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Maurice Merleau-Ponty, Eloge de la Philosophie et autres essais, 1953 et 1960, Editions Gallimard, collection Idées

 

Eloge de la Philosophie fut le cours inaugural de Maurice Merleau-Ponty au Collège de France. Il y expose sa conception de la philosophie et du philosophe. "Etre philosophe, c'est sentir que les vérités sont discordantes et pourtant solidaires... c'est la résolution de tout dire, un pari sur la clarté." Ce texte capital est suivi d'une série d'essais consacrés aux grands penseurs, de Machiavel à Husserl.

 

"Si nous avons rappelé ces quelques mots de Bergson qui ne sont pas tous dans ses livres, c'est qu'ils font sentir ce qu'il y a de malaisé dans les rapports du philosophe avec les autres ou avec la vie, et que ce malaise est essentiel à la philosophie. Nous l'avons un peu oublié. Le philosophe moderne est souvent un fonctionnaire, toujours un écrivain, et la liberté qui lui est laissée dans ses livres admet une contre-partie : ce qu'il dit entre d'emblée dans un univers académique où les options de la vie sont amorties et les occasions de la pensée voilées.

 

Sans les livres, une certaine agilité de la communication aurait été impossible, et il n'y a rien à dire contre eux. Mais ils ne sont enfin que des paroles plus cohérentes. Or, la philosophie mise en livres a cessé d'interpeller les hommes. ce qu'il y a d'insolite et presque d'insupportable en elle s'est caché dans la vie décente des grands systèmes.

 

Pour retrouver la fonction entière du philosophe, il faut se rappeler que même les philosophes-auteurs que nous lisons et que nous sommes n'ont jamais cessé de reconnaître comme patron un homme qui n'écrivait pas, qui n'enseignait pas, du moins dans les chaires d'Etat, qui s'adressait à ceux qu'il rencontrait dans la rue et qui a eu des difficultés avec l'opinion et avec les pouvoirs, il faut se rappeler Socrate.

 

La vie et la mort de Socrate sont l'histoire des rapports difficiles que le philosophe entretient, - quand il n'est pas protégé par l'immunité littéraire - avec les dieux de la Cité, c'est-à-dire avec les autres hommes et avec l'absolu figé dont ils lui tendent l'image. Si le philosophe était un révolté, il choquerait moins. Car, enfin, chacun sait à part soi que le monde comme il va est inacceptable ; on aime bien que cela soit écrit, pour l'honneur de l'humanité, quitte à l'oublier quand on retourne aux affaires.

 

La révolte donc ne déplaît pas. Avec Socrate, c'est autre chose. Il enseigne que la religion est vraie, et on l'a vu offrir des sacrifices aux dieux. Il enseigne qu'on doit obéir à la Cité, et il lui obéit le premier jusqu'au bout. Ce qu'on lui reproche n'est pas tant ce qu'il fait, mais la manière, mais le motif.

 

Il y a dans l'Apologie un mot qui explique tout, quand Socrate dit à ses juges : "Athéniens, je crois comme aucun de ceux qui m'accusent." Parole d'oracle : il croit plus qu'eux, mais aussi il croit autrement qu'eux et dans un autre sens..." (p. 41- 43)


 

Contenu de l'ouvrage :

 

Eloge de la Philosophie (Cours inaugural au Collège de France), Notes


Essais philosophiques : 

 

Sur la phénoménologie du langage, Le philosophe et la sociologie, De Mauss à Lévi-Strauss, Partout et nulle part, Le philosophe et son ombre, Bergson se faisant, Einstein et la crise de la raison, Lecture de Montaigne, Notes sur Machiavel


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Maurice Merleau-Ponty (1908-1961) enseigna la philosophie à Chartres, puis à Paris. Il fut reçu docteur ès lettres avec deux ouvrages qui le distinguèrent, La Structure du comportement (1942) et la Phénoménologie de la Perception (1945). Cette même année, il fonde avec Jean-Paul Sartre, son ancien condisciple de l'École normale supérieure, ainsi qu'avec Simone de Beauvoir, la revue Les Temps modernes, qu'il quittera en 1951. Il publie Les aventures de la dialectique (1945) et Sens et non-sens (1948). Nommé professeur à la Sorbonne (en 1949), il est élu au Collège de France en 1952. Son ouvrage important, Signes, paraît en 1960.

 

Maurice Merleau-Ponty meurt brutalement en 1961, à l'âge de 53 ans. Le visible et l'invisible sera édité, comme œuvre posthume, en 1964.

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