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Il y a des jours où j'ai honte d'être français.

Un pays où on nous demande d'être fiers de notre "identité nationale" et où on l'on apprend aux enfants, dès leur plus jeune âge,  dans les clubs de foot  à simuler des blessures, où l'on se réjouit d'être "qualifiés" grâce à une tricherie dont nous devrions avoir honte et qui indigne, à juste titre, le monde entier, un pays dont le président pouffe de rire pendant une cérémonie commémorative en l'honneur des Résistants des Glières et montre lui-même l'exemple d'un manque d'éducation sans exemple depuis la fondation de la Vème République, un pays qui se vautre à longueur de temps dans la vulgarité et la bêtise, qui ne jure que par le fric, qui accepte la dégradation de son système éducatif et qui méprise ses intellectuels et ses enseignants.

Quelle identité nationale ? Quelle fierté y a-t-il d'être Français dans un tel contexte ? Comment vais-je expliquer désormais à mes élèves pour lesquels Thierry Henri est un "héros" qu'il ne faut pas tricher ? (c'était déjà difficile avec la violence depuis le mémorable "coup de boule" de Zinedine Zidane).

Laissez-nous tranquilles avec votre "identité nationale" et  laissez Albert Camus en paix.  Il se moquait bien du Panthéon. Celui qui veut l'y faire entrer par calcul imagine-il se grandir en se juchant sur ses épaules ?

Il le savait, lui, ce que c'était que l'honneur quand il jouait au foot quand il était gosse à Oran, comme moi , plus tard, à Paris, du temps de Raymond Kopa et de Just Fontaine.

Nous étions loin d'être des anges, mais nous étions naturellement fiers d'être Français (moi dont le grand-père maternel, juif ashkénaze, avait quitté  la Russie des pogroms pour une "princesse de contes de fées" dont il était éperdûment amoureux et qui s'appelait la France et qui savais que Raymond Kopa s'appelait Kopaszewski).

Nous n'avions pas besoin, alors, d'un débat sur "l'identité nationale". Ce n'est pas de "débats" dont nous avons besoin, c'est de raison d'aimer la France et d'en être fiers.

Il y avait un vieil homme à l'Elysée dont nous nous moquions gentiment mais que nous respections, que nous admirions et même, j'ose le dire, que nous aimions tendrement et qui nous parlait d'honneur et de grandeur et un autre quand il parlait de la France, qui donnait envie de pleurer quand d'autres donnent envie de vomir.

"Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l'ombre et disparu avec elle - nos frères dans l'ordre de la Nuit... Commémorant l'anniversaire de la Libération de Paris, je disais : « Écoute ce soir, jeunesse de mon pays, ces cloches d'anniversaire qui sonneront comme celles d'il y a quatorze ans. Puisses-tu, cette fois, les entendre : elles vont sonner pour toi.


L'hommage d'aujourd'hui n'appelle que le chant qui va s'élever maintenant, ce Chant des partisans que j'ai entendu murmurer comme un chant de complicité, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d'Alsace, mêlé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Rundstedt lancés de nouveau contre Strasbourg. Écoute aujourd'hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France..." 

(André Malraux, Discours du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon)

 

 


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