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Jacques Julliard

 

Jacques Julliard, né le 4 mars 1933 à Brénod, est un journaliste et essayiste français, historien de formation et ancien responsable syndical. Il est, depuis 2010, éditorialiste de l'hebdomadaire Marianne, après 32 ans passés au Nouvel Observateur.


 

 

 

 

 

 L'Ecole française est dominée par un pédagogisme compassionnel et une parentocratie démagogique.


(...) La question scolaire est en train de virer au tragique. Le dernier classement PISA qui évalue tous les trois ans les acquis des élèves de 15 ans dans 65 pays voit la France reculer encore de deux places, et se retrouver en 25ème position. Il paraît que cela aurait pu être pire. En effet, si elle ne venait pas de si haut, ce ne serait qu'une mauvaise moyenne. Mais au pays des collèges de Jésuites de l'Ancien Régime, de Rousseau, de Guizot, de Ferry, de Jean Zay, de Langevin et de Wallon, c'est une honte et une humiliation.


Rappelant que "l'objectif premier des mathématiques est d'apprendre à raisonner", le rapport souligne que les pays qui ont de bons résultats sont ceux qui reconnaissent le professeur dans la société, lui garantissent l'autonomie et ne le perturbent pas par des rafales de réformes contradictoires.


France, ton école fout le camp ! L'impuissance se lit en toutes lettres...


... dans cette lamentable affaire des rythmes scolaires, où l'on va chercher des bulldozers pour aplanir des taupinières, j'avais cru au départ que la récupération d'une demi-journée de classe par semaine avait pour but de remplacer l'enseignement du français et du calcul, qui est en fort mauvaise posture. Que nenni ! Il s'agit de développer le "périscolaire", théâtre, tir à l'arc, macramé, pâte à modeler. En somme trois fois rien. Si c'est cela la "refondation de l'Ecole" de Vincent Peillon, nous voilà mal partis.


Là-dessus éclate une guerre picrocholine où l'administration de l'éducation, les maires, les parents d'élèves, les instituteurs et les professeurs se mettent sur le sentier de la guerre. Sincèrement, croyez-vous qu'à l'issue, la France aura rattrapé une infime partie du retard qu'elle est en train de prendre par rapport au reste du monde développé et aux pays émergents d'Asie ? Nous sommes dans le bricolage généralisé, avec la complicité de tous les acteurs.

 

 Autre ineptie de première grandeur... 

 

Sous prétexte d'en faire profiter les enseignants des zones défavorisées, on a entrepris de réduire dans des proportions importantes, de l'ordre de 10%, la rémunération des profs de prépas, c'est-à-dire des classes préparatoires aux grandes écoles. Comme c'est une des rares choses qui fonctionnent bien dans le système scolaire français, rien n'est plus urgent que d'y mettre le bazar. Il y a longtemps que les professeurs de prépas et les prépas en général sont l'objet de la jalousie mesquine et de la vindicte de tous les médiocres, de tous les besogneux, qui sont légion dans l'administration et dans la secte pédagocratique. Au nom de l'Egalité ! Comme si les pays démocratiques n'avaient pas besoin d'une élite du savoir ! Pourquoi en si bon chemin, ne pas aligner le traitement des directeurs de l'administration centrale sur ceux des instituteurs débutants, qui font un métier non moins utile et même plus fatigant ! Il est curieux que, dans leur zèle justicialiste, les premiers n'y aient pas pensé...


Savez-vous ce qui est le plus grave dans cette affaire. C'est que cette Bérézina au quotidien que subit aujourd'hui l'Ecole de la République n'ait pas déclenché parmi les intéressés la moindre réflexion, la moindre recherche des causes d'un déclin qui paraissait inéluctable. Au point que l'on dit Vincent Peillon tenté d'aller voir ailleurs et animé de soudaines ardeurs européennes.


Depuis des années, l'Ecole française est dominé par un pédagogisme compassionnel et une parentocratie démagogique qui se traduisent notamment par un volume de travail insuffisant. Ce qui est en cause, c'est une dévalorisation sans précédent du savoir et de la réussite - avoir de bonnes notes est devenu, dans beaucoup d'Etablissements, un motif suffisant de harcèlement.


Ce qui est en cause, c'est surtout la dégradation du rapport maître-élève.


Il est parfaitement inutile aujourd’hui de "réformer l'enseignement", de "refonder l'Ecole", formules creuses qui ont fait la preuve de leur inefficacité, si l'on ne s'attaque au cœur du problème : la restauration de la dignité du savoir et le rétablissement d'un rapport de confiance et de respect entre le maître et l'élève. Sinon, mieux vaut supprimer l'Ecole. Wikipedia y suppléera. 

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