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Aux terminales ST2S :

 

Ce texte de Maurice Merleau-Ponty, page 18 de votre manuel, analyse le rapport entre la nature et la culture et souligne la dimension culturelle de l'homme. Maurice Merleau-Ponty reprend un vieille interrogation : "qu'est-ce qui caractérise l'homme ? Comment le définir ? Il propose ici une réponse paradoxale, centrée sur le caractère contradictoire de l'homme : rien en lui n'est seulement biologique, tout est acquis, culturel.

 

 Vladimir Biaggi et Guillaume Monsaingeon, Philo. terminales STG, STI, STL, ST2S (Nathan technique) :

 

"Il n'est pas plus naturel ou pas moins conventionnel de crier dans la colère ou d'embrasser dans l'amour que d'appeler une table une table. Les sentiments et les conduites passionnelles sont inventés comme les mots. Même ceux qui, comme la paternité paraissent inscrits dans le corps humain, sont en réalité des institutions. (1)

 

Il est impossible de superposer chez l'homme une première couche de comportement que l'on appelerait "naturels" et un monde culturel ou spirituel fabriqué. Tout est fabriqué et tout est naturel chez l'homme, comme on voudra dire, en ce sens qu'il n'est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque chose à l'être simplement biologique - et qui en même temp ne se dérobe à la simplicité de la vie animale, ne détourne de leur sens les conduites vitales, par une sorte d'échappement et par un génie de l'équivoque (2) qui pourraient servir à définir l'homme."

 

Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception (1945)

 

1. institutions : règles sociales et organisation des rapports humains établis par les hommes

2. équivoque : qui possède plusieurs significations ; le "génie" de l'homme consiste à donner un nouveau sens à des événements biologiques.

 

A) Compréhension 

 

1) expliquez les sens des termes "naturels" et "conventionnel"

 

"naturels" : innés, spontanés, par opposition à acquis, culturels.

 

"conventionnel" : qui existe en vertu d'un accord entre des personnes au sein d'un même groupe.

 

2) Expliquer l'affirmation suivante : "Les sentiments et les conduites passionnelles sont inventés comme les mots." (l.3-4). A quelle conception répandue s'oppose ici Merleau-Ponty ?

 

Maurice Merleau-Ponty s'oppose ici à l'idée de "nature humaine", à l'idée que les conduites humaines sont innées. Les sentiments et les conduites passionnelles diffèrent d'une culture à l'autre ; les mots sont "conventionnels" : il n'y a pas de relation nécessaire entre un signifié et un signifiant, sinon, il n'y aurait qu'une seule langue, alors que plusieurs mots peuvent désigner une même réalité :  "cheval" (en français), Pferd" (en allemand), "caballo" (en espagnol).

 

Dans Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley, "le sauvage" parvient à mettre des mots sur des sentiments et des émotions "à l'état brut" grâce à un livre, les oeuvres complètes de William Shakespeare, interdit dans le "meilleur des mondes" et qu'il a trouvé dans la réserve : "Semblables aux tambours, semblables aux hommes chantant l'incantation du blé, semblables à des formules magiques, les mots se répétaient et se répétaient dans sa tête. Après la sensation de froid, il eut soudain très chaud. Il avait les joues en feu sous l'afflux du sang, la chambre tournoyait et s'assombrissait devant ses yeux. Il grinça des dents : "Je le tuerai (l'amant de sa mère, Linda), je le tuerai, je le tuerai", disait-il sans fin. Et brusquement, il y eut d'autres mots encore :

 

"When he is drunk asleep, or in his rage

Or in the incestuous pleasure of his bed..." (Hamlet, II, 3)

 

"Quand il dormira, ivre mort, ou dans sa rage,

Ou dans le plaisir incestueux de son lit."

 

Ce passage rejoint le jugement de Maurice Merleau-Ponty sur le caractère conventionnel de sentiments humains, que nous croyons innés, comme la colère.

 

 

3) Expliquez l'affirmation suivante : "Tout est fabriqué et tout est naturel chez l'homme" (l.8-9). Comment ces deux aspects peuvent-ils être indissociables dans toute personne ? Vous proposerez deux exemples précis pour illustrer votre réponse.

 

Tout est naturel chez l'homme : l'homme est un animal comme un autre, il a un corps, des organes, un patrimoine génétique, des besoins (se nourrir, boire, dormir...), des tendances, des instincts (téter)...

 

Mais tout, par ailleurs, est fabriqué en l'homme. La culture se superpose à la nature et en devient indissociable, par exemple, l'homme a des organes phonatoires (innés), mais s'il n'apprend pas à parler il ne le fera jamais ; il a des besoins alimentaires (naturels), mais il fait cuire sa nourriture, il se sert de baguettes ou de couverts pour manger, etc.

 

4) En quoi consiste ce "détournement" et cet "échappement" qui pourraient définir l'homme ?

 

L'homme ne se contente pas de satisfaire ses besoins, il détourne les conduites vitales de leur sens ; il ne se contente pas, par exemple de se nourrir pour satisfaire sa faim, il veut que soit un plaisir et il peut même manger sans avoir faim. Manger n'est pas un acte purement individuel chez l'homme, c'est un acte social (cf. le texte de Jean-Anthelme Brillat-Savarin, Physiologie du goût (1825), p. 19)

 

5) Dégagez en deux ou trois lignes, l'idée principale de ce texte.

 

Rien chez l'homme n'est purement naturel. Ses sentiments et ses conduites sont inventés, comme les mots ; Il est impossible de séparer chez l'homme les comportements naturels et les comportements culturels, fabriqués. L'homme détourne les conduites vitales de leur sens ; il a le génie de l'équivoque.

 

B) Réflexion

 

6) pour quelles raisons "la paternité" est-elle une "institution" ? Donnez d'autres exemples de processus naturels qui sont également organisés selon des conventions.

 

Comme toutes les réalités humaines, la paternité a un double caractère ; naturel et culturel ; en tant qu'animal, l'homme procrée, mais l'enfant, contrairement au petit animal, est inscrit dans une institution symbolique : la famille (le père, la mère et l'enfant), dans ce que Claude Lévi-Strauss nomme une "structure" (cf. Les structures élémentaires de la parenté). Les jeunes animaux ont des "pères" biologiques, mais ils n'ont pas de père "symbolique" (ils ne savent pas que leur géniteur est leur "père"), ils ne s'inscrivent pas dans une filiation symbolique, dans une histoire familiale, dans un "récit" (cf. Paul Ricoeur) ; il n'y a pas non plus de "maternité" chez les animaux, puisqu'il n'y a pas l'interdit de l'inceste qui porte l'ensemble de la structure (sauf, semble-t-il, chez les singes bonobos du Zaïre). L'organisation sociale est une objectivation des structures du langage en tant que système de différences (homme/femme, initié/non initié, père/fils, oncle, etc.) 

 

 

N.B. : Les Structures élémentaires de la parenté est l'intitulé de la thèse soutenue par Claude Lévi-Strauss, refondue et publiée en 1948.

 

Avec l'aide ponctuelle du mathématicien André Weil, Claude Lévi-Strauss dégage le concept de "structures élémentaires de parenté", basé sur la notion de Groupe de Klein ; il existe deux types de structures :

  • les systèmes prescrivant ou préférant les mariages avec un type précis de parents ;
  • les systèmes déterminant chaque membre du groupe comme parent, avec la distinction de conjoints possibles ou prohibés.

Ces structures comportent deux principales modalités de mariage :

  • le mariage symétrique ou échange restreint ;
  • le mariage asymétrique ou échange généralisé.

 

Autres exemples : la naissance est un acte biologique, mais l'attribution d'un nom de famille et d'un prénom différenciateur, l'inscription de l'enfant à l'Etat  civil, le baptême... sont des conventions ; la puberté est une réalité biologique, mais les "rites de passage" (scarifications, circoncision, épreuves...) sont des conventions (Lévi-Strauss a montré qu'il s'agit pour le groupe de "produire de la différence")... les relations sexuelles, la procréation (processus biologique) sont  organisées par une convention : le mariage. La mort est un processus biologique, partout inscrit dans la nature, mais les obsèques, l'extrême-onction... sont des conventions (des actes sociaux).

 

Le besoin de se nourrir (besoin naturel) est organisé par une convention (culturelle), la cuisson des aliments (cf. Claude Lévi-Strauss, Le cru et le cuit) ; il n'existe aucune société humaine qui ne fasse cuire en totalité ou en  partie sa nourriture, la cuisson est le signe du passage de la nature à la culture. Claude-Lévi-Strauss montre comment certains mythes expriment ce passage : le "cuit" (le feu humain), volé à un dieu ou donné par un dieu,  est un intermédiaire entre le "brûlé" (trop près du soleil) et le "pourri" (trop loin du soleil).

 

7) Quel est ce "monde culturel" évoqué par l'auteur ? Par quoi est-il constitué ? Comment est-il transmis de génération en génération ?

 

Le "monde culturel" évoqué par Maurice Merleau-Ponty est le monde humain, caractérisé par la technique, l'art, la religion, les coutumes... Le "monde culturel" est transmis de génération en génération par l'éducation et le langage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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