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Benvenuto Cellini, Persée tenant la tête de Méduse, à la loggia dei Lanzi, Florence

 

 

"Persée emporte la tête au pouvoir magique pour la montrer aux hommes. Mais il ne montre pas la tête de Méduse pour anéantir et pétrifier. Ce qu'il expose à la vue des hommes, ce n'est plus Méduse vivante, c'est Méduse vaincue. Ce qu'il propose aux hommes, c'est la lutte contre le danger essentiel. La tête coupée prouve que Méduse n'est pas invincible. La tête que Persée montre est un appel à suivre son exemple, à combattre et à vaincre la séduction hideuse que tout homme porte en lui..."


(Paul Diel, Le symbolisme dans la mythologie grecque)

 

 

« Quand on aura suivi Paul Diel dans ses traductions psychologiques minutieuses et profondes, on comprendra que le mythe couvre toute l'étendue du psychisme mise au jour par la psychologie moderne. C'est tout le problème de la destinée morale qui est engagé dans cette étude. » (Gaston Bachelard)

 

« Votre œuvre nous propose une nouvelle conception unifiante du sens de la vie, et elle est à ce titre un remède à l'instabilité de notre époque sur le plan éthique. » (Albert Einstein en1935)


 

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D’abord influencé par Sigmund Freud et Alfred Adler, ce psychologue français d’origine autrichienne (1893-1972), a développé une réflexion originale sur la dimension psychologique, éthique, spirituelle et thérapeutique des grands textes fondateurs de la culture occidentale, en particulier  la mythologie gréco-romaine,  l’Ancien Testament et l’Evangile de Jean.

 

Particulièrement intéressé par la philosophie, notamment par Kant et Spinoza, Diel étudie également les sciences, en particulier la physique, la biologie et la théorie de l'évolution qui joue un grand rôle dans son oeuvre. Hébergé par son tuteur, il obtient le baccalauréat, mais ne poursuit pas d'études universitaires.

 

A l'instar de Carl Gustav Jung, Paul Diel met l'accent sur l'importance de la dimension spirituelle, des archétypes et des mythes fondateurs, réhabilite l'introspection ("Connais-toi toi-même") et considère que le but de la psychologie est l'accès à l'équilibre intérieur et à l'individuation.

 

Autodidacte de génie, metteur en scène, acteur, poète, marqué depuis l'enfance par de multiples et profonds traumatismes, en tant qu'orphelin de père, abandonné par sa mère pendant 8 ans dans une institution dont il gardera toute sa vie un souvenir exécrable,  et en tant que Juif - il est interné en 1939 au camp de Gurs dans le Midi de la France, Paul Diel puise une partie de son inspiration dans son expérience personnelle. Il est un exemple typique (et encourageant) de ce que le psychanalyste Boris Cyrulnik appelle la faculté de "résilience".

 

Suspecté par les uns en raison de son "matérialisme", par les autres de son "spiritualisme" et par les freudiens orthodoxes de sa réinterprétation du complexe d'Oedipe, Paul Diel a essayé sa vie durant de relier le développement de la psyché individuelle (l'ontogénèse) au développement de l'espèce (la phylogénèse) dans une perspective résolument évolutionniste : l'humanité n'est pas un était acquis, mais une aventure inachevée.

 

L’origine du désir remonte à la faculté de nos ancêtres, les organismes primitifs, à réagir au milieu pour satisfaire leurs besoins. Le premier des besoins est de se conserver soi-même. Diel l’appelle « pulsion matérielle ». Le second est celui de conserver l’espèce : la « pulsion sexuelle ». Le troisième, la « pulsion évolutive », conduit les espèces à se transformer sous la pression du milieu, donnant naissance à de nouvelles formes, psychiques et physiques.

 

Au fil du temps, ces trois pulsions primitives s’élargissent. Chez l’homme, la pulsion matérielle devient sociale, la pulsion sexuelle se fait affective et la pulsion évolutive se transforme en pulsion spirituelle. Cette dernière devient même prédominante et prend la forme de ce que Diel appelle le « désir essentiel », en opposition aux désirs multiples, plus matériels, dictés par les pulsions sociales et affectives.


Paul Diel explique donc que l’acte réflexe des êtres primitifs s’est ralenti au fil de l’évolution. Il s’est créé un décalage temporel entre l’excitation et la réaction. L’information a été retenue et son énergie gardée en mémoire sous la forme de ressenti émotionnel auquel sont venus s’ajouter, chez les êtres dont les organes perceptifs sont développés, des images mentales et des concepts. Par ce processus, le réel s’est transformé progressivement en un monde intérieur possédant sa vie propre. C’est ainsi que se sont formés, pour Paul Diel, la psyché humaine et son plus beau fleuron, l’imagination, faculté de se représenter mentalement le monde extérieur afin de pouvoir y réagir.


Selon lui, pour que nous trouvions l’accomplissement, nos désirs multiples doivent être harmonisés par notre désir essentiel. Sinon, une part de nous ne sera jamais satisfaite. Ainsi, la réussite purement professionnelle sera trop chèrement payée si l’on a gâché sa vie affective à la gagner ; les prouesses purement sexuelles finiront par générer le dégoût de soi ; l’amour exclusif de l’esprit théorique conduira à l’échec, par dessèchement.

 

Mais ce nécessaire travail d’harmonisation autour du désir essentiel nous coûte et nous inventons de fausses raisons de nous y soustraire. Ainsi naissent les défauts, qui sont des déformations de nos qualités. Ainsi, derrière la vanité, qui est une sur-valorisation de soi, se cache l’estime de soi ; derrière la culpabilité, qui est une sous-valorisation de soi, se trouve l’humilité ; derrière la sentimentalité, sur-valorisation des autres, veut s’exprimer la possibilité de les aimer ; derrière l’accusation, sous-valorisation des autres, se camouflent la tolérance et la compassion...

 

La première condition de l’accomplissement est de connaître notre désir essentiel. Comment faire ? L’originalité de Paul Diel fut de rétablir l’introspection , qu’il appelle « délibération », comme moyen d’accès à la connaissance de soi. Pour éviter les illusions, il propose de placer l’imagination sous le contrôle de deux gardiens : l’esprit intuitif et l’intellect pratique. Le premier, descendant de l’instinct animal, « flaire » ce qui convient à la satisfaction de notre désir ; l’intellect, lui, prend en compte la réalité. S’il y a trop de décalage entre désir et réalité, ou si le prix à payer pour changer le réel est trop fort, le désir doit être dissout par un travail d’acceptation, qui n’est pas résignation, car l’énergie ainsi libérée fait rebondir la vie vers de nouveaux projets. (d'après Martine Castello, Clés pour comprendre la pensée de Paul Diel)

 

Malgré la protection et la recommandation de personnalités illustres comme Albert Einstein, Irène Joliot-Curie, le psychologue Henri Wallon, auprès duquel il travailla de nombreuses années au CNRS dans le laboratoire de Psychologie de l'Enfant à partir de 1945, Paul Diel n'a jamais bénéficié en France de la reconnaissance à laquelle il avait droit.

 

Certains le placent pourtant au tout premier plan, auprès des pères fondateurs de la psychologie moderne, aux côtés de Freud, d'Adler et de Jung : les trois pulsions fondamentales ont été explorées par la psychologie des profondeurs : la sociabilité par Adler, la sexualité par Freud et les représentations spirituelles par Jung.

 

Mais Diel va plus loin. Il cherche à les harmoniser. Toute l’angoisse et le mal-être des humains se trouvent selon lui dans le manque d’harmonisation entre les désirs multiples (matériels et sexuels) et le désir essentiel, forme élargie prise par la poussée évolutive lorsqu’elle atteint le stade humain.

 

Cette pulsion venue du surconscient nous souffle l’envie de spiritualiser la matière, de l’orienter vers des valeurs guides telles que le Bon, le Juste, le Beau. Intuitivement, les hommes pressentent la satisfaction et la joie que cette démarche pourrait leur apporter. Et si Dieu est avant tout un symbole mythique, il n’en reste pas moins que mythes et religions représentent l’expression imagée de cette intuition.

 

Mais sortir de l’animalité n’est pas facile. L’esprit humain, encore semi-conscient, tiraillé entre les pulsions matérielles du subconscient et les pulsions spirituelles du surconscient, croit qu’il doit choisir entre le ciel et le terre au lieu de chercher à harmoniser ces deux pôles. Il passe d’un excès à l’autre, il s’invente de fausses motivations à l’origine de tous ses défauts et de toutes ses névroses. Il devrait plutôt  développer un “ égoïsme conséquent ” qui, “ sous sa forme saine ”, ne peut trouver l’ultime satisfaction que par “ l’union réjouissante avec la vie entière ” (et avec autrui).

 

Ses travaux sont actuellement poursuivis par l'Association de la Psychologie de la Motivation créée par Paul Diel en 1964 et par l'Association de Psychanalyse Introspective créée en 1994 par Jeanine Solotareff et Jacques de Saint-Georges.

 

Paru en 1950 aux Presses Universitaires de France et en 1952 chez Payot, préfacé par Gaston Bachelard, Le symbolisme dans la mythologie grecque évoque des personnages légendaires : Icare, Tantale, Phaéton, Ixion, Bellérophon et Persée, autour du thème de la démesure subie ou domptée, puis examine le thème de la Discorde primordiale (Ouranos, Chronos, Zeus, Gaïa, Rhéa, les Titans) dans la Théogonie, Discorde (le combat entre le céleste et le démoniaque) dont dérivent tous les autres mythes, puis celui de l’oubli du mystère (banalisation conventionnelle, dionysiaque et titanesque) dans les mythes du roi Midas, d’Eros et Psyché, d’Orphée et d’Œdipe et du combat réussi ou manqué contre la banalisation (Jason, Thésée, Héraclès, Asclépios et Prométhée).

 

Paul Diel montre que ces mythes concernent chacun d'entre nous. Nous sommes tous confrontés, comme les héros grecs, à ce que Baudelaire appelait "la double postulation vers le ciel et vers l'enfer", le divin et le démoniaque, tous menacés par la tentation de la démesure, tous hantés par la vanité et la culpabilité ou par la banalisation de la vie dans la soif de pouvoir et la multiplication des désirs et des besoins matériels. Nous avons tous tendance enfin à nous cacher la vérité sur nous-mêmes et à nous parer vaniteusement de qualité que nous n'avons pas.

 

"La stagnation vaniteuse est la mesure exacte de l'effort évolutif que l'homme aurait dû accomplir et la réalisation à laquelle il a failli ; ses conséquences destructives sont l'exacte mesure de la coulpe de l'homme envers la vie. Vanité et culpabilité exaltée sont les deux pôles ambivalents d'une seule et même déformation maladive de l'esprit : la stagnation de la poussée évolutive, son insuffisant élargissement en pulsion spirituelle. La perversion sur laquelle les mythes insistent le plus fréquemment est la déformation maladive de l'esprit et son signe éclatant : la vanité coupable, la culpabilité vaniteuse." (Le symbolisme dans la mythologie grecque, Petite Bibliothèque Payot, pg. 33)

 

Tout en rendant hommage au fondateur de la psychanalyse, Paul Diel se démarque de l'interprétation freudienne :

 

"On n'admirera jamais assez la clairvoyance qui, grâce à l'analyse des névroses, a permis à la psychologie freudienne de déceler parmi tous les mythes celui qui contient, symboliquement exprimé, l'histoire et la constellation psychique du nerveux et du névrosé.

 

(Mais) il importe de ne pas passer sous silence que la construction du complexe d'Oedipe repose sur une fausse interprétation du mythe. Il est insuffisant d'utiliser du mythe seulement des épisodes en vue d'établir sa relation avec la maladie psychique. Pour pénétrante qu'ait été l'intuition d'un tel rapprochement entre la névrose et le mythe d'Oedipe, seule la traduction intégrale du mythe peut permettre de juger jusqu'à quel point ce rapprochement est justifié (...)" (pg. 163)

 

"Quant au rapport entre parent et enfant - thème central du mythe d'Oedipe - il n'est, suivant le mythe, nullement déterminé par des motifs sexuels, mais par le désir essentiel et évolutif. Les parents réels recouvrent dans l'inconscient de chaque homme la signification typique soulignée par le mythe : ils deviennent sur le plan symbolique les parents mythiques, parce que la vie leur réserve précisément la mission qui seule importe au mythe : préserver l'enfant du pervertissement et le conduire vers la sublimation...

 

Cette définition, mythique autant que psychologique résume, aussi bien le sens de l'éducation que le sens de la vie des générations ; car cette tâche vitale en sa plénitude n'est réalisable que dans la mesure où les parents savent s'unir non seulement par l'acte physique, mais encore par une liaison d'âme, prélude d'une union durable qui a pour condition le choix juste (exigence si fréquente dans les mythes), lui-même conditionné par l'harmonie des désirs, par la juste mesure, par l'absence d'exaltation imaginative..." (pg. 165)

 

Les travaux de Paul Diel sur la compréhension du langage symbolique ont permis des applications pratiques essentielles dans le domaine de la rééducation des différentes formes d’inadaptation familiale ou sociale.

 

Paul Diel, Le symbolisme dans la mythologie grecque, préface de Gaston Bachelard, Petite Bibliothèque Payot, 250 pages.

 

Oeuvres de Paul Diel parues aux Editions Payot :

 

La peur et l'angoisse - Psychologie de la motivation - La divinité, le symbole et sa signification - Les principes de l'éducation et de la rééducation - Le symbolisme dans la Bible  - Le symbolisme dans l'Evangile de Jean

 


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