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Marcel Conche, Ma vie (1922-1947), Un amour sous l'occupation, HD Témoignage,

 

 

Marcel Conche était élève-maître en première au lycée de Tulle lorsqu'il eut comme professeur une jeune agrégée de Lettres classiques venue de Strasbourg, réfugiée à Tulle. Il lui demanda d'être sa "correspondante" en ville (condition pour avoir droit à la sortie du dimanche). Ainsi pouvait-il la rencontrer régulièrement. On les vit bientôt se promener la main dans la main dans les pentes de Tulle. Les vacances étaient l'occasion d'échanger de longues lettres. Presque toutes celles de Marie-Thérèse sont ici reproduites. Elles disent son amour inconditionnel, son souhait d'être épouse et mère, son immense bonheur lorsque ces choses-là sont arrivées.

 

Presque aucune lettre de Marcel n'est ici reproduite. Elles disent une ardeur d'un autre ordre que l'amour humain, car, s'il s'agit d'amour, c'est d'un amour inconditionnel pour la philosophie. On a voulu qu'une figure de femme fasse l'unité de ce livre : on y voit sa vraie vie, qui commence par l'amour (1942), qui se continue par l'engagement auprès de l'époux, qui s'accomplit par le don de la vie (1947) - cela sans qu'il y ait de relâche dans le bonheur d'aimer, mais non sans tribulations ( y aurait-il quelque risque à aimer un philosophe ?)

 

"Dans Ma vie antérieure (Ma vie antérieure et le destin de solitude, Encre marine, 2003)j'ai évoqué le temps de mon enfance, puis celui de mon adolescence et de ma jeunesse. Le présent récit correspond à la même période de la vie. Mais le sujet en est différent : c'est Marie-Thérèse, dite "Mimi" par ses proches et ses amis, ma professeur de Lettres au lycée de Tulle, puis mon épouse, qui en est le sujet principal. C'est dans ses lettres, où on la voit aimer, espérer, souffrir, que se montrent sans fard son esprit, son coeur, son caractère, cela en toute vérité et sincérité, car ces lettres me sont adressées, à moi pour qui elle veut être telle qu'en elle-même. On pourra ici, pour la période que j'ai dite, les lire presque toutes ; celles que je laisse de côté n'ajouteraient rien d'essentiel.

 

"Aristote, qui remue toutes choses, s'enquiert sur le mot de Solon que nul avant sa mort ne peut estre dict heureux" (Montaigne, Essais, I, 3, p. 17, PUF). Aristote rapporte, en effet ce mot de Solon qu'avant de déclarer un homme "heureux", il faut "voir la fin" (Ethique à Nicomaque, I, 11; 1100 a 12). Or, je m'inscris en faux contre ce "mot", sans me laisser impressionner par le fait qu'il soit devenu un lieu commun de la tragédie et de la philosophie grecque.

 

Car il faut distinguer la fin comme but suprême de notre activité, réalisation de nos plus secrètes aspirations, bref la fin comme accomplissement (telos), plénitude, qui est de l'avis général ce que l'on nomme le "bonheur", et la fin comme terme (teleutè) de la vie (terma toû biou). Lorsqu'on atteint le telos, on vit pleinement, lorsqu'on atteint le teleutè, on cesse de vivre.

 

Marie-Thérèse a atteint le terme de sa vie en 1997, mais elle avait atteint son telos dans les derniers mois de 1947. Sa vie véritable avait commencé, disait-elle, avec notre rencontre en 1942. Elle souhaitait faire sa vie avec moi et que nous ayons un enfant. Exercer une profession qui correspondait à ses goûts et à ses talents ne lui suffisait pas. Elle n'était pas comblée en tant que femme. Il lui fallait pour cela être épouse et mère. En 1947, elle avait un mari qui était l'homme de sa vie et un enfant qui ne serait pas seulement un être fugitif mais qui aurait part à la vie éternelle. Avec la naissance de François et son baptême, elle connut la plénitude de son bonheur. Elle avait alors quarante ans. Durant les cinquante ans qui vinrent après, elle eut un bonheur de croisière. Il en est comme d'une maison qui d'abord est construite puis habitée. A la fin de 1947, la maison de Mimi est achevée ; il n'y avait plus qu'à l'aménager et à y vivre.

 

Quant à moi... Mais laissons "Marcel" de côté : le bonheur n'était pas son problème." (Marcel Conche)

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