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Mario D'Souza, installation à la Galerie du Château d'Eau, Place Séraucourt,  à Bourges, jusqu'au 11 mars 2012 

 

Aux Terminales ST2S et H 

 

Pour compléter le cours sur l'Art, je vous suggère, entre autre,  d'aller admirer à la galerie du Château d'eau à Bourges l'installation de Mario D'Souza, spécialement conçue pour ce cadre.

 

(Levez la tête et regardez avec les yeux... et avec les oreilles !)

 

L'artiste et le philosophe ne se tiennent pas sur des sommets opposés, mais distincts (Heidegger), mais si la philosophie veut renoncer à se poser en "savoir absolu"  pour se muer en "pensée méditante", il faut qu'elle cesse de parler sur les oeuvres et qu'elle laisse enfin les oeuvres lui parler.

 

Nous sommes bien en peine, malgré tout le respect que nous leur devons, de deviner à quels artistes et à quelles oeuvres se réfèrent précisément Kant dans sa Critique du Jugement de Goût ou Hegel dans son Esthétique. Le philosophe a tout à apprendre des artistes et non l'inverse.

 

On oppose traditionnellement l'art à la technique. L'art obéit à des règles, mais contrairement à l'artisan, l'artiste ne "produit" pas d'objets utiles : les chaises de Mario D'Souza ne sont pas plus faites pour poser son derrière que celles d'Eugène Ionesco. Elles nous mettent en garde, comme le faisait Nietzsche, contre les ornières du conformisme. 

 

L'Art est le domaine de la beauté, mais dans l'art contemporain, le "concept", l'idée tend à prendre le pas sur le Beau, en d'autres termes, il y a quelque chose à admirer, mais aussi  à comprendre.

 

La notion "d'objet d'art" tend aussi à disparaître avec le cadre traditionnel du musée, au profit de l'installation (c'est le cas des oeuvres de Mario D'Souza). Avec le "street art" (Banksy), il n'y a plus de lieux réservés à l'art ; l'art est partout, sur les murs, dans la rue et peut prendre une dimension contestataire.

 

Mario D'Souza est un artiste d'origine indienne qui vit et travaille en France, dans la région Centre, à Menetou-Salon. Il utilise des matériau de récupération (chaises, tissus, emballages...) auxquels il donne une seconde vie et un autre sens.

 

En créant des "oeuvres d'art" minimalistes à partir d'objets de rebut (le trop plein de la société de consommation), Mario D'Souza se construit des repères pour mieux comprendre son pays d'adoption et pour s'y sentir mieux. L'humour et la poésie ne sont jamais absents de ses créations.

 

Il nous parle de lui-même, mais aussi de nous, de la société dans laquelle nous vivons, de son Histoire. Selon Hegel nous ne contemplons pas "la nature" dans une oeuvre, mais l'esprit humain ;  dans la création et la contemplation d'une oeuvre d'art, l'Esprit s'accomplit et se contemple lui-même. L'art témoigne du fait que l'existence humaine ne se réduit pas à la survie biologique, que l'homme a aussi des besoins (ou plutôt des désirs) spirituels.

 

Selon Kant, en nous détachant de la sphère du besoin dans le libre jeu des facultés créatrices et dans la contemplation désintéressée, l'art nous fait accéder au royaume de la liberté.

 

Les oeuvres de Mario D'Souza relèvent de ce qu'Emmanuel Kant appelle "la beauté libre" (pulchritudo vaga) comme les coquillages, les oiseaux du paradis, les fresques non figuratives et la musique non programmatique. Contrairement à "la beauté adhérente" (pulchritudo adhaerens) : un beau visage, un beau bâtiment...,  nous n'avons aucune idée de ce que l'objet doit être, il ne correspond à aucune idée préétablie du beau. (Emmanuel Kant, Critique du Jugement, analytique du beau)

 

L'art est aussi un vecteur privilégié de communication et d'échange entre les hommes et entre les cultures. Le Château d'eau, qui fut le partage de l'eau, avant de devenir le partage de l'art,  symbolise cette dimension ; l'oeuvre de Mario D'Souza, La Danse, fait penser, aussi bien par son titre que par sa composition à la danse des Muses autour du dieu Apollon (Krishna ?), dieu des arts, thème repris par Matisse dans une oeuvre précisément intitulée "La Danse".


 

la danse                                      Henri Matisse, La danse (1910)

 

La mère des Muses se nomme en grec "Mnémosumé", la Mémoire ;  l'artiste (le poète, le peintre, le sculpteur...) exerce, dans la société humaine la fonction du souvenir, la victoire fragile sur le temps. Il y avait, pour les Grecs deux façons pour l'homme de se mesurer à l'immortalité des dieux : faire des enfants et créer des oeuvres d'art.

 

" A thing of beauty is a joy for ever :
Its loveliness increases; it will never
Pass into nothingness ; but still will keep
A bower quiet for us, and a sleep
Full of sweet dreams, and health, and quiet breathing..."

 

(John Keats)

 

Ce que fait Mario D'Souza avec les rebuts est du même ordre que ce que fait  le poète avec le langage archi-usé de tous les jours ("donner un sens plus pur aux mots de la tribu", dit Stéphane Mallarmé dans Le Tombeau d'Edgar Poe)

 

Mario D'Souza délivre de la banalité les objets et le regard que nous portons sur eux. L'imagination de l'artiste métamorphose le monde et transforme les choses en symboles. Mais tandis que les chaises, métonymies de l'humanité,   qui s'amoncellent sur la scène dans la pièce du dramaturge Eugène Ionesco représentent le vide ontologique en tant que destin historial de la pensée occidentale, qu'il appartient aussi à l'artiste de traduire, celles de Mario D'Souza semblent porteuses d'une secrète espérance.

 

En utilisant les matériaux les plus banaux qui soient (de vieilles chaises comme on en trouve un peu partout, dans les salles de classe, dans les administrations, du carton, de la mousse...) pour en faire des oeuvres pleines de poésie et de mystère Mario D'Souza montre la dimension "apophatique" de l'art : l'artiste cherche à "transfigurer" le monde dans la beauté, l'humour et la liberté,  quand d'autres le  "défigurent" dans l'asservissement et  la laideur.


 

On-the-way-to-the-market.jpg                                       On the way to the market (2011)


  Mario D'Souza explique ce qu'il fait :

 

Si je me réclame de maîtres à penser, si divers mouvements artistiques m’ont davantage touché que d’autres, mon travail aujourd’hui appartient au langage universel de l’art contemporain.


Ainsi, mon travail est une combinaison de ma mémoire indienne et de mon présent français.


Depuis que j’ai commencé mon activité artistique, à travers mes sculptures et les installations, j’ai trouvé un langage qui m’est propre et qui construit une œuvre résolument personnelle.


Le travail que je produits est directement issu (ou inspiré) d’objets que je récupère dans des décharges, aux « monstres », aux Emmaüs, sur le site viticole près duquel j’ai mon atelier : les déchets, les emballages, la part d’utile et d’inutile dans la production, les « matières sèches » inutilisées…


Je récupère, sans avoir forcément d’inspiration sur le champ, et j’entasse ces objets ou matériaux dans mon espace de travail. Je vis avec pendant quelque temps, et puis je les transforme en œuvres d’art.


Le langage d’expression trouvé durant ce processus devient mon art en vérité. Il m’aide à comprendre le matériel et le contexte culturel et historique. C’est dans cette alchimie même que réside mon action.


Il y a bien entendu une part non négligeable de choix esthétique : un vieux meuble sale me raconte bien davantage qu’un objet tout frais sortie de l’usine. Il me parle de vies et de mystères.


Mais il y a surtout le désir de convertir à partir de ces objets laissés pour compte, cette part de vécu mise au panier, abandonnée. Il y a le goût de l’histoire, le goût du matériau, le goût du temps et du mystère qui enrobe ces objets, ces cartons, ces vieux tissus.


 

The-Mariage.jpg                                                        The Mariage


Ainsi, ces formes et matériaux, s’ils me fascinent jusqu’à devenir matière première de mon œuvre, c’est qu’ils ont une part d’humain importante : soit qu’ils sont artisanaux, soit qu’ils ont vécu, soit qu’ils sont chaleureux (la laine, le carton). C’est l’humain qui transpire en eux qui m’interpelle.


Dans ce pays finalement assez froid et où je dois reconstruire mes repères, je trouve dans ces objets / matériaux, des compagnons d’infortune... Je fabrique de l’art à partir de ces rebus parce qu’ils me parlent de mon intériorité et de mon désir profond pour un monde réconcilié.


D’une manière plus essentielle et plus secrète, le travail sur l’objet m’aide à créer une forme nouvelle. Le concept que je développe est bien souvent compris dans le geste qui révèle l’objet, en le décalant, en le revisitant. Mon concept de travail est comme un lien, un pont, entre l’objet formel, avec sa propre histoire et sa propre utilité (qui conditionne son apparence) et l’objet révélé. Il est devenu formellement inutile, mais la poésie et bien souvent l’humour, révèlent une proximité qui n’était jamais là.


Le geste qui transforme l’objet est mon concept même de création. Tout mon langage artistique réside dans ce geste qui construit un tout, et qui est mon langage contemporain." (Mario D'Souza)


 

Feeling Alone and yet Desired                                              Feeling alone and yet desired

 

La dimension humoristique est une composante essentielle de l'art contemporain depuis La Joconde (L.H.O.O.Q.) de Marcel Duchamp.


 

"Des tubulures de chaises modestes, courantes. On ignore même le nom de leur concepteur. Pourtant elles aussi appartiennent au domaine du design comme les époux Eames, concepteurs de chaises dans les années 1940 aussi célèbres que la DCW mise au point avec des technologies militaires permettant de travailler le pliage et la courbure du contreplaqué. Des formes ultra célèbres qui n’ont jamais connu les lois de la péremption.

Les chaises que récupère Mario D’Souza n’ont pas le même pedigree mais sont aussi célèbres puisqu’elles appartiennent à l’inconscient collectif des écoles et salles municipales. Elles ont perdu leur assise, conservant simplement cette ligne de métal (leur signature) qui les rapproche du dessin dans l’espace, de la sculpture abstraite. Les plaques de mousse qui servent à cet exercice de forme sont, elles, parfaitement neuves. D’un blanc impeccable ou d’un jaune lumineux, elles se plient au format imprimé par ces cadres rigides pour devenir des sculptures minimales.


Dans Fountains of life, les deux chaises se transforment en causeuses au mouvement emphatique et délicat, un jeu d’équilibre unique. Car chacune de ces chaises l’est devenue, passant de la production en série à l’objet unique.

 

fountain of love                                                     Fountains of Life


Mario D’Souza travaille ces paradoxes matériels, un cadre rigide et une matière souple, une fonction et une abstraction, une origine basse et un résultat raffiné.


Quant à Blind comfort, les blocs de mousse se règlent à différentes hauteurs et composent des monolithes majestueux, variation sur le thème minimal : soit deux ingrédients parfaitement identiques mais deux identités radicalement différentes dans l’espace." (Bénédicte Ramade)


 

blind_01.jpg                                               Blind Comfort


 "La première fois que j'ai vu le travail de Mario D'Souza, explique Céline Poulin, c'était lors de l'exposition "Rehab" de Bénédicte Ramade. J'ai été très intriguée par ces formes abstarites cintrées dans des chaises, à l'esthétisme mélancolique. L'invitation à rencontrer Mario D'Souza pour parler de son travail et discuter de cette installation qu'il allait présenter au Château d'eau de Bourges est arrivée étonnamment la semaine suivante. La pièce que l'artiste nous présente ici se situe dans une continuité avec ce travail que nous lui connaissons, mais constitue néanmoins une mutation de sa pratique, due à la prégnace du lieu et l'intégration du travail à ce contexte.

 

 

Les objets que produit Mario D'Souza ont une histoire. La mousse qu'il utilise pour ses sculptures est récupérée ; il s'agit d'un fragment rejeté de l'industrie, elle porte les marques, les traces, les stigmates de son usage antérieur.

 

Réutiliser, trouver une autre finalité à une matière, lui proposer une nouvelle histoire à vivre, c'est singulièrement ce qui intéresse l'artiste dans les formes qu'il génère. C'est en premier lieu le rapport à un matériau, son utilisation inédite qui va guider la production.

 

Comme tout sculpteur, la notion d'équilibre et de contrainte, de tension des éléments assemblés, va donner son élan au geste et provoquer la forme finale que prendra la sculpture.

 

Mais tout ce jeu formel est habité d'un rapport à l'autre. La chaise, élément essentiel du vocabulaire de l'artiste, est bien sûr une figure métonymique du corps humain. Les éléments qui y sont associés résonnent, par leur dureté ou leur malléabilité, avec ce symbole du quotidien pour le faire tendre vers une image qui pose toujours la question de l'équilibre des relations.

 

pour l'installation spécifique du Château d'eau, Mario D'Souza s'est confronté avec un lieu qui lui-même a une histoire, un lieu porteur de ses propres stigmates. Un château d'eau est pour l'artiste marqué par son caractère rhizomatique : il est par son architecture même porteur de l'Histoire collective qu'il incarne. C'était le lieu central de la distribution de l'eau, et la forme circulaire de cette tour accentue cette image de noyau, de centre distributeur.

 

La figure du cercle, très présente dans les pièces de l'artiste, Mario D'Souza l'associe à un mouvement global, le cercle étant cette image de l'infini, du mouvement perpétuel. C'est cette circularité que l'installation de Mario D'Souza met ici, littéralement en relief. L'artiste considère ici le lieu comme un matériau trouvé, à l'image des objets qu'il utilise, et auquel il va associer d'autres éléments pour les révéler ; cet endroit marqué par un usage obsolète, Mario D'Souza cherche à en rendre visible un aspect oublié, celui de catalyseur.

 

C'est pourquoi, contrairement à son habitude, l'artiste va utiliser des matériaux plus standardisés, plus lisses, dont la forme va s'intégrer au lieu comme support.

 

L'installation surligne, accentue, dessine l'existant. Le choix de la couleur, assez inhabituel, découle de l'humanité que l'artiste perçoit dans cet endroit : l'inter-relation évoquée par le Château d'eau, et son statut aujourd'hui de lieu d'exposition ouvert à tous, en fait un espace provilégié de la rencontre. Le rapport de l'oeil à la couleur est celui d'un plaisir immédiat. Utiliser la couleur est pour l'artiste une adresse directe aux sensations du spectateur.

 

L'artiste emploie souvent le terme "confort" pour parler de notre rapport au monde. La définition du confort est de s'installer dans des sensations agréables. Mais comme le dénonce Nietzsche, le confort physique tend vite à la facilité de la pensée, à une forme de médiocrité. Si l'oeuvre de Mario D'Souza semble accueillir le visiteur, lui proposer une expérience agréable, l'objectif de l'artiste est de problématiser cet apparent bien-être et la satisfaction qui en découle. Le perpétuel questionnement sur la réception de son oeuvre, l'intérêt à l'usage du lieu dans lequel s'inscrit son travail et qui en devient la matière même, la volonté de transmettre au public ses propres questionnements, tous ces paramètres réunis font des productions de Mario D'Souza des oeuvres ingénieuses et en constante évolution." (Céline Poulin)


 

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Bio

Mario d'souza was born in Bangalore, India in 1973. He graduated from the m.s.u. Baroda and c.k.p. Bangalore. In 2001 he came on a residency to ecole des Beaux Arts, Paris. He worked in the studio of Richard Deacon and Christian Boltanski. He lives and works in Menetou-Salon and in Paris.

 

 

Contact

Mario d'Souza 10bis, Avenue des Gobelins F 75005 PARIS
Mario d'Souza Les Faucards F 18510 Menetou-Salon
+33 6 64 49 51 22
mariodsouza73@hotmail.com
www.mariodsouza.com

 

Exhibitions

Nuit Blanche 2007
Paris . Nuit Blanche 2006
Paris . Bits of world’s, Galerie Luc Queyrel 2004

Paris . Requiem, Alliance Française de Bangalore 2002 . Exposition (performance) 2002
Beaux-Arts (ENSBA), Paris. Something big and something small 2001
Time and space Gallery, Bangalore

 

Group exhibitions

An exchange with sol LeWitt, MASS MoCA, USA
2011, commissaire : Regine Basha, Cabinet magazine. . Rehab, l'Art de RE FAIRE, foundation EDF
2010-2011, commissaire : Bénédicte Ramade. Premier regard, Michel Nuridsany, Passage de Retz 2004
Paris. Domestic objects 2004
Sakshi gallery, Mumbaï . Karnataka Chitrakala Parishat 1998
Bangalore, OJUS

 

Work shops / Projects

The Flight, portes du temps, 2010
Musée d’Art Contemporain, Val de Marne. Projet Interior / Exterior, 2010
Centre penitenciaire du Luxembourg. Projet Fountains of taste, portes du temps, 2009
Musée d’Art Contemporain, Val de Marne. The living bottle, metal tubes, 530 cm, 2009
State commission, Menetou - Salon. Projet Voir autrement, 2008
Musée d’Art Contemporain, Val de Marne. Projet Stardust, 2007
Musée d’Art Contemporain, Val de Marne. Projet Intérieur / Extérieur, 2007
Mac Val / Prison de Fresnes. Atelier Kitty Kat, 2007
Musée d’Art Contemporain, Val de Marne

 

Residences / Scholarship

Djerassi Resident Artist Program,
The Pritzker Foundation Endowed Fellowship, USA 2010. Aide à la création, Région Centre 2009. Aide individuelle à la création, DRAC Ile-de-France 2008. Résidence Atelier 880 – Arques-La-Bataille – Haute Normandie 2008. Résidence Parc Saint-Léger 2007
Pougues-Les-Eaux. Subvention Drac Centre pour Aménagement Atelier 2005. Bourse de la Ville de Paris 2003. Allocataire du Fonds FIACRE (CNAP) 2002-2003. Artiste résident aux Beaux-Arts (ENSBA) 2001-2003
Paris. Atelier Christian Boltanski 2002-2003. Atelier Richard Deacon 2001-2002. Bourse « Inlaks Foundation » 2001


 

Education

Mastere of Fine Arts 2000
MSU, Baroda, Gujerat. Bachelar of Fine Arts 1998
Chitrakala Parishat, Bangalore . Pre-University 1993
Saint Joseph College of Commerce, Bangalore

 

 

 

 


 


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