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Kant et le Problème de la Métaphysique, par Martin Heidegger, introduction et traduction par Alphonse de Waelhens et Walter Biemel, NRF Gallimard, Bibliothèque de philosophie.

 

" Les quelques remarques qui voudraient introduire cette traduction de Kant et le Problème de la Métaphysique doivent en premier lieu expliciter la position particulière de l'interprétation heideggerienne. Celle-ci ne se borne aucunement à écarter quelques difficultés ou malentendus qui continueraient d'entraver l'exacte compréhension de la Critique de la Raison pure ; elle tente, au contraire de retrouver le fondement qui porte cette oeuvre tout entière et qui lui prête sa signification historique. Tandis que la plupart des commentaires de la Critique de la raison pure réduisent celle-ci à une théorie de la connaissance, Heidegger se propose d'emblée de porter l'interprétation sur un autre plan. C'est ce qu'annonce déjà la première phrase de l'ouvrage, tout en apportant des précisions sur ce plan nouveau. "Le présent travail a pour but d'expliquer la Critique de la Raison pure de Kant, en tant qu'instauration du fondement de la métaphysique. Le problème de la métaphysique se trouve ainsi mis en lumière comme problème d'une ontologie fondamentale..." (Alphonse de Waelhens et Walter Biemel)

 

"Kant et le problème de la métaphysique n'est pas une excursion de Heidegger hors de ses propres recherches. Ce n'est pas un livre d'Histoire au sens positiviste. Heidegger s'attache consciemment à un kantisme possible devant lequel Kant lui-même aurait reculé après la première édition de la Critique de la Raison pure. Il s'agit donc d'une lecture de Kant par Heidegger, d'une reprise ou "répétition" qui dépasse autant qu'elle conserve.

 

Démarche qui n'est présomptueuse qu'en apparence. On peut la justifier même sur le terrain de la pure Histoire. Car c'est ainsi que chacun lit. L'historien "objectif" qui veut s'en tenir aux textes et au sens manifeste, métamorphose et peut-être détruit les philosophies en les privant de leur mouvement intérieur vers le vrai. Une philosophie peut bien devenir, en s'enfonçant dans le passé, grimoire, empreinte, textes : écrire l'Histoire de cette philosophie sera toujours en recommencer l'entreprise. Il n'y a d'Histoire de la philosophie que pour un philosophe.

 

Il faut seulement que sa philosophie se fasse moyen de situer et comprendre les autres, et qu'il ne leur impose pas son outillage mental et les formules de son interrogation propre. On peut se demander si, à aucun moment, Kant a vraiment conçu la finitude comme toute positive, intégré la passivité et l'activité, pris comme originaire le pouvoir d'articuler l'une sur l'autre les perspectives en les insérant dans un horizon. Peut-être trouvera-t-on bon qu'ici Heidegger prête à Kant, non seulement comme il est inévitable, ses problèmes, mais encore ses solutions (à supposer que les deux choses puisent être absolument distinguées). Mais on ne contestera pas qu'il approfondisse et ressuscite le kantisme en comprenant le fameux "renversement copernicien" comme la découverte d'un rapport d'implication entre la subjectivité et l'être, thème d'une "métaphysique" tout opposée aux métaphysiques classiques de "l'étant".

 

En tout cas, comme introduction à Heidegger, ce livre vaut mieux que les textes de Sein und Zeit sur l'angoisse, la déréliction et l'authenticité qui ont été traduits et répandus en France (la traduction intégrale de Sein und Zeit est parue en traduction intégrale aux Editions Gallimard en 1986). Ces descriptions ont fait croire que Heidegger substituait le pathétique à la rigueur, l'anthropologie à la philosophie. La confrontation avec Kant montre au contraire qu'à travers elles, il cherchait à fixer, non seulement la situation de l'homme souffrant, mais aussi bien celle de l'homme connaissant et ouvert à la vérité. Il ne peut plus être question d'anthropologie au sens ordinaire du mot quand l'homme précisément est défini par une relation qui n'a d'analogue ni dans le monde, ni dans la vie, ni dans le "psychisme" : comme révélateur de l'être, ou même comme le lieu métaphysique où l'être se manifeste à lui-même (le Da-sein). On voit ici sans équivoque que l'incarnation et l'historicité ne remplacent pas la vérité, mais la réalisent."

 

 

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