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André-Jean Festugière, o.p., Epicure et ses dieux, 1946, Presses universitaires de France, collection Quadrige

 

"L'homme n'est pas heureux. Depuis le vieil Homère et son propos sur les "hommes d'un jour", nul peuple, autant que le grec, n'a médité sur ce fait. Le Grec pose sur la vie un regard sans illusion. C'est le grand thème de la misère humaine qui inspire aux choeurs tragiques leurs inoubliables plaintes. Les moralistes de la Grèce font écho à ses poètes : "La terre entière, dit Epicure, vit dans la peine ; c'est pour la peine qu'elle a le plus de capacité."

 

Le pessimisme est naturel à tout être ardent à vivre, dès qu'il mesure la distance entre ce à quoi il aspire et ce qu'il obtient en fait. Mais une vue pessimiste des choses ne mène pas nécessairement à l'inaction. Il se peut que le but soit difficile à atteindre, que la conquête du bonheur exige un dur effort : mais précisément, cet effort démontre la noblesse de l'homme. Celui-ci n'est jamais si grand, ne s'affirme jamais si bien dans son être propre d'homme que lorsqu'il manifeste sa force, soit qu'il soutienne l'infortune ou triomphe d'un sort contraire (...)

 

Ainsi le sentiment pessimiste de la vie n'a-t-il point conduit, en Grèce, à une doctrine d'abandon : joint à un beau courage naturel, il a suscité plutôt une morale de lutte et d'effort. Tant que la cité fut libre, c'est au service de la cité que se déploya cet effort. Quand se brisa le cadre de la cité, qui, durant trois siècles au moins, avait fourni à l'homme grec le moyen de s'épanouir, cette rupture devait produire une crise redoutable.

 

Les conquêtes d'Alexandre, puis les guerres des diadoques, ont bouleversé le monde. Les petites cités grecques ayant perdu leur autonomie, le droit de décider de la paix ou de la guerre, ne peuvent plus nourrir aucune pensée de grandeur (...)

 

Comment s'adapter à ce fait nouveau ? Quelle attitude prendre, si du moins l'on entend vivre en honnête homme, conformément à des principes ? Doit-on bouder, ou agir ? Et, dans ce cas, selon quelles règles ?

 

Tel est le problème qu'auront à résoudre les diverses écoles de la sagesse hellénistique. Dans les solutions qu'elles offrent, on découvre des traits communs, et d'autres par où elles s'opposent.

 

Ce qui les rapproche toutes, c'est que l'homme désormais doit trouver en lui-même le principe de sa liberté (...) : la vie adespotos, "sans maître", voilà l'un des mots typiques de la nouvelle sagesse. (...)

 

Qui veut être indépendant des hommes et de la Fortune (Tyché) doit apprendre à se suffire. Le sage du IIIème siècle est un être "qui se suffit" (autarkès). Cela veut dire qu'il n'a pas besoin, pour être heureux, que de lui-même. Il travaille à se rendre indifférent, "insensible" (apathès), à tout ce qui vient de l'extérieur. Il ne recherche rien d'autre que l'égalité d'âme, une sérénité pareille à la mer tranquille (galénismos), à l'eau calme des ports que nul courant ne trouble (ataraxia). Tels sont les traits communs aux sages hellénistiques, de quelque école qu'ils se réclament, Cynisme, Portique ou Jardin.


Mais ces écoles divergent par d'autres caractères. Dans le débat institué à l'aube de l'ère hellénistique : "faut-il agir ?" et "comment agir ?", le stoïcisme a pris le parti de l'action. Il a enseigné des règles. Et de là vient qu'il a joué un si grand rôle dans l'histoire de la civilisation.


Bien différent est la sagesse épicurienne. L'homme veut être heureux. Or, ce qui entrave son bonheur, c'est le désir et la crainte. Le désir, parce qu'il est infini et qu'il y a donc toujours un abîme entre l'objet qu'on se propose et celui qu'on atteint. La crainte, parce qu'elle trouble la paix de l'âme. Il faut donc éprouver nos désirs, distinguer ceux qui correspondent à des exigences foncières et les désirs adventices que la vie sociale a fait naître. de ce point de vue, on constate que les désirs naturels et nécessaires sont peu nombreux et qu'il suffit des biens les plus simples pour y satisfaire.

 

Ensuite il faut bannir la crainte. Nous vivons dans la terreur des dieux et de la mort. Or les dieux ne sont pas à craindre, puisqu'ils n'ont aucun souci des affaires humaines. Du même coup l'on chasse la crainte de la mort. Car, au fond, ce qu'on redoute dans la mort n'est pas la mort elle-même (...) Non, ce qu'on craint dans la mort, ce sont les suites, ce sont les châtiments de l'Hadès. Mais si les dieux n'ont cure de nos affaires, il est absurde de croire à un jugement posthume. Au surplus, toute conscience disparaît à l'heure où la vie nous quitte. Toute conscience et, par suite, toute capacité de souffrir.

 

Ainsi, affranchi des vains désirs et de la crainte, l'homme est libre. Mais cette liberté ne va pas sans bien des renoncements, et l'une des premières choses à quoi doive renoncer l'épicurien, c'est l'action politique. La raison en est claire. On ne s'engage dans les affaires publiques que par désir de puissance, de richesse ou d'honneurs. Or , ces trois désirs nous mettent en dépendance des hommes et de la Fortune et ils troublent la paix de l'âme. Si cette paix est le bien suprême, elle mérite tout sacrifice : or, la première condition pour l'obtenir est de vivre caché (lathé biôsas), loin des tracas, à l'abri de la foule. C'est là sans doute, de l'égoïsme. Mais il faut se souvenir que la cité ayant péri, qui, jusqu'alors, se présentait comme l'idéal à servir, l'individu n'a plus rien à chercher que son contentement propre. Et si ce contentement résulte de la paix de l'âme, on doit éviter toutes les charges qui nuiraient à l'ataraxie. Dans le débat hellénistique entre l'action politique et la retraite, l'épicurisme a choisi la retraite. C'est par là qu'il se distingue le plus de la morale de Zénon.

 

L'une et l'autre doctrine, on le voit, touchent aux choses de la religion. Le stoïcien vit en accord avec le dieu cosmique ; l'épicurien bannit la crainte des dieux et de l'Hadès. Dès lors ces deux morales, en leur principe même, impliquent une attitude religieuse. Mais alors que l'attitude du stoïcien, est simple et facile à comprendre, celle de l'épicurien est plus complexe, comporte plus de nuances. Il m'a paru intéressant d'examiner à nouveau ce problème et de refaire connaissance, par ce biais, avec la sagesse du Jardin.

 

Ce petit livre commence donc par une vue d'ensemble de la religion hellénistique, du moins de l'un des principaux caractères de cette religion, le déclin des croyances traditionnelles, la naissance et l'accroissement de la religion cosmique propre aux savants. Le second chapitre rappelle ce que fut l'homme Epicure (...) Dans le troisième chapitre, j'ai essayé de reconnaître quelle a été la force vive de cette morale, d'où vient qu'elle ait gagné de si fervents disciples et qu'elle leur soit apparue non pas tant comme un système que comme une voie de vie qui apportait la délivrance et le bonheur. Enfin, les deux derniers chapitres montrent l'attitude d'Epicure à l'égard de la religion de son temps, sous les formes que j'ai dites : religion des dieux civiques et religion du Dieu des sages..."

 

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Le frère André-Jean Festugières est le premier assis à droite.

 

Frère André-Jean Festugière

par le frère Henri-Dominique Saffrey


 

Jean Festugière, né à Paris, le 15 mars 1898, était le deuxième d’une famille de neuf enfants, endeuillée par la mort prématurée de deux garçons, son frère aîné tué à la guerre en 1916, et un frère plus jeune mort d’une tuberculose mal soignée en 1921. Ce frère s’appelait André, et c’est en souvenir de lui que, entrant en religion en 1924, Jean Festugière reçut le nom de "frère André-Marie". Les ouvrages du Père Festugière sont signés André Jean Festugière.


Élève aux lycées Condorcet et Louis-le-Grand, il fut reçu à l’École Normale Supérieure en 1918 et en sortit agrégé des lettres en 1920. Il fut ensuite membre des Écoles de Rome et d’Athènes.

 

La voie universitaire s’ouvrait à lui, mais intérieurement il était incertain de lui-même. Il avait un oncle, moine bénédictin à l’Abbaye de Maredsous, qu’il était allé voir, et c’est là qu’il entendit l’appel qui le délivra. Il écrit : « C’est à Maredsous en 1923 que j’ai ressenti avec une force irrésistible l’appel de Dieu. Je cherchais, sans trouver. La réponse fut fulgurante. En quelques minutes, j’avais résolu de me donner à Dieu. La raison en est simple : je me suis senti aimé ». La carrière universitaire qui s’annonçait, se transforma en une vie entière de religieux dominicain, menée dans une fidélité scrupuleuse à la solitude de la vie claustrale et à l’observance de la règle.

 

Un nouveau cycle d’études théologiques, s’offrait à lui, au noviciat d’Amiens (1924-25) et ensuite au Saulchoir de Kain où il fut ordonné prêtre, le 22 mai 1930. Au sortir des études, Festugière fut assigné à l’École Biblique de Jérusalem pour l’année scolaire 1931-1932. C’est là qu’il a achevé la composition de son premier livre, L’idéal religieux des Grecs et l’Évangile, dont l’avertissement est daté : Jérusalem, février 1932. Cependant au mois de mai de cette année-là, le Père Lagrange lui-même ajoutait au livre une préface dans laquelle il traçait, pour présenter l’ouvrage, un rapide exposé de la conjoncture. Il est bon de noter dans ce texte une première mention des écrits hermétiques dont l’étude approfondie allait permettre à Festugière de devenir un vigoureux historien des religions.


Mais il devait d’abord se soumettre au rite de la thèse de doctorat ès lettres, qu’il prépara sous la direction de Léon Robin et obtint en 1936, ce fut Contemplation et vie contemplative selon Platon. À partir de ce moment-là, le Père Festugière pouvait se lancer librement vers ce qui devait être l’œuvre de toute sa vie : l’histoire de la pensée et du sentiment religieux aux premiers siècles de notre ère. En 1937, à Rome, à l'intervention de Franz Cumont, il fit la connaissance d'un autre savant plus jeune que lui de quatre années, Arthur Darby Nock, professeur à l’Université Harvard, animé des mêmes intentions que lui, et ils unirent leurs forces pour mettre en œuvre la publication des écrits d’Hermès Trismégiste. C’était un chantier bien choisi puisqu’il s’agit de textes dans lesquels s’exprime le sentiment religieux au iie siècle de notre ère et qu’il touche à l’astrologie, à l’alchimie et à la magie, qui sont les composantes de la spiritualité de l’Antiquité tardive, et parce que les Hermetica peuvent être considérés comme un bon spécimen de la piété et de la religion populaire dans la période contemporaine des débuts du Christianisme. Ensemble ils ont ouvert un domaine de recherches négligé en France, celui de l’étude de l’Antiquité tardive.


Toute sa vie, le Père Festugière s’appliqua à étudier, dans son contexte païen, le fait chrétien. Et plus il avait du contexte païen une connaissance exacte et approfondie, plus la spécificité du fait chrétien lui apparaissait dans sa clarté. En dégageant la spécificité du fait chrétien, Festugière n’a pas peu contribué à disqualifier les théories de certains philologues allemands et de quelques penseurs français du xixe siècle, qui croyaient établir une évolution continue et une dépendance des mystères païens au mystère chrétien.


Le Père Festugière voulait donc étudier scientifiquement les religions de l’Antiquité tardive ou plutôt le sentiment religieux des Anciens de ce temps-là. Il voulait rejoindre ce qu’il appelait la religion personnelle, l’expérience vécue qu’un individu pouvait faire de la divinité. Il se lança alors dans l’exposé d’une interprétation approfondie du mouvement philosophique et religieux de toute l’Antiquité tardive. Et voici les quatre volumes de La révélation d’Hermès Trismégiste. On y trouve l’exposé complet des présupposés philosophiques et religieux qui ont inspiré cette sagesse révélée attribuée à un dieu de l’Égypte, Hermès, et répandue dans le monde gréco-romain sous un double aspect, populaire et savant. Les titres successifs des quatre tomes en détaillent le contenu : L’astrologie et les sciences occultes, Le dieu cosmique, Les doctrines de l’âme, Le dieu inconnu et la gnose. Au total plus de 1750 pages publiées entre 1944 et 1954 dans la collection des Études Bibliques chez Gabalda et réimprimées cette année en un seul volume aux Éditions des Belles Lettres.


Docteur ès lettres en 1936, élu directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études (Section des sciences religieuses) en 1942, il poursuivra cet enseignement jusqu’à sa retraite en 1968, sauf durant un semestre en 1952-1953 où il fut appelé par l’université de Berkeley en Californie pour donner les célèbres Sather Lectures. Il fut élu membre de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres en 1958, puis fait membre correspondant de plusieurs Académies étrangères, et en 1963 la République fédérale d’Allemagne lui décerna sa plus haute distinction nationale, l’Ordre pour le Mérite, enfin en 1973, il fut le premier titulaire du Prix Franz Cumont attribué par l’Académie Royale de Belgique. Mais ce qui occupait Festugière, c’était le travail intellectuel et l’enseignement qui ont été les expressions publiques de sa vie intérieure.


Dans les Sather Lectures, Festugière avait exposé l’essentiel de ses méditations sur la religion personnelle des Grecs, Personal Religion among the Greeks. Dans ce livre, il établit la distinction entre ce qu’il appelle la "piété populaire" et la "piété savante", l’une relève de la religion personnelle des individus, l’autre de la religion collective de la cité. Il en montre chez quelques auteurs choisis, les deux aspects en mettant en évidence la piété individuelle des personnes. C’est probablement dans ce livre que le Père Festugière a le mieux exprimé ce qui lui tenait le plus à cœur. Ensuite le Père Festugière a tenu ses travaux dans un dialogue constant entre l’Antiquité païenne et l’Antiquité chrétienne et un même amour des païens et des chrétiens, témoin le livre intitulé Antioche païenne et chrétienne. Libanius, Chrysostome et les moines de Syrie, publié en 1959 chez de Boccard dans la Bibliothèque des Écoles Françaises d’Athènes et de Rome, où il expose l’éducation d’un jeune Antiochien, partagée entre le rhéteur païen Libanius et le prêcheur chrétien Jean Chrysostome.


Du côté païen, après son petit livre sur Socrate (1934), après l’étude sur La sainteté, une comparaison entre le héros grec et le saint chrétien (1942), et le livre sur Épicure et ses dieux, où s’exprime le refus de toute religion fondée sur la peur (1946), Festugière produisait L’ancienne médecine d’Hippocrate (1948), les opuscules spirituels de Trois dévots païens, Firmicus Maternus, Porphyre et Sallustius (1944), les délicieuses traductions des épigrammes de l’ Anthologie Palatine sous le titre, Le Grec et la nature (1946), les huit volumes de la traduction des Commentaires de Proclus sur le Timée et ceux sur la République de Platon (1966-1970), il traduisait La clef des songes d’Artémidore (1975), Deux prédicateurs de l’Antiquité, Télès et Musonius, modèles de ce style si pratiqué dans l’Antiquité Tardive qu’est la diatribe (1978), les Discours sacrés d’Aelius Aristide, dans lesquels l’auteur, tout occupé des révélations de son dieu, exalte sa piété envers le sauveur Asclépius (1986). Ces traductions ne sont pas seulement des versions en français d’auteurs anciens, mais de véritables études de textes avec des introductions critiques et historiques et une annotation riche de mille observations philologiques, littéraires et doctrinales.


Du côté chrétien, il y eut les sept volumes des Moines d’Orient (Constantinople, Palestine, Égypte) publiés de 1961 à 1965 aux Éditions du Cerf, la Vie de Théodore de Sykéon et l’ Historia Monachorum in Aegypto, publiées chez les Bollandistes à Bruxelles en 1970 et 1971, les Collections grecques de miracles, publiées chez Picard en 1971, les Vies de Syméon le fou et de Jean de Chypre par Léontios de Néapolis (chez Geuthner en 1974), autant d’exemples d’une recherche de la sainteté chrétienne chez les Pères du désert, la traduction des Dialogues de S. Grégoire le Grand (1978), celle des Histoires ecclésiastiques d’Évagre et de Sozomène pour les Sources Chrétiennes, et surtout la traduction intégrale des Actes des conciles d’Éphèse et de Chalcédoine, première traduction dans une langue moderne, publiée dans la série annexe de la collection Théologie Historique chez Beauchesne et dans les Cahiers d’Orientalisme à Genève en 1982 et 1983. De plus, Festugière a réuni ses nombreux articles dispersés en quatre volumes, Hermétisme et mystique païenne chez Aubier en 1967 et les Études de philosophie grecque, Études de religion grecque et hellénistique, Études d’histoire et de philologie chez Vrin en 1971, 1972 et 1975. La curiosité et la compétence de Festugière dépassaient le cadre de l’Antiquité comme le prouvent trois ouvrages : La philosophie de l’amour de Marsile Ficin et son influence sur la littérature française au xvie siècle (1941), la traduction française de l’ Enchiridion militis christiani d’Érasme (1971) et George Herbert, poète, saint anglican, dans lequel il avait trouvé un double de lui-même et le réconfort d’un pasteur anglican qui se savait aimé de Dieu (1971). Tout à la fin de sa vie, le Père Festugière traduisit l’évangile selon S. Marc. Ce fut son dernier message, qui a été publié pour le dixième anniversaire de sa mort.


Le Père Festugière était un philologue accompli. Il faut insister, je crois, sur sa décision constante d’avoir toujours recours aux textes anciens eux-mêmes dans des traductions intégrales plutôt qu’à la littérature secondaire, et sur sa connaissance exceptionnelle du grec ancien. La lecture à haute voix qu’il faisait des textes qu’il voulait expliquer, était mélodieuse et faisait immédiatement connaître le sens. Il expliquait tout, avait vérifié toutes les références et traduisait avec une précision et une élégance sans pareille. Il donnait des textes qu’il étudiait, des analyses exemplaires inconnues des éditions précédentes. Ses écrits fourmillent de conjectures qui reflètent un bonheur incroyable pour retrouver la teneur authentique des textes par la discussion des variantes. Son intérêt se portait principalement sur l’étude des aspects concrets des mœurs des anciens grecs et latins et de leurs rites traditionnels, que l’on apprend à connaître grâce aux inscriptions et aux papyri.

 

L’étendue de ses lectures était immense et il aimait s’attaquer à des sujets et à des textes négligés dans le monde universitaire, par exemple les textes alchimiques et les papyrus magiques. Il faisait paraître la clarté en tout ce qu’il touchait. La justesse du jugement a été chez lui le fruit d’un immense labeur. Tous les jours de sa vie, il a travaillé avec acharnement, et la belle parole de Solon qu’il a placée en épigraphe de l’un de ses derniers ouvrages, le peint tout entier : « Je vieillis, mais je continue à apprendre toujours ». L’ascèse qu’impose le vrai travail intellectuel a été son pain quotidien. Plus encore, il savait allier à cette exigence un engagement profond de lui-même dans son œuvre. Il portait dans son cœur les problèmes et les souffrances des hommes de l’Antiquité tardive, et il savait y reconnaître les blessures éternelles des hommes d’aujourd’hui. Les cicatrices qu’il en gardait dans sa sensibilité, lui donnaient le droit d’exprimer tout ensemble la grandeur radieuse du paganisme et la lumière libératrice de l’Évangile.

 

 


 


 


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