques, tandis que Venise se désagrège sous les miasmes du choléra auquel Aschenbach finira par succomber...

Sans être toujours fidèle aux texte et aux intentions de Thomas Mann, l'adaptation cinématographique de Visconti (1971) reprend toutefois les thèmes essentiels du roman : la méditation sur l'art et la création, la confrontation entre le réel et l'idéal...

La scène ultime qui montre Aschenbach agonisant, et l'adolescent pointant du doigt, à contre-jour, dans le soleil couchant un point invisible que le compositeur tente désespérément de percevoir, au paroxysme du crescendo de l'adagietto de la 5ème symphonie de Mahler, est une sublime allégorie du désir métaphysique, tandis qu'un appareil photographique apparaît à droite de l'image, symbole du 7ème Art.

tadzio-avant-mort-daschenbach.1239218916.jpg

Thomas Mann considérait cette nouvelle comme l'une de ses plus abouties avec  "Tonio Kröger" (1903).

"L'intention première de Thomas Mann était d'écrire "l'histoire grotesque" de Goethe septuagénaire s'éprenant à Marienbad de la jeune Ulrike von Levetzow. Mais les événements eurent raison de ce projet. En 1911, après quelques semaines passées sur l'île de Brioni,  il se rend à Venise du 26 mai au 2 juin. Parmi "une série de circonstances et d'impressions curieuses", ce bref séjour est l'occasion d'une rencontre qu'il qualifiera de "lyrique" dans son "Esquisse biographique" (1930), avec un jeune noble polonais de quatorze ans qu'il appellera Tadzio. Il n'aura de cesse qu'il ne la traduise dans une œuvre narrative pour laquelle, selon son propre témoignage, il n'aura rien à inventer. Tous les épisodes décrits ont été vécus tels quels par lui depuis la vue du "voyageur" au cimetière de Munich jusqu'à celle de Tadzio au Lido de Venise." (Armand Nivelle)

"Le temps, c'est le moment présent, mais c'est aussi le passé et le futur. Gilles Deleuze insiste dans son analyse de Visconti sur le « trop tard ». Dans Mort à Venise, l'artiste comprend trop tard ce qui a manqué à son œuvre. Alors qu'il est ici et maintenant en train de pourrir, de se décomposer au présent, le personnage comprend en même temps, mais comme dans une autre dimension, dans la lumière aveuglante du soleil sur Tadzio que la sensualité lui a toujours échappé, que la chair et la terre ont manqué à son œuvre."

mort-venise-v-o-s-t--23334029.jpeg

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :