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George Steiner, Réelles présences, Les arts du sens, NRF Essais, Gallimard, 1991, traduit de l'anglais par Michel R. de Pauw, titre original : Is there anything in what we say ?

« J'ai essayé de passer ma vie à comprendre pourquoi la haute culture n'a pas pu enrayer la barbarie. » (Ce qui me hante

« J'ai eu de la chance avec mes professeurs. Ils m'ont laissé persuadé que, sous sa forme la plus haute, la relation de maître à élève est une allégorie en acte de l'amour désintéressé. » (Errata. Récit d'une pensée)

"Baudelaire, dans les Notes nouvelles sur Edgar Poe, présentant, paraphrasant même, un passage du Poetic Principle de Poe, passage lui-même en écho direct du Phédon de Platon, écrit : "C'est cet admirable, cet immortel instinct du beau qui nous fait considérer la terre et ses spectacles comme un aperçu, comme une correspondance du ciel. La soif insatiable de tout ce qui est au-delà, et que révèle la vie, est la preuve la plus vivante de notre immortalité. C'est à la fois par la poésie et à travers la poésie, par et à travers la musique que l'âme entrevoit les splendeurs situées derrière le tombeau ; et quand un poème exquis amène les larmes au bord des yeux, ces larmes ne sont pas la preuve d'un excès de jouissance, elles sont bien plutôt le témoignage d'une mélancolie irritée, d'une postulation des nerfs, d'une nature exilée dans l'imparfait et qui voudrait s'emparer immédiatement, sur cette terre même, d'un paradis révélé."

Sommes-nous, aujourd'hui, à même de lire ce passage ? demande George Steiner dans l'avant-propos à l'édition française de ce livre.

"Sommes-nous, aujourd'hui, encore capables de jouir d'une oeuvre ? savons-nous encore lire un texte, voir un tableau, écouter une sonate ?

La question est d'importance. Nous vivons à l'ère moderne - celle qu'inaugurèrent Rimbaud et Mallarmé. Tous deux prophétisèrent la fin d'un monde, celui - classique - où le mot désignait la chose. Depuis lors, on s'est acharné à théoriser la fin du discours, l'arbitraire du signe, le texte auto-référent, l'autonomie de la structure, la mort de Dieu d'abord, de l'homme ensuite. Même les compositeurs ont proclamé la mort de la musique, et les artistes la fin de l'Art...

De tout cela il nous reste un lourd héritage : nous vivons, en effet, à l'époque que George Steiner appelle l'ère de l’Épilogue. C'est l'ère où le monde n'a plus de sens, où le sens d'une oeuvre, quelle qu'elle soit, n'est plus la raison d'être de notre lecture, mais où, au contraire, chacune de nos lectures accorde une raison d'être à l'oeuvre.

Les intentions du créateur n'importent plus, seul compterait ce qu'arbitrairement nous mettrions dans l'oeuvre que nous déconstruirions.

Face à cette mode de l'indécidable, de l'interchangeabilité du sens, George Steiner, nourrissant ses réflexions d'exemples puisés dans la littérature, la musique et la peinture, nous convie à parier à nouveau sur le sens, et même sur le scandale radieux de la transcendance : il y a bien un accord et une correspondance entre le mot et le monde, entre, d'une part, les structures de la parole et de l'écoute humaines et, d'autre part, les structures toujours voilées par un excès de lumière, de l'oeuvre. C'est grâce à ce pari que nous pourrons jouir de l'oeuvre et comprendre sa nécessité."

"Il est une journée bien particulière de l'Histoire occidentale dont ni l'Histoire ni le mythe ni les Écritures ne parlent. Il s'agit du samedi. Et ce samedi est devenu le plus long des jours. Nous connaissons le vendredi qui est, pour les chrétiens, le jour de la Crucifixion. Mais le non-chrétien, l'athée, le connaît aussi. C'est-à-dire qu'il connaît l'injustice, la souffrance interminable, la destruction, l'énigme brute de la fin, qui constituent si clairement non seulement la dimension historique de la condition humaine, mais aussi le tissu quotidien de notre vie individuelle. Nous connaissons aussi le dimanche. Pour le chrétien, ce jour signifie une suggestion, à la fois assurée et précaire, à la fois évidente et dépassant la compréhension, de la résurrection, d'une justice et d'un amour qui ont vaincu la mort. Si nous ne sommes pas chrétiens ou croyants, nous connaissons ce dimanche de manière analogue. Nous le concevons comme étant le jour de la libération de l'inhumanité et de la servitude. Nous cherchons une délivrance, qu'elle soit thérapeutique ou politique, qu'elle soit sociale ou messianique. L'élément essentiel de ce dimanche, c'est l'espoir (il n'est pas de mot moins susceptible de déconstruction).

Mais notre époque est celle du long samedi. Entre la souffrance, la solitude, l'inexprimable destruction d'une part et le rêve de libération, de renaissance de l'autre. devant la torture d'un enfant, de la mort de l'amour que représente le vendredi, même les plus grandes formes d'art et de poésie sont presque sans ressources. Dans l'utopie du dimanche l'esthétique, je présume, n'aura plus de raisons d'être. Les appréhensions et les fulgurations qui sont en jeu dans l'imagination métaphysique, dans le poème, dans la composition musicale, qui parlent de la douleur et de l'espoir, de la chair qui a le goût de la cendre et de l'esprit qui a la saveur du feu, sont toujours œuvres du samedi. Elles ont surgi d'une immensité de l'attente qui caractérise l'homme. Sans elles, comment pourrions-nous patienter ?

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Francis George Steiner est un écrivain anglo-franco-américain, né à Paris le 23 avril 1929. Spécialiste de littérature comparée et de théorie de la traduction, il est plus connu du grand public comme essayiste, critique littéraire et philosophe. Il écrit généralement en anglais mais a aussi publié quelques œuvres en français.

Pour chaque œuvre, la première date mentionnée est celle de première publication en français. En cas de traduction (presque toutes les œuvres de George Steiner ont d'abord paru en anglais), la seconde date (entre parenthèses) est la date de première publication dans la langue originale.

Essais
  • Tolstoï ou Dostoïevski, Seuil, 1963
    (titre original : Tolstoy or Dostoevsky: An Essay in Contrast, 1960)
  • La Mort de la tragédie, 1965
    (titre original : The Death of Tragedy, 1961)
  • Anno Domini, Seuil, 1966
    Également paru en édition de poche : Folio n° 2344
    (titre original : Anno Domini: Three Stories, 1964)
  • Langage et silence, Seuil, 1969
    (titre original : Language and Silence: Essays 1958-1966, 1967)
  • Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, Albin Michel, 1978
    (titre original : After Babel: Aspect of Language and Translation, 1975)
    NB : Voir édition revue et corrigée en 1998
  • Le transport de A.H., Julliard/L'Âge d'Homme, 1981
    (titre original : The Portage to San Cristobal of A. H., 1981)
  • Martin Heidegger, Albin Michel, 1981
    Également paru en édition de poche : Champs, Flammarion
    (titre original : Heidegger, 1978)
  • Les Antigones, Gallimard, 1986
    Également paru en édition de poche : Folio Essais n° 182
    (titre original : Antigones, 1984)
  • Dans le château de Barbe-bleue. Notes pour une redéfinition de la culture, Gallimard, 1986
    Également paru en édition de poche : Folio Essais n° 42
    N.B. : Cet ouvrage a initialement paru en 1973 sous le titre La culture contre l'homme aux éd. du Seuil
    (titre original : In Bluebeard's Castle: Some Notes Towards the Redefinition of Culture, 1971)
  • Comment taire ?, Cavaliers Seuls, 1987
    (titre original : A Conversation Piece, 1985)
  • Le Sens du sens, Vrin, 1988
    (titre original : ?)
  • Réelles présences. Les arts du sens, Gallimard, 1991
    Également paru en édition de poche : Folio Essais n° 255
    (titre original : Real Presences: Is There Anything in What We Say?, 1989)
  • La Mort de la tragédie, Gallimard, 1993
    Également paru en édition de poche : Folio Essais n° 224
    (titre original : The Death of Tragedy, 1961)
  • Épreuves, Gallimard, 1993
    (titre original : ?)
  • Passions impunies, Gallimard, 1997
    Également paru en édition de poche : Folio Essais n° 385
    (titre original : No Passion Spent)
  • Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, éd. revue et augmentée, Albin Michel, 1998
    (titre original : After Babel: Aspect of Language and Translation, 1998)
    N.B. : La première édition de cet ouvrage a paru en 1978 sous le même titre
  • Errata. Récit d'une pensée, NRF, Gallimard, 1998
    Également paru en édition de poche : Folio n° 3430
    (titre original : Errata: An Examined Life, 1997)
  • Grammaires de la création, Gallimard, 2001
    (titre original : Grammars of Creation, 2001)
  • Extraterritorialité. Essai sur la littérature et la révolution du langage, Calmann-Lévy, 2002
    (titre original : Extraterritorial: Papers on Literature and the Language Revolution, 1972)
  • Maîtres et disciples, NRF Essais, Gallimard, 2003
    (titre original : Lessons of the Masters, 2003)
  • Les Logocrates, L'Herne, 2003
    (titre original : ?)
  • Dix raisons (possibles) à la tristesse de pensée, Albin Michel, 2005
    (titre original : ?)
  • Une certaine idée de l'Europe, Actes Sud, 2005
    (titre original : The Idea of Europe, 2005)
  • Les Livres que je n'ai pas écrits, Gallimard, 2008
    (titre original : My Unwritten Books, 2008)
  • Ceux qui brûlent les livres, L'Herne, 2008
    (titre original : ?)
  • À cinq heures de l'après-midi, L'Herne, 2008
    (titre original : ?)
  • Lectures : Chroniques du New Yorker, Gallimard, coll. « Arcades », 2010
  • Poésie de la pensée, Gallimard, coll. « Essais », 2011
    (titre original : The Poetry of Thought)
Conférences et entretiens
  • George Steiner et Ramin Jahanbegloo, Entretiens, Le Félin, 1992
  • George Steiner et Pierre Boutang, Dialogues. Sur le mythe d'Antigone. Sur le sacrifice d'Abraham, Lattès, 1994
  • George Steiner et Antoine Spire, Barbarie de l'ignorance, Bord de l'Eau, 1998
  • George Steiner et Antoine Spire, Ce qui me hante, Bord de l'Eau, 1998
  • De la Bible à Kafka, Bayard, 2002
    Également paru en édition de poche : Pluriel
    (titre original : No Passion Spent: Essays 1978-1996,1996)
  • George Steiner et Cécile Ladjali, Éloge de la transmission. Le maître et l'élève, Albin Michel, 2003
  • George Steiner et Pierre Boutang, "Dialogue sur le Mal", animé par François L'Yvonnet, Cahier de l'Herne Steiner, L'Herne, 2003.
  • Nostalgie de l'absolu, 10/18, n° 3555, 2003
    (titre original : Nostalgia for the Absolute, CBC Massey Lectures series, 1974)
Roman
  • Le Transport d'AH, Julliard, 1981. Rééd. : LGF, 1991 (Le Livre de poche. Biblio, n° 3167). 4e de couverture : « Hitler ne s'est pas suicidé. Il vit, réfugié dans un recoin de l'Amazonie profonde. Un commando de juifs l'a retrouvé et se propose de le ramener à la civilisation pour le juger. Récit du voyage. »
Divers
  • Préface à la Bible hébraïque, Albin Michel, 2001
  • Au «New Yorker», Gallimard, 2010
    (titre original : George Steiner at The New Yorker, New Directions, 2008)
  • Platon, Le Banquet, préface de George Steiner, "La Nuit du Banquet" (entretien avec François L'Yvonnet), Les Belles Lettres, coll. Classiques en poche, 2010.

 

 

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