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La notion d'inconscient freudien remet  en cause la conception classique d'un homme maître de lui grâce à sa conscience. L’homme serait au contraire déterminé par des forces obscures, auxquelles il ne pourrait pas avoir accès.

Pour Descartes, l'esprit s'identifiait avec la conscience, avec la pensée claire et distincte. On pouvait avoir accès, par la conscience, à tout ce qui se passe en nous, sans possibilité d'erreur.

Dès le XVIIème siècle, bien avant Freud, un contemporain de Descartes, Leibniz, a répondu à Descartes que cette conception du psychisme humain est insuffisante. Pour Leibniz, contrairement à Descartes, on ne peut pas rendre compte du psychisme, et même du comportement en général, sans reconnaître l'existence de pensées inconscientes.

On n'a pas accès à tout ce qui se passe en nous. La pensée n'est pas toujours pensée consciente : nous pensons toujours mais nous n'avons pas conscience de toutes nos pensées.

Freud élabore le concept d’un inconscient, instance à la fois psychique et distincte de la conscience, qui a ses propres structures et ses propres lois de fonctionnement et d’action.

Dans ce qu'il appelle la "topique" (représentation spatiale du psychisme humain), Freud compare l'appareil psychique à une maison à trois étages. Ces trois parties (conscient, préconscient, inconscient dans la première topique/ moi, surmoi, ça dans la seconde) se distinguent l'une de l'autre et possèdent leurs propres contenus et lois de fonctionnement, le plus souvent en conflit.

Pour Freud, l'inconscient est l'ensemble des désirs les plus primitifs, souvent sexuels, qu'ils soient refoulés ou originaires, constitutifs de tout homme. En général, on dit que ce sont des désirs refoulés (dans l'enfance) qui le constituent.

Ce qui est nouveau, c'est que l'inconscient freudien est "agissant" (il est doté d'une énergie qui le pousse vers le haut, et de résistance formée par des conflits continus), et a un contenu propre (des désirs refoulés). C'est donc une entité réelle. Le concept d'inconscient s'enrichit donc : il n'est plus seulement un réservoir de "contenus" échappant à la conscience.

Ces contenus sont dotés d'une signification, ils sont acceptables ou non par la conscience, et donc, "refoulés" par la conscience dans l'inconscient. L'inconscient a donc acquis, par rapport à la tradition classique, un sens positif : lieu psychique qui a ses contenus représentatifs spécifiques, une énergie et un fonctionnement propre. Ce n'est pas latent, mais "interdit de cité" : c'est ce que la conscience ne veut pas savoir, et cela, parce que "ça" va contre nos valeurs morales. On ne peut donc pas y accéder facilement.

Freud dit que les propriétés essentielles de l’inconscient sont le refoulement : opération par laquelle le sujet cherche à repousser ou à maintenir dans l’inconscient des représentations (pensées, images, souvenirs, liées à une "pulsion") et la pulsion : processus dynamique consistant dans une poussée - charge énergétique, facteur de motricité qui fait tendre l’organisme vers un but.

Il y a des conflits entre conscience et inconscient, les contenus inconscients cherchant à sortir pour reparaître à la conscience, et la conscience y oppose la force de son refus.

L'hystérie, les lapsus, les actes manqués, les rêves, tous ces comportements qui auparavant étaient considérés soit comme banals, soit comme absurdes (donc : sans signification) sont les moyens qu'a trouvés l'inconscient pour se faire entendre, pour s'exprimer. Par là, on satisfait en quelque sorte symboliquement nos désirs réprimés.

Mais là où l'inconscient se manifeste le plus, c'est la nuit pendant le sommeil. Alors, la censure laisse se manifester les contenus inconscients, qui font surface dans les rêves.

Comme le dit Freud dans Introduction à la psychanalyse, "le rêve est la satisfaction inconsciente et déguisée d’un désir refoulé" : satisfaction déguisée pour que justement la conscience en laisse émerger des fragments plus ou moins nombreux et cohérents, dans lesquels elle ne reconnaît pas ce qu’elle avait d’abord refoulé.

D’où cette satisfaction au réveil : satisfaction liée au sentiment, à l'impression, d'avoir réalisé un désir, et d’avoir pu tromper la conscience.

La notion d’inconscient psychique fait donc apparaître une nouvelle conception de l’homme. En effet, l’essentiel de l’homme, les tendances expliquant sa conduite, résident dans l’inconscient.

La découverte de Freud est donc apparue comme remettant en question les certitudes les mieux assurés concernant la "nature humaine".

D’abord, en effet, la conscience perd les privilèges qu’elle avait acquis depuis Descartes.

Contrairement à toute la tradition philosophique antérieure, le psychisme, l’esprit, est plutôt du côté de l’instinct, de l’obscur, que de la pensée claire.

Il y a des pensées inconscientes : la plupart des états mentaux se passent sans qu’on en soit conscient, alors que pour Descartes, l’esprit est tout entier conscience : "nous ne pouvons avoir aucune pensée de laquelle nous ne sommes pas conscients, au moment où elle est en nous". Ce qui est vraiment nouveau, c’est l’hypothèse d’une vie mentale non consciente qui détermine tous nos actes, toute notre vie.

La conscience n’est plus reine : n’étant plus qu’une qualité (non essentielle) du psychisme, on ne peut plus du tout parler d’accès (privilégié) à soi-même par la conscience.

On peut insister sur le côté libérateur de cette théorie, moyen de libérer l’individu des interdits et tabous que la civilisation fait peser sur lui, elle engage l’homme à devenir vraiment lui-même, en se délivrant des angoisses, peurs, et inhibitions inconscientes qui font obstacle à sa maturité

Mais elle a aussi un côté humiliant : la folie, rejetée traditionnellement dans le monde de la déraison, réintégre le monde "normal".

Au XIXème siècle, les maladies mentales étaient considérées comme étant de nature biologique, héréditaire, et irréversible. C’est le modèle du dégénéré. Conséquence : le fou n’est pas écouté, car par définition, il a perdu la raison. Or, ce que nous apprend la psychanalyse freudienne, c’est plutôt que sous l’apparente inintelligibilité, il y a du sens, puisque son grand principe est bien que toutes les manifestations psychiques ont un sens. Le rêve, le lapsus, ne manifestent pas autre chose que le fait que la vie psychique de l’homme "sain" n’obéit pas à d’autres lois que celles de l’hystérique ou de l’obsessionnel.

La théorie de Freud met en lumière le rôle de l'enfance et de la sexualité dans l’édification de la personnalité.

L’enfance est le "noyau" qui continue de s’investir. L’enfance constitue pour nous une trace ineffaçable, et a donc sur notre caractère une influence déterminante. ("L’enfant est le père de l’homme"). Ce que nous sommes, notre caractère, remonte à ce qu’il y a de plus ancien. L’inconscient de Freud n’est rien d’autre que le refoulé de l’enfance.

Dans Introduction à la psychanalyse, Freud dit que la sexualité commence dès l’enfance ; mais il faut préciser que celle-ci a un sens très large : c’est ce que Freud appelle la libido, la "recherche du plaisir". Ce principe de plaisir s’oppose inévitablement au principe de réalité.

Conséquence : le "déterminisme psychique" : parmi les facteurs qui pèsent sur chacun, il y a l’enfance, la sexualité, la famille. Tout cela interviendra toujours sur notre comportement.

Sa théorie apprend donc aux êtres humains qu’ils ne disposent pas d’eux-mêmes, qu’une grande partie de leur vie psychique leur échappe totalement. Sa théorie nous renvoie à un état de dépendance à quoi nous condamnent les forces obscures qui nous gouvernent à notre insu.

La conduite, et non seulement la pensée, se révèle être le produit de multiples relations de causalité. Les choix qui pouvaient paraître décidés en fonction d’idéaux moraux se découvraient soumis à d’obscurs déterminismes passionnels et nous sommes dans l’ignorance des tendances profondes qui motivent nos conduites, nos choix intellectuels et affectifs, nos jugements.

C’est là la thèse du manque natif de liberté : en dépit de notre sentiment d’être libre, nous sommes dominés par quelque chose qui outrepasse la conscience de toutes parts. C’est surtout l’aspect qui a retenu l’attention : on a dit que la théorie de Freud obligeait à reconsidérer l’idée de liberté.

La notion d'inconscient est présente dans toutes les sciences humaines. Les hommes ont conscience, certes, de ce qu’ils font, mais ils ne savent pas tellement, au fond, pourquoi ils font ce qu’ils font. Par contre, ils croient le savoir. Nous ne connaissons donc pas les véritables motifs de nos actes. Le présupposé général des sciences humaines, selon lequel l’individu qui fait quelque chose est le dernier qui puisse en fournir une explication convenable, est donc un héritage de Freud.

 

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