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Pierre Maine de Biran, De l'aperception immédiate, Classiques de Poche

 

"Pourquoi suis-je moi plutôt qu'un autre ?", s'interrogeait Maine de Biran (1766-1824), qui fit du corps le lieu essentiel du sentiment de l'existence.

 

Maine de Biran, DE L'APERCEPTION IMMEDIATE (MEMOIRE DE BERLIN 1807), édité par Ives Radrizzani. Librairie philosophique J. Vrin, 308 pp., 198 F. Bruce Bégout (présenté par), MAINE DE BIRAN, LA VIE INTERIEURE. Payot, «Petite Bibliothèque», 308 pp., 72 F.

 

 

"Dès le début du siècle, la France eut un grand métaphysicien, le plus grand qu’elle eût produit depuis Descartes et Malebranche : Maine de Biran." (Bergson). Achevé en 1807, le Mémoire de Berlin, connu sous le titre De l’aperception immédiate, constitue un exposé synthétique et concis de la philosophie de Maine de Biran (1766-1824), et l’une des meilleures voies d’entrée dans son œuvre. En dialogue avec Locke, Condillac et les idéologues, Maine de Biran y développe une conception nouvelle de l’aperception de soi, qui prend forme dans l’expérience intérieure du sentiment de l’effort. Déployant des thèmes majeurs de l’œuvre (comme le statut de la réflexion et de la représentation, l’analyse du rapport voix-ouïe, ou la décisive inscription du corps dans la délimitation du fait primitif de conscience), le traité contribue de façon éclatante à l’affirmation de cette conception nouvelle de l’existence et de l’individu, qui fécondera le spiritualisme français, et dont l’influence s’étendra bien au-delà, jusqu’à la phénoménologie contemporaine.

 

"Les études sur Maine de Biran se multiplient ; il n'y a là rien d'étonnant, écrit Raymond Vancourt (La théorie de la connaissance chez Maine de Biran, réalisme biranien et idéalisme, deuxième édition revue et augmentée, Aubier-Montaigne) car on ne peut lire, même superficiellement, les différents écrits de cet auteur, sans avoir immédiatement l'impression de se trouver, non pas tant en face d'un philosophe mettant en action sa froide raison pour résoudre des problèmes spéculatifs, que d'un homme cherchant avec angoisse la solution des questions les plus vitales pour chacun de nous. C'est par là qu'il attire ; sa philosophie est avant tout humaine, profondément humaine ; elle rappelle à cet égard celle de Pascal ; elle annonce aussi, et par plus d'un trait, le mouvement de pensée inauguré par Kierkegaard ; peut-être Maine de Biran mériterait-il d'être nommé le premier des existentialistes. C'est dire que la philosophie biranienne ne court pas encore le risque de devenir inactuelle et qu'elle continuera longtemps de susciter discussions et commentaires."

 

 



Pierre Maine de Biran (1766 - 1824)


Pierre Maine de Biran, de son vrai nom Marie François Pierre Gontier de Biran (29 novembre 1766 à Bergerac - 20 juillet 1824 à Paris) est un philosophe français.


Homme du XVIIIe siècle français par la date de sa naissance et le milieu culturel de sa formation, Maine de Biran se détache peu à peu d'un sensualisme inspiré de Condillac pour élaborer une psychologie de subjectivité. D'un agnosticisme discrètement teinté de religiosité sous l'influence de Rousseau, il aboutit à une métaphysique fondée sur l'expérience religieuse, selon une acception moderne. Maine de Biran entend rester le plus possible près des faits : ils lui sont donnés par les sciences de la vie et l'observation de soi. À sa virtuosité introspective, nous devons le premier journal philosophique.


C'est pour lui autour de l'effort et de sa répétition que se construisent la pensée et personnalité humaines. Merleau-Ponty distingue dans ses travaux un germe de ce qu'on nommera plus tard la phénoménologie.


Source : Wikipédia (texte et image)

 


"Le thème philosophique fondateur et original de Maine est le sentiment de l'existence. Si Leibniz (qu'il considère comme «le plus génial des génies philosophiques») avait pu se demander pourquoi les choses sont faites ainsi et pas autrement, et pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien, Maine de Biran se pose une question non moins sublime : pourquoi suis-je moi-même et pas un autre ?

 

Une force hyper-organique La fondation du sujet telle que Descartes l'a formalisée ne convient pas en effet à Maine de Biran. Pour lui, dans le «Je pense donc je suis», le je du je suis n'est plus le même que le je du je pense, car le rapport entre existence et pensée, entre corps et esprit, reste à démontrer. En inversant les termes de la proposition cartésienne (pour qui la pensée ­ et l'âme ­ sont comme autonomes du corps), Maine fait du corps le lieu essentiel où le moi se sent exister. Cependant, ce sentiment de l'existence n'est pas encore un moi, c'est un sentiment irréfléchi qui naît en moi sans moi. Avant Freud, la psychologie biranienne semble esquisser les contours de l'inconscient: "L'automate sentant est poursuivi en songe par mille fantômes, qui se succèdent sous des formes diverses. Il se meut, s'agite, parle, crie, sans que le moi sache ou le veuille." Le moi biranien n'est pas donné mais est le résultat de la volonté, de ce qu'il nomme l'«effort», car cet héritier de Condillac et ami de Destutt de Tracy ne peut pas s'en tenir à cette impersonnalité fluide et passagère du sentiment d'exister. Il installe, à côté du fait primitif du sentiment d'exister, une sorte de force hyper-organique hétérogène et irréductible à la simple passivité du corps. Mais l'équilibre est instable entre ce qui revient à l'un ou à l'autre des deux sentiments de l'existence ­ celui, «passif», du corps, celui, «actif», de la volonté .

 

Comment concilier l'immanence irréductible du corps et la transcendance du moi ? L'ancien franc-maçon de Bergerac s'en remet de plus en plus à la religion et au discours théologique. C'est la faiblesse du corps qui vient à présent justifier l'expérience religieuse, chez cet éternel épuisé souffrant d'horribles maux d'estomac (et d'insomnies chroniques) qui le mèneront à la mort en 1824. Mais quelle est la part du corps et de l'âme dans l'extase elle-même ? Revenu au sein de l'Eglise et fasciné par l'expérience mystique, celui qui s'était voulu le fondateur d'une psychologie révolutionnaire est rattrapé parfois par les vieux démons du soupçon: «Toujours le même doute sur cette question première d'où dépend toute notre connaissance de l'homme. Dans les dispositions et affections qui ne dépendent pas de nous ou de l'action de la volonté, qu'est-ce qui vient du corps organique ou de variations spontanées du principe et du jeu de la vie ? Qu'est-ce qui vient d'une force supérieure et étrangère à notre force ?".

 

Jean-Baptiste MARONGIU 

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