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Henry Winterfeld, "Les enfants de Timpelbach" (1937), livre de Poche Jeunesse, traduit de l'allemand par O. Séchan

 

Né à Hambourg, le 9 avril 1901, Henry Winterfeld étudie d'abord   la musique à Berlin à la Stem Academie, puis il décide de se consacrer à l' écriture.

 

Son fils Thomas ayant attrappé la scarlatine il s'amuse, pour le distraire, à lui raconter des histoires. Ces histoires nourriront son premier roman, "Les Enfants de Timpelbach", qu'il publiera en 1937 sous le pseudonyme de Manfred Michael.

Devant la montée du nazisme, il s'exile en Autriche en 1933, puis, après l'Anschluss (1938), en France où, considéré comme un "ennemi" en raison de sa nationalité allemande après la déclaration de guerre, il est  détenu à Rolland-Garros avec 15 000 autres Allemands, Juifs et non Juifs ayant pour la plupart fui comme lui le nazisme, puis transféré à Nevers (une situation absurde qui reflète toute l'absurdité de l'époque) ; il parvient à quitter la France pour les Etats-Unis avec sa femme et son fils.

 

Il acquiert la nationalité américaine en 1946.

 

En 1953, il écrit "L' affaire Caïus" qui deviendra un classique de la littérature jeunesse et qui raconte les aventures policières de jeunes romains.

Henry Winterfeld est décédé en 1990.

"Les Enfants de Timplebach
" a été adapté au cinéma par Nicolas Bary, en 2007.


Bibliographie :

"Les Enfants de Timpelbach" (1937)
"L'affaire Caïus" (Caius ist ein Dummkopf) traduit par Olivier Séchan (1953)
"Tombée du ciel" (1956)
"Télégramme de Liliput" (1958)
"Pimmi Pferdeschwanz" (1967)
"Caïus et le gladiateur" (1969)
"Der Letzte der Sekundaner" (1971)
"Caius in der Klemme" (1976)

 

"Les Enfants de Timpelbach" :

 

Dans le village de Timpelbach, les enfants n'arrêtent pas de faire des  bêtises et de contester l'autorité des adultes.

   

Excédés, ces derniers décident d’abandonner le village pendant une journée  entière et de laisser les enfants livrés  à eux-mêmes.

 

Il s'agit de leur donner une bonne leçon et de leur démontrer l'importance des adultes, mais les choses ne se passent pas comme prévu : les parents se perdent dans la forêt et sont faits prisonniers par  les garde-frontière.

 

Oscar et sa bande, "les Pirates", sont fous de joie et profitent de l'absence prolongée des parents pour se livrer au pillage et pour "faire tout ce qui leur plaît", entraînant dans leur sillage la majorité des enfants, à l'exception de Michel Manfred, de Thomas, d'Henri "le petit bossu", et de Marianne, la fille du dentiste qui s'organisent pour résister à l'anarchie et au despotisme et rétablir la vie sociale et la démocratie.

 

Le livre, paru en 1937, fait parfois penser à "Sa Majesté des Mouches", mais on ne sait pas très bien à quelle époque se déroule l'histoire, qui baigne de ce fait dans une atmosphère de merveilleux, contrairement au récit de William Golding.

 

Le nom du village "Tempelbach", du nom de la rivière qui le traverse, ancre le récit dans un contexte germanique. Cependant, Henry Winterfeld n'a pas écrit un récit historique, mais un conte avec toute la dimension symbolique et universelle que comporte le genre.

 

L'élément modificateur, la "désertion" des parents, est le thème "inversé" du conte de Charles Perrault : "Le Petit Poucet" : ce sont les parents et non les enfants qui se perdent dans la forêt, laissant leurs maisons aux enfants et le motif n'est pas la pauvreté comme dans le conte, mais la désobéissance des enfants.

 

Si l'on voulait établir un parallèle avec une oeuvre connue, ce serait avec le "Pinocchio" de Carlo Colodi, mais si l'on retrouve bien chez Colodi le thème de l'enfant qui fait un mauvais usage de sa liberté, on ne retrouve pas celui de la désertion des parents qui "livrent le monde" à leur progéniture déchaînée.

 

Il me semble que ce thème soit en rapport avec la crise de la famille et de la jeunesse allemande dans les années 30 ; j'essaierai de justifier plus loin ce point de vue en m'appuyant sur le témoignage de Sebastian Haffner dans son Journal "Mémoires d'un Allemand".

 

Le dénouement du roman d'Henry Winterfeld est optimiste : les enfants "raisonnables" parviennent à remettre le village en ordre et à neutraliser Oscar et les Pirates.

 

La "démocratie" est sauve ! Mais là encore, le roman est loin de la réalité, si l'on songe au contexte historique de l'Allemagne des années 30, période durant laquelle il fut écrit. On sait que la résistance fut inexistante en Allemagne (à l'exception notable du mouvement de la rose blanche et du "complot des généraux" qui aboutit à l'attentat manqué de Stauffenberg le 20 juillet 1944), utile, mais insuffisante dans les pays occupés par l'Allemagne et qu'il fallut la conjugaison de forces matérielles et humaines considérables venus de pays non occupés (Russie, Etats-Unis, Grande-Bretagne) pour venir à bout du nazisme.

 

L'un des attraits du roman d'Henry Winterfeld réside dans cette idée que la civilisation et la démocratie peuvent survivre, grâce à une poignée d'être humains (en l'occurence des enfants) à la "barbarie" (une barbarie qui, contrairement au roman de William Golding ne se manifeste pas de façon insupportable).

 

Les enfants rétablissent l'électricité, le téléphone, le service des repas, arrivent à conduire un tramway et  une voiture.... Ce ne sont pas des "savoirs innés", ce sont les enfants qui ont accepté d'apprendre quelque chose des adultes qui parviennent à remettre "le monde en état".

 

Le roman comporte donc une critique implicite de la pédagogie "libertaire" et du "constructivisme". Ce ne sont pas les savoirs et les normes qui sont mortifères et qui détruisent la liberté humaine, mais la "désertion" des parents,  la démission des adultes, le refus de "dire le monde" (Hannah Arendt) aux enfants, de transmettre des savoirs et des normes.

 

Le roman pose des questions intéressantes sur les relations parents-enfants, sur l'éducation, sur la dynamique des groupes humains et leur tendance à un conformisme mortifère. Winterfield montre avec beaucoup de lucidité  et une certaine "prémonition"  favorisée par la "Révolution" nationale socialiste à laquelle il avait assisté avant de s'exiler en Autriche, puis aux Etats-Unis que ce "conformisme" s'opère au nom de valeurs "anticonformistes" : Oscar et les Pirates en appellent à la liberté et à la révolte.

 

L'auteur a été le témoin dans l'Allemagne des années 30, à la faveur de la crise économique,  de la désagrégation de la cellule familiale et de la crise de la jeunesse allemande qui s'est traduite dans certains mouvements de jeunesse anarchisants tels que les "Vogelwänderers" (le mouvement des oiseaux migrateurs).

 

L'embrigadement de la jeunesse par le national-socialisme ne s'est pas opérée par des méthodes de coercition autoritaire, mais, selon l'expression de Sebastian Haffner dans "Histoire d'un Allemand, souvenirs 1914-1933",  par la "camaraderie fusionnelle".

 

Haffner affirme qu'un phénomène tel que le nazisme trouve ses racines non dans l'expérience des tranchées, mais dans l'expérience qu'eurent les écoliers allemands de la Guerre de 14-18 comme d'une sorte de jeu très intense : "La génération nazie proprement dite est née entre 1900 et 1910 ; ce sont les enfants qui ont vécu la guerre comme un grand jeu, sans être le moins du monde perturbés par sa réalité."...

 

"l'assassinat crapuleux de Walter Rathenau par deux jeunes garçons en 1923 allait consacrer le sentiment de vivre dans un monde sans règles où le plus absurde est possible."...

 

 "Je voudrais encore une fois souligner que la réaction politique des enfants est tout à fait intéressante pour l'historien : "ce que tous les enfants savent" est en général la quintessence ultime et irréfutable d'un processus politique."

 

D'autres témoignages, celui de Stefan Zweig par exemple ("Die Welt von Gestern", "Le Monde d'hier, souvenirs d'un européen"), concordent avec celui de Sebastian Haffner pour montrer des parents accablés par la crise économique, désemparés et dépassés par leurs enfants.

 

 

Ce que l'on appelle "La crise de l'autorité" ne date pas des années 70, elle est cyclique, elle a profondément marqué l'Allemagne des années 30 ; il me semble qu'elle  revient en force aujourd'hui (d'où l'actualité du roman de Winterfeld) ; elle est symptomatique d'un malaise social et politique profond et doit être envisagée avec sérieux.

 

 

Questionnaire sur le roman :

 

1) Qui est l'auteur de ce livre ?


2) Qui est le narrateur ?


3) Le narrateur est-il extérieur à l'histoire ou est-il un héros de l'histoire ?


4) Combien de temps l'histoire dure-t-elle ?


5) Quels sont les deux principaux héros de cette histoire ; décrivez-les (portrait physique et psychologique) ; montrez que leurs caractères se complètent.


6) Quelle est la situation initiale de l'histoire ?


7) Quel en est l'élément modificateur ?


8) Qui a conçu la "proclamation des parents" ?


9) Qui a conçu le stratagème pour punir les enfants ?


10) Les choses se sont-elles déroulées comme prévu ? Pourquoi ?

 

11) Qui raconte l'aventure des parents ? A qui ?

   

12) Pourquoi Oscar et sa bande sont-ils contents que les parents aient quitté la ville ?


13) Pourquoi la plupart des enfants (sauf Michel Manfred, Thomas, Henri, le petit bossu et Marianne, la fille du dentiste, suivent-ils Oscar et les pirates ?


14) Comment Michel et Thomas réussissent-ils à "retourner la situation" ?


15) Quels sont les "exploits" réalisés par les enfants du C.S.P. ?

 

 

"Les Enfants de Timpelbach" (Le film)
 Les Enfants De Timpelbach
  • Film d'aventures
  • Date de sortie : 17 Décembre 2008  
  • Réalisé par : Nicolas BARY
  • Avec : Raphaël Katz , Armelle Armelle , Carole Bouquet ... > Tout le casting
  • Durée : 1h38min
  • Pays de production : France
  • Titre original : Les Enfants de Timpelbach
  • Distributeur : Pathé Distribution
  • Synopsis : Dans le village de Timpelbach, les enfants ne font que des bêtises et résistent à toute forme d’autorité. À bout de nerfs, les parents décident d’abandonner le village… pour ce qu'ils pensent être une journée. Un village sans parents! Ce n’est pas une mauvaise nouvelle pour tout le monde. Deux bandes d’enfants s’affrontent alors pour le contrôle des lieux.
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