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Au cours de la seconde guerre mondiale, Reverdy écrivit une série de 43 poèmes qu'il baptisa Le Chant des Morts. En janvier 1945, son texte manuscrit fut reproduit grandeur nature, y compris les améliorations et les ratures.

Picasso fut pressenti pour l'illustrer. Ce dernier envisagea tout d’abord de traditionnels dessins au trait, mais choisit finalement de dessiner des arabesques à grand coups de pinceau. Un jeu de lignes, d'entrelacs et de points fut placé entre les plages de texte - et autour. Ces illustrations furent réalisées en 1947 et 1948 sur des plaques de zinc.

Outre mesure


Le monde est ma prison
Si je suis loin de ce que j'aime
Vous n'êtes pas trop loin barreaux de l'horizon
L'amour la liberté dans le ciel trop vide
Sur la terre gercée de douleurs
Un visage éclaire et réchauffe les choses dures
Qui faisaient partie de la mort
A partir de cette figure
De ces gestes de cette voix
Ce n'est que moi-même qui parle
Mon coeur qui résonne et qui bat
Un écran de feu abat-jour tendre
Entre les murs familiers de la nuit
Cercle enchanté des fausses solitudes


Faisceaux de reflets lumineux
Regrets
Tous ces débris du temps crépitent au foyer
Encore un plan qui se déchire
Un acte qui manque à l'appel
Il reste peu de chose à prendre
Dans un homme qui va mourir

À double tour

je suis si loin des voix
Des rumeurs de la fête
Le moulin d'écume tourne à rebours
Le sanglot des sources s'arrête
L'heure a glissé péniblement
Sur les grandes plages de lune
Et dans l'espace tiède étroit sans une faille
je dors la tête au coude
Sur le désert placide du cercle de la lampe
Temps terrible temps inhumain
Chassé sur les trottoirs de boue
Loin du cirque limpide qui décline des verres
Loin du chant décanté naissant de la paresse
Dans une âpre mêlée de rîtes entre les dents
Une douleur fanée qui tremble à tes racines
je préfère la mort l'oubli à la dignité
je suis si loin quand je compte tout ce que j'aime

Tête à tenir
Une large bouffée de flammes
Sur la frise en bas des forêts
Le brouillard échappe des larmes
Sous une écharpe de rosée
L'odeur rugueuse des cigares
Le feu caché des feuilles mortes
Rayons cassés qui tissent ton sourire
Le visage effacé sous son voile de peur
Il va il vient il se retire
Un rayon de miel dans la cire
Une larme amère à ton coeur
Amour reviens dans le silence
Le poids de la main sur ton front
Et toujours la mort entêtée
La mort vorace

 

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