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Certaines Tunisiennes pensent qu’elles ne risquent pas de connaître le sort de leurs voisines algériennes. D’autres, qui appréhendent la montée des islamistes d’Ennahdha, ont de réelles craintes à ce sujet. Par Giuliana Sgrena

 

Un groupe de femmes commence la campagne à la station balnéaire de La Marsa, près de Tunis. Leur mission: convaincre davantage les femmes de  s’inscrire sur les listes électorales, avant la date limite désormais repoussée au 14 août. La plupart des femmes qui observent les procédures sont voilées.


De plus en plus de femmes voilées 


Les voiles sont, à présent, plus une question qu’une suggestion. Une enquête auprès de femmes voilées, conduite par des journalistes, affirme que quatre  voilées sur cinq ne voteront pas pour Ennahdha, le parti islamiste en tête des sondages de popularité avant les élections de l’Assemblée constituante en octobre prochain.

 
Des voiles en si grand nombre sont un spectacle inédit en Tunisie où les femmes vont à la plage confortablement vêtues d’un bikini, et sirotent tout aussi confortablement du vin ou une boisson gazeuse, en écoutant du rap ou de la musique traditionnelle.



Manifestation de Tunisiennes pour la défense de la laïcité. Photo Wassim Ghozlani.


Les apparences peuvent être trompeuses, d’une façon ou d’une autre. «Regardez autour de vous, explique Khadija, militante du Pôle démocratique moderniste – une coalition de partis démocratiques locaux –, sur un autre front de mer à proximité de la station balnéaire en vogue de La Goulette. «Est-ce que vous voyez des gens vivant selon la chariaa? La Tunisie n’est pas l’Algérie. Je suis sûre que cela n’arrivera jamais ici.»

 

Des signes inquiétants 


Mais la plupart des femmes ne sont pas aussi assurées. «La Tunisie n’est pas l’Algérie» est un slogan des laïcs, déterminés à voir leur pays largement plus libéral que l’Algérie dominée par les islamistes. Mais des signes inquiétants ont commencé à apparaître.


«Je peux voir le spectre de l’Algérie derrière ce qui est arrivé à Menzel Bourguiba», déclare à l’Ips Sihem Ben Sedrine, présidente du Conseil national pour les libertés en Tunisie (Cnlt) et rédactrice en chef de Radio Kalima. «La Tunisie peut vivre le même cauchemar que l’Algérie dans les années quatre-vingt dix.»


Plusieurs centaines de salafistes ont attaqué un poste de police de Menzel Bourguiba, dans le nord de la Tunisie, le mois dernier, battu les policiers, dont cinq ont été sérieusement blessés, et sont partis avec des armes. Des éléments de l’armée, stationnés tous près, ne sont pas intervenus. Sihem, qui est allée voir les policiers blessés à l’hôpital, n’a pu trouver une réponse à ses questions.


Ce n’était pas le premier signe du danger. La réalisatrice Nadia El Fani a été menacée en mai. Il y a eu d’autres menaces. Le mois suivant, le groupe Lam Echaml, qui rassemble 80 associations soutenant la liberté d’expression, ont organisé une série d’événements intitulée «Touche pas à  nos créateurs!» pour soutenir les artistes ciblés par les islamistes.


Un groupe a pris d’assaut la salle de cinéma où le était projeté le film ‘‘Ni Allah ni Maître» (Ni Dieu ni maître), dirigée par Habib Belhedi, à Tunis, le 26 juin. Les assaillants ont pulvérisé du gaz lacrymogène en direction des «infidèles» en criant: «La Tunisie est une Etat islamique». Cédant à la pression, la cinéaste El Fani a changé le nom du film en ‘‘Laïcité Inch’Allah’’.


Craignant de nouvelles violences durant le Ramadan, le mois sacré musulman du jeûne, Ben Sedrine explique: «Nous devons parvenir à un accord, même avec les religieux du parti Ennahdha, pour qu’il n’y ait pas de violence.»

 

La parité dites-vous ? 


Les femmes ont certes eu quelques succès: la moitié des candidats sur les listes électorales doivent désormais être des femmes. Une forte présence des femmes dans l’Assemblée constituante pourrait être cruciale pour la préservation des droits des femmes.


Celles-ci veulent aussi consolider les positions prises par la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution – notamment celle relative au maintien de la séparation entre religion et politique. Ennahdha s’est opposé à cette position en cette période de transition. Il s’est également opposé à la décision du gouvernement de transition interdisant aux partis de recevoir des fonds provenant de l’étranger.


Sur un autre front, les femmes se battent contre l’influence grandissante des éléments non démocratiques liés à l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali sui contrôlent encore certaines institutions. Parmi ces institutions, les médias, qui donnent peu d’espace pour les femmes, même si celles-ci sont politiquement actives, et beaucoup seront candidates.


«Après 23 ans de dictature de Ben Ali, destitué par la révolution de Janvier, la présence de ses anciens partisans à des postes clés signifie qu’il n’y a aucun respect pour la presse», a expliqué à l’Ips Nejiba Hamrouni, présidente du Syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt) et rédactrice en chef du Centre de la femme arabe pour la formation et la recherche (Cawtar).


Maya Jribi est secrétaire générale du Parti démocratique progressiste (Pdp), mais la figure représentant le parti dans les médias reste invariablement un homme, l’ancien dirigeant du parti Nejib Chebbi. ‘‘Femmes & Réalités’’, le magazine mensuel a réalisé un dossier spécial sur les femmes engagées en politique dans son numéro de juillet. Ce magazine féminin publie rarement des articles sur les femmes engagées en politique.


Un groupe de femmes est en train de réaliser un projet pour la surveillance des médias.


Traduit de l'anglais par Imed Bahri

SourceIps News.


* Les titre et intertitres sont de Kapitalis      

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