Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Hessel.gif

 

 

"Créer, c'est résister, résister, c'est créer." (Stéphane Hessel)

 

"Je ne suis pas (toujours) d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez continuer à le dire." (Voltaire)

 

Et une paire de ciseaux en or pour Monique Canto-Sperber, directrice de l'Ecole Normale Supérieure, 45,  rue d'Ulm pour son refus de la tenue de la conférence de Stéphane Hessel dans "ses" locaux... Ainsi qu'à Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur, du silence et de la Recherche. Et surtout ne vous indignez pas !

 

Rappelons que Stéphane Hessel (93 ans), ancien résistant, rescapé des camps de Buchenwald et de Dora, co-rédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948,  est un ancien élève de normale supérieure de la rue d'Ulm et qu'il est l'auteur d'un opuscule  d'une trentaine de pages ("Indignez-vous !") où il invite les "citoyens de base", comme vous ou moi, à ne pas laisser la politique aux "élites", à réfléchir sur la situation actuelle et à refuser de se résigner au pire : l'écart grandissant entre les plus riches et les plus pauvres, l'état de la planète, le traitement fait aux sans-papiers, aux émigrés, aux Roms, la course au profit, la dictature des marchés financiers  "qui menace la paix et la démocratie" (voir la vidéo de DSK félicitant le président Ben Ali et la réaction des agences de quotation à la Révolution tunisienne) et les acquis bradés du Front populaire et du programme du conseil de la Résistance du 15 mars 1944 : sécurité sociale, retraites, liberté et indépendance de la presse par rapport aux lobbies financiers, "alors que le conseil de la Résistance avait préconisé 'l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie."

 

Stéphane Hessel pose le question qui tauraude beaucoup d'entre nous : "On ose nous dire que l'Etat ne peut plus assurer les coûts de ces mesures citoyennes (les retraites, la sécurité sociale...). Mais comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ?"

 

Evocant ses propres sujets  d'indignation : le nazisme, la France occupée, le stalinisme, Stéphane Hessel évoque ces grands aînés que furent pour lui, à l'Ecole Normale supérieure de la rue d'Ulm, Jean-Paul Sartre qui lui apprit que "la responsabilité de l'homme ne peut s'en remettre ni à un pouvoir, ni à un dieu" et Maurice Merleau-Ponty, dont il suivit le séminaire en 1939.

 

Passionné par la philosophie de Hegel, Stéphane Hessel veut croire que la longue Histoire de l'Humanité a un sens, qu'elle n'est pas, comme le pensait un ami de son père,  Walter Benjamin, "un cheminement irrésistible de catastrophe et catastrophe".

 

Il reconnaît que les motifs d'indignation sont plus complexes et plus obscurs dans le monde où nous vivons aujourd'hui et que la "mondialisation" a considérablement changé la donne.

 

Il reste cependant, selon lui, des motifs pour s'indigner : l'accroissement  de l'écart entre les très pauvres et les très riches, les multiples violations des Droits de l'Homme, le saccage de la planète, la course au profit...

 

Il en appelle, non pas à la violence, mais  à une "espérance non-violente" et cite cette phrase de Jean-Paul Sartre, quelques semaines avant sa mort : "Il faut essayer d'expliquer pourquoi le monde de maintenant, qui est horrible, n'est qu'un moment dans le long développement historique, que l'espoir a toujours été une des forces dominantes des révolutions et des insurrections, et comment je ressens encore l'espoir comme ma conception de l'avenir."   

   

"Le message d'un Mandela, d'un Martin Luther King trouve toute sa pertinence dans un monde qui a dépassé la confrontation des idéologies et le totalitarisme conquérant. C'est un message d'espoir dans la capacité des sociétés modernes à dépasser les conflits par une compréhension mutuelle et une patiente vigilante. Pour y parvenir, il faut se fonder sur les droits, dont la violation, quel qu'en soit l'auteur, doit provoquer notre indignation. Il n'y a pas à transiger sur ces droits."

 

On ne pourra, selon Stéphane Hessel, sortir de la crise actuelle que par une rupture radicale avec la fuite en avant du "toujours plus" dans le domaine financier, mais aussi dans le domaine des sciences et des techniques. Il est grand temps que le souci d'éthique, de justice, d'équilibre durable devienne prévalent.

 

Il prend acte, cependant, d'un certain nombre d'avancées positives : la décolonisation, la fin de l'apartheid en Afrique du Sud, la chute du mur de Berlin, la conférence de Rio sur l'environnement, l'engagement  des 191 pays membres de l'ONU en septembre 2000, à l'initiative de Kofi Annan, son secrétaire général, de réduire de moitié la pauvreté dans le monde d'ici 2015.

 

Stéphane Hessel en appelle, pour finir "à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie générale et la compétition à outrance de tous contre tous."

 

On peut être d'accord en totalité ou en partie avec ce qu'écrit Stéphane Hessel (je ne suis personnellement pas d'accord avec les lignes à la louange les instituteurs "désobéisseurs") et à sa minimisation de la "politque du pire" pratiquée par le HAMAS, mais Stéphane Hessel aurait dû avoir le droit de s'exprimer dans l'enceinte de l'Ecole où il avait étudié autrefois,  Madame Canto-Sperber n'étant pas encore née, comme Jean-Paul Sartre, "ce grand aîné" qu'il admire, et qui a effectivement écrit sur la liberté des choses admirables, Raymond Aron ou Pierre Brossolette.

 

Mais voilà, il y a des cet opuscule deux pages concernant Israël et la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie et l'opération "Plomb durci" (page 17 et suivante) qui dérangent certaines personnes et dont il ne faut surtout pas parler :  "Les gens qui nous accompagnaient n'ont pas été autorisés à pénétrer dans la bande de Gaza.

 

Là et en Cisjordanie. Nous avons aussi  visité les camps de réfugiés palestiniens mis en place dès 1948 par l'agence des Nations Unies, l'UNRWA, où plus de trois millions de Palestiniens chassés de leurs terres par Israël attendent un retour de plus en plus problématique. Quant à Gaza, c'est une prison à ciel ouvert pour un million et demi de Palestiniens. Une prison où ils s'organisent pour survivre (...)"

 

"On nous a confirmé qu'il y avait eu mille quatre cents morts - femmes, enfants, vieillards inclus dans le camp palestinien - au cours de cette opération "Plomb durci" menée par l'armée israélienne, contre seulement cinquante blessés côté israélien. Je partage les conclusions du juge sud-africain. Que des Juifs puissent perpétrer eux-mêmes des crimes de guerre, c'est insupportable. Hélàs l'Histoire donne peu d'exemples de peuples qui tirent des leçons de leur propre Histoire." (p. 18)

 

Inutile de rappeler que Stéphane Hessel est juif, comme le juge sud-africain Richard Goldstone, l'auteur du rapport de 2009 sur Gaza.

 

On vous répondra qu'il y a des juifs antisémites et que la seule attitude possible pour un Juif, c'est de se taire sur ce sujet et de laisser faire les "élites" politiques qui savent, eux, "ce qu'il faut faire ou ne pas faire", "dire ou ne pas dire".

 

Nous avons fait un grand pas dans la richesse du débat politique. A présent, les Juifs eux-mêmes n'ont pas le droit d'émettre la moindre réserve sur le comportement d'Israël vis-à-vis de la Palestine sans se faire taxer "d'antisémitisme".

 

Il semblerait que beaucoup oublient que le vocation du Peuple juif, son redoutable et douloureux honneur, est d' apporter à l'Humanité  le levain de la conscience, depuis la Révélation du Sinaï : "Tu ne tueras point !" et de réaffirmer contre vents et marées notre reponsabilité infinie envers autrui, quel qu'il soit, que la "Torah" ne se réduit pas à un ensemble d'interdits et de prescriptions  et que le Nom divin s'écrit au futur.

 

A côté des Rois et des Juges se tenaient en Israël, non pas à côté, mais "en avant", les prophètes, qui n'étaient pas mieux considérés en leur temps par les "politiques" et les Juifs orthodoxes (Isaïe, Jérémie Josué, Amos, Jonas, Osée, Ezéchiel, Jean le Baptiste et un certain Jésus de Nazareth)

 

En tout état de cause, je ne pense pas que nous rendions un bon service à l'Etat d'Israël en empêchant Stéphane Hessel de parler (pourquoi notre époque n'aurait-elle pas, elle aussi, ses prophètes ?), et j'ai bien peur que "si les hommes se taisent, les pierres parleront." 

 

Stéphane Hessel, "Indignez-vous", Editions Indigène ("Ceux qui marchent contre le vent.").

www.indigene-editions.fr

 


 


Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :