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"Chesterton est l'un des premiers écrivains de notre temps et ceci non seulement pour son heureux génie de l'invention, pour son imagination visuelle et pour la félicité enfantine ou divine que laisse entrevoir chaque page de son oeuvre, mais aussi pour ses vertus rhétoriques, pour sa pure virtuosité technique." (Jorge Luis Borges)

 

 

J'ai découvert il y a quelques années cet écrivain génialissime, pour ainsi dire inconnu en France, à travers ses romans policiers "métaphysiques" dont le détective est un petit prêtre prodigieusement perspicace, sous une apparence timide et effacée, le Père Brown.

 

 J'ai choisi de le présenter à travers l'un de ses romans les plus "jubilatoires" Manalive, en français Supervivant et l'excellente préface de Jean-Baptiste Baronian ; je donne également ci-dessous les liens vers deux sites particulièrement riches et intéressants dont le but est de faire mieux connaître cet illustre inconnu.

 

 

link (lien vers le blog des amis de G.K. Chesterton)

 

link (The American Chesterton Society)

 

 

"Gilbert Keith Chersterton (1874-1936) est l'auteur d'une centaine de livres qui touchent à la plupart des genres littéraires : poésie, roman, nouvelle, essai, critique, biographie. L'extraordinaire, c'est que dans toute son oeuvre Chesterton fait entendre une voix unique, ne vise qu'un seul but suprême : l'orthodoxie.

 

Mais les moyens qu'il utilise pour y parvenir sont déroutants : l'incongru, l'inadmissible, l'humour, le fantastique, l'aberrant, le fabuleux.

 

Pour lui, l'Humanité a besoin de merveilleux, de folie, de tempêtes. Il faut être déraisonnable pour comprendre le monde, saisir les questions les plus fondamentales de l'existence.

 

C'est sans doute dans Supervivant, publié en 1912 en langue anglaise, que Chesterton a le plus complètement rendu compte de ses visions si singulières.

 

Supervivant est l'apologie extraordinaire de l'existence comme une fin en soi - un salut en soi. Roman policier, roman fantastique, roman espiègle, parabole métaphysique - ce livre est tout cela à la fois. Et il est aussi une des plus surprenantes fictions, au sens ou Borgès entendait ce terme, de toute la littérature universelle.

 

Quatre accusations : meurtre, cambriolage, abandon, polygamie pèsent sur innocent Fève, sans doute le héros le plus paradoxal imaginé par l'auteur. Dans Supervivant, comme du reste dans de nombreux autres textes romanesques de Chesterton, la scène initiale tient du prodige : une rafale de vent, un vent de folie, une "apocalypse surgissant dans un jardin privé", qui d'emblée annonce quelque chose d'incongru va se produire.

 

Cette surprenante image poétique joue ici le rôle des trois coups qui précèdent toute représentation théâtrale. Et c'est bien à un spectacle qu'on va assister, le spectacle d'un procès métaphysique dont l'enjeu a trait à la manière de vivre d'un homme, à son droit de vivre pleinement, superlativement, follement.

 

Mais au fond quel est le crime d'Innocent Fèvre ?

 

"A vivre dans une civilisation embrouillée, dit Michel Delune, son défenseur, nous en sommes venus à tenir pour répréhensibles certaines choses qui ne sont pas répréhensibles du tout. Nous en sommes venus à penser que les élans, l'exubérance, que les explosions, les ruées, que la taquinerie et la démolition sont des crimes. En elles-mêmes, ces choses ne sont pas seulement excusables, on vient de voir qu'elles sont même à l'abri de toute critique.

 

Or quel mal y a-t-il à décharger un pistolet quand ce serait sur un ami, aussi longtemps que vous entendez bien ne pas l'atteindre, que vous êtes certain que vous ne le toucherez pas ? Ce n'est pas plus criminel que de faire des ricochets sur la mer - moins même, car le hasard peut faire que votre pierre ne ricoche pas et qu'elle entre dans la mer."

 

En somme, ce qu'on reproche à Innocent Fèvre, c'est le fait qu'il n'est pas comme les autres, qu'il se distingue de ses semblables, qu'il se moque des convenances, des règles de bonne conduite imposées par la société, qu'il ne se plie pas aux usages, ce masque officiel de l'hypocrisie établie, érigée en système, qu'il se dresse, qu'il s'insurge. Et pourtant, son comportement "réactionnaire" est-il tellement criminel ?

 

Est-ce parce qu'Innocent Fèvre se présente comme un être non conformiste qu'il est pour autant condamnable ? Où est son péché - son mal ? "L'originalité de l'accusé, dira Michel Delune, consiste précisément en ce qu'il a distingué entre la coutume et la croyance." Et il ajoute cette phrase capitale : "Il est vrai qu'il a violé les conventions, mais il a observé les commandements."

 

Supervivant est l'apologie extraordinaire de l'existence burlesque considérée comme une fin en soi - un salut en soi. Il peut se lire à la fois comme un roman policier, comme une parabole métaphysique ou encore comme un récit d'humour espiègle, capricieux et provocant à souhait. Il peut se lire aussi comme un roman fantastique, si tant est que le fantastique reste, au plus haut point, une littérature de révolte et de scandale, qu'il sacralise une vision non matérialiste de l'existence.

 

Toute l'oeuvre de Chesterton - poésie, nouvelle, roman, essai, biographie - constitue une provocation à l'humain. Celle de Supervivant atteint des proportions uniques..."

 

(Jean-Baptiste Baronian)

 

 

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G.K. Chesterton, de son nom complet Gilbert Keith Chesterton (29 mai 1874 -14 juin 1936) est l'un des plus importants écrivains anglais du début du XXème siècle. Son oeuvre est extrêmement variée : il a été journaliste, poète, romancier, biographe...

 

Il est connu pour la série de nouvelles policières dont le personnage principal est le Père Brown (The Wisdom Of Father Brown, The Incredulity Of Father Brown...).

 

Surnommé "le prince du paradoxe", G.K. Chesterton est également renommé pour ses œuvres apologétiques et même ses adversaires ont reconnu l'importance de textes comme Orthodoxie ou L'Homme éternel.


Converti au catholicisme romain, Chesterton parlait souvent de lui-même comme d'un chrétien "orthodoxe". George Bernard Shaw, son adversaire et ami, a dit   : " C'était un homme d'un génie colossal ".

 

Anecdotes concernant G.K. Chesterton :

 

Il était grand (1,93 m) et de forte corpulence (il dépassa 130 kg). Sa silhouette et son caractère inspirèrent au romancier John Dickson Carr le personnage du détective Gideon Fell.

 

Chesterton portait habituellement une cape, une canne-épée, avait continuellement un cigare à la bouche. Un jour, il fit la remarque suivante à son ami George Bernard Shaw : « À vous voir, tout le monde pourrait penser que la famine règne en Angleterre » ; à quoi Shaw aurait rétorqué : "À vous voir, tout le monde pourrait penser que c'est vous qui en êtes la cause".

 

Il oubliait fréquemment où il était censé se rendre et on raconte qu'il envoya un jour à sa femme, Frances Blogg, un télégramme où il écrivit : " Suis à Market Harborough. Où devrais-je être ? ", auquel elle répondit : "À la maison ".

 

Citations :

 

Nous faisons nos amis, nous faisons nos ennemis, mais Dieu fait notre voisin.

Un grand classique, c'est quelqu'un dont on peut faire l'éloge sans l'avoir lu.

Il n'existe pas de sujet peu intéressant, il n'y a que des personnes peu intéressées.

Le journalisme consiste pour une large part à dire "Lord Jones est mort" à des gens qui n'ont jamais su que Lord Jones existait.

Chacun parle de l'opinion publique, entendant par là l'opinion publique, moins la sienne.

Le moyen d'aimer une chose est de se dire qu'on pourrait la perdre.

Les hommes qui croient réellement en eux-mêmes sont tous dans des asiles d'aliénés.

La vie est une chose trop importante pour être prise au sérieux.

Le fou est celui qui perd son chemin sans pouvoir le retrouver.

Être bon représente une aventure autrement violente et osée que de faire le tour du monde à la voile.

C'est aux inconnus qu'on parle toujours des choses les plus importantes.

Les femmes, quelles qu'elles soient, considèrent les hommes quels qu'ils soient comme fous...

Non seulement nous sommes tous embarqués sur le même bateau mais nous avons tous le mal de mer.

Tous les hommes qui dans l'histoire, ont eu une action réelle sur l'avenir, avaient les yeux fixés sur le passé.

La soumission à un homme faible est discipline. La soumission à un homme fort est servilité.

Le monde moderne est plein d'anciennes vertus chrétiennes devenues folles.

L'optimiste est l'homme qui regarde vos yeux. Le pessimiste, l'homme qui regarde vos pieds.

Le fou n'est l'homme qui a perdu la raison. Le fou est celui qui a tout perdu, excepté la raison.

Une nation ne se fait connaître de l'étranger que par ses mauvais côtés.

Une vérité entière est souvent l'alliée de la vertu ; une demi-vérité est toujours l'alliée du vice.

La vérité est sacrée ; et si tu dis la vérité trop souvent, personne ne la croira.

Il y aurait beaucoup moins de scandales si les gens arrêtaient d'idéaliser le péché et de se présenter comme des pécheurs.

Les grandes vérités peuvent uniquement être oubliées mais jamais déformées.

On peut avoir des raisons de dire la vérité ; d'éviter un scandale ; mais comment défendre l'homme par qui le scandale arrive et qui ne dit pas la vérité.

Seules les femmes sont réalistes ; elle n'ont qu'un but dans la vie : opposer leur réalisme à l'idéalisme extravagant, excessif, parfois éthylique des hommes.

Les hommes devaient avoir peur de la corruption spirituelle et de la lâcheté.

Pour l'homme humble, et pour lui seulement, le soleil est vraiment un soleil ; pour l'homme humble, et pour lui seulement la mer est vraiment une mer.

C'est seulement pour ceux qui persévèrent après que tout semble perdu, que l'espoir luit à nouveau.

L'espoir consiste à espérer quand la situation est désespérée.

 


Aux Editions l'Âge d'Homme :

 

Supervivant

Le Retour de Don Quichotte

La sphère et la Croix

Le scandale du Père Brown

Le Club des Fous

Le Défenseur

L'Homme qui en savait trop

les Paradoxes de M. Pound

 

Idées/ NRF Gallimard :

 

Hérétiques

 

 


 

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