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Emmanuel Lévinas, De Dieu qui vient à l'idée, Librairie philosophique Vrin, coll. problèmes et controverses, 1982

 

 

"Les textes réunis dans ce volume exposent une recherche sur la possibilité - ou même sur le fait - d'entendre le mot Dieu comme un signifiant. Elle est menée indépendamment du problème de l'existence ou de la non-existence de Dieu, indépendammlent de la décision qui pourait être prise devant cette alternative et indépendamment aussi de la décision sur le sens ou le non-sens de cette alternative même. Ce qui est recherché ici, c'est la concrétude phénoménologique dans laquelle cette signification pourrait signifier ou signifier, même si elle tranche sur toute phénoménalité. Car ce trancher ne saurait se dire de façon purement négative et comme une négation apophantique. Il s'agit d'en décrire les "circonstances" phénoménologiques, leur conjonture positive et comme la "mise en scène" concrète de ce qui se dit en guise d'abstraction.

 

Le lecteur attentif s'apercevra propbablement que notre thème mène à des questions moins "gratuites" que ne laisse imaginer sa formulation initiale. Et cela, non pas seulement en raison de l'importance que peut revêtir la description du sens attaché au nom ou au mot Dieu pour celui qui s'inquiète de reconnaître - ou de contester - dans le langage de la révélation enseignée ou prêchée par les religions positives, que c'est bien Dieu qui a parlé et non pas, sous un faux nom, un malin génie ou une politique. Bien que cette inquiétude soit déjà philosophie.

 

Les questions relatives à Dieu ne se résolvent pas par des réponses où cesse de résonner, où s'apaise pleinement, l'interrogation. La recherche ne saurait ici progresser de façon rectiligne. Aux difficultés de l'espace qu'on explore s'ajoutent toujours probablement les maladresses et les lenteurs de l'explorateur. Quoi qu'il en soit, le livre que nous présentons apparaît sous forme d'études distinctes qui n'ont pas été unies entre elles par une écriture continue. Les étapes d'un itinéraire, qui souvent ramènent au point de départ, ont été attestés ainsi ; en cours de route surgissent aussi des textes où la voie est survolée et ses perspectives se devinent et où est fait le point. Nous avons disposé divers essais selon l'ordre chronologique de leur rédaction..."

 

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Table des matières :

 

Avant propos

 

I/ Rupture de l'immanence

 

Idéologie et idéalisme

De la conscience à la veille

Sur la mort dans la pensée d'Ernst Bloch

De la déficience sans souci au sens nouveau

 

II/ L'idée de Dieu

 

Dieu et la philosophie

Questions et réponses

Herméneutique et au-delà

La pensée de l'être et la question de l'autre

Transcendance et mal

 

III/ Le sens de l'Etre

 

Le dialogue

Note sur le sens

La mauvaise conscience et l'inexorable

Façon de parler

 

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Autrui n'est pas l'incarnation de Dieu, mais précisément par son visage, où il est désincarné, la manifestation de la hauteur où Dieu se révèle (Totalité et Infini, p. 51)... Nous pensons que l'idée de l'infini-en-moi - ou ma relation à Dieu - me vient de la concrétude de ma relation à l'autre homme, dans la socialité qui est ma responsabilité pour le prochain : responsabilité que dans aucune "expérience" je n'ai contractée, mais dans le visage d'autrui, de par son altérité, de par son étrangeté même, parle le commandement venu on ne sait d'où." (De Dieu qui vient à l'idée, p. 11)

 

" Le droit d'être

 

Visage, par delà la manifestation et le dévoilement intuitif. Visage comme à-Dieu, naissance latente du sens. L'énoncé apparemment négatif de l'à-Dieu ou de la signification, se détermine ou se concrétise comme responsabilité pour le prochain, pour l'autre homme, pour l'étranger, à laquelle, dans l'ordre rigoureusement ontologique de la chose - du quelque chose, de la qualité, du nombre et de la causalité - rien n'oblige. Régime de l'autrement qu'être. La compassion et la sympathie auxquelles on voudrait réduire, comme à des éléments de l'ordre naturel de l'être, la responsabilité pour le prochain, sont déjà sous le régime de l'à-Dieu. La signification, l'à-Dieu, le-pour-l'autre - concrets dans la proximité du prochain - ne sont pas une quelconque privation de la vision, une intentionalité vide, une pure visée ; ils sont la transcendance qui peut-être rend seulement possible toute intuition, toute intentionalité et toute visée." (De Dieu qui vient à l'idée, Notes sur le sens, p. 253)

 

"Le moi humain est-il premier ? N'est-il pas celui qui, au lieu de se poser, se doit d'être "déposé" ? Le véritable sens de la subjectivité ne consiste-t-il pas à être, plutôt que substance, dévouement à autrui et, ainsi, assujetissement au prochain ? Est-ce que cet assujetissement n'est pas négation de la liberté qui, semble-t-il, est la véritable définition de l'humain ? Mais on doit se demander si la possibilité pour la non-liberté que suggère le dévouement à autrui de ne pas être asservissement, n'est pas précisément l'obéissance à Dieu. Si Dieu n'est pas cet autre - ou ce tiers exclu -, qui rompt avec l'alternative, libre ou pas libre. Et par conséquent, si, à partir de cette mise en question de soi-même par autrui dont je viens de parler - et qui n'est pas vécue comme une oppression - ne commence pas la voie où le mot "Dieu" prend sens, où Dieu "vous vient à l'idée". Voilà le tissu d'Autrement qu'être qui m'a demandé un langage plus compliqué, philosophique, mais dont la simplicité sous la forme que je viens d'évoquer ne m'est visible qu'après coup."

 

(Salomon Malka, Lire Lévinas, Entretien avec Emmanuel Lévinas, éditions du cerf, pg. 109)

 

"C'est dans la mesure où je dis que le commandement de Dieu à partir du visage d'autrui est autre chose et mieux qu'une thématisation, qu'on peut être tenté de dire que j'ai une religion sans Dieu (...) Ce que je cherche, c'est le premier moment de "l'épiphanie". Le Dieu de Nietzsche qui est mort est celui qui intervenait dans le monde comme les autres forces du monde et qu'il fallait orienter comme ces forces." (ibidem, pg. 113)


 

 

 

 

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