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Aux Terminales ST2S :

 

A la suite du travail préparatoire fait en classe, je vous propose le corrigé suivant  :

 

La mot culture vient du latin "colere" qui signifie "cultiver la terre" ; on oppose traditionnellement la culture à la nature. La nature relève de l'inné, la culture de l'acquis. Un champ cultivé a été labouré, ensemencé, c'est le contraire d'une "friche". Un homme cultivé a des connaissances variées, plus ou moins approfondies - plus générales que spécialisées. "Education" vient de "educatio", de "ducere", conduire ; éduquer, c'est littéralement sortir le petit animal humain de la nature, le conduire de la nature vers la culture.

 

Se cultiver, c'est acquérir des connaissances, des savoirs, alors que l'idée d'éducation est plutôt associée à des "savoir être" ; un enfant "bien éduqué" est un enfant poli, obéissant.

 

L'exemple des enfants sauvages nous montre qu'il est possible, bien qu'heureusement rare, car ce sont des cas tragiques, de trouver, par accident,  des "êtres" qui ne sont ni cultivés, ni éduqués. Les enfants sauvages ne sont ni des animaux, ni des hommes, ce sont des anomalies, des "monstres" (cf. Lucien Malson).

 

Est-il possible d'être cultivé sans être éduqué ? Nous verrons malheureusement que oui et cette possibilité (la barbarie dans la culture) a préoccupé de nombreux penseurs contemporains (Paul Valéry, Albert Camus, Stefan Zweig, Cornelius Castoriadis, Theodor Adorno, George Steiner...)

 

N.B. : Cette partie du devoir constitue la réponse directe à la question posée. On peut se demander par exemple, à la suite de George Steiner, comment il se fait que le nazisme se soit développé dans l'une des cultures européennes les plus avancées, la patrie de Bach, de Beethoven et de Goethe, ou comment des productions spectaculaires de la raison humaine (la science et la technique) ont-elles pu coexister avec la barbarie et même se mettre à son service ?

 

Il convient montrer que la culture ne prémunit pas de la barbarie : certains participants à la conférence de Wannsee qui planifia la "solution finale", c'est-à-dire l'élimination physique de tous les Juifs d'Europe étaient des juristes distingués, Martin Heidegger, l'un des plus grands philosophes allemands de son temps a justifié et approuvé le nazisme (au moins jusqu'en 1942)... Il faut donc constater qu'il existe un déséquilibre entre le niveau élevé de nos connaissances, la maîtrise indiscutable que nous avons acquis sur la nature et le peu de maîtrise et de connaissances que nous avons acquis sur nous-mêmes.

 

On peut s'interroger sur la conception "moderne" de la raison, depuis Galilée (cf. E. Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale ou les réfléxions de C.G. Jung sur la bombe atomique).

 

Il est également possible, comme nous le verrons,  d'être éduqué sans être cultivé.  

 

La société de masse a tendance à produire des individus qui ne sont pas à proprement parler "sauvages" comme Victor de l'Aveyron quand on l'a trouvé, mais qui ne sont ni éduqués ni cultivés. Est-ce légitime, est-ce conforme à l'éthique ? Certainement pas et c'est même très inquiétant pour l'avenir de nos sociétés "démocratiques"

 

N.B. : souligner le lien entre "démocratie", "culture" et "éducation" en vous référant à la philosophie des Lumières (en particulier à Condorcet et aux fondateurs de l'Ecole républicaine)

 

Nous évoquerons enfin, dans une troisième partie, pourquoi la conciliation idéale de l'éducation et de la culture est souhaitable et nécessaire.

 

N.B. : il conviendrait de montrer, dans cette troisième partie, la dimension historiale de cet idéal : l'idéal grec de l'homme beau et vertueux (aner kalos ka'gathos), l'idéal romain de l'âme saine dans un corps sain ("mens sana in corpore sano"), la notion de "sainteté" dans le christianisme, l'idéal humaniste de la Renaissance, la figure de l'honnête homme au XVIIème siècle, celle de l'homme instruit et délivré des préjugés du siècle des Lumières et s'interroger sur la question de savoir si nous avons encore des "modèles" : les saints, les héros, les savants - pensez par exemple à la figure emblématique de Louis Pasteur au XIXème siècle... et les problèmes posés par la subjectivisation (j'aurais voulu, dit Jean-Paul Sartre "ne me tenir que de moi-même" et la relativisation ("à chacun sa vérité") des valeurs dans le monde moderne.

 

Citations : 

 

"La culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié." (Edouard Herriot)


"La culture ne prémunit pas contre la barbarie." (George Steiner)


"J'ai passé ma vie à essayer de comprendre pourquoi la haute culture n'avait pas réussi à empêcher la barbarie." (George Steiner)


"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme." (François Rabelais)


"Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il vient à perdre son âme ?" (Mt. 16,26)

 

Qu'est-ce que la culture ? A quoi sert-elle ? Une culture donnée peut-elle s'arroger le droit de dominer ou de nier les autres cultures ? La culture prémunit-elle contre la barbarie ? George Steiner a montré que non avec l'exemple de l'Allemagne nazie, mais alors elle est un scandale pour l'esprit, une dissociation intolérable.

"Quatuor Rosé. Au milieu de cette splendide oeuvre tardive, l'adagio de l'opus 125 de Beethoven, je sens sourdre en moi une question : comment est-il possible que dans le monde où existe une telle splendeur, en ce moment, à cette heure précise des hommes se déchirent à coups d'obus ? Question sans réponse. Tandis que résonnaient les sons divins, cela était pour moi plus insaisissable que la mort même", écrivait dans son Journal, le 14 décembre 1915, l'écrivain autrichien Stefan Zweig. Sigmund Freud, dont Zweig fut l'ami et le biographe montrera dans Malaise dans la Civilisation (1929) que cette dualité s'enracine dans les profondeurs de la psyché humaine.


"L'une des oeuvre marquantes de la philosophie du langage, écrit George Steiner, la lecture sans doute la plus parfaite de la poésie de Hölderlin, vit le jour pour ainsi dire à portée de voix d'un camp. La plume de Heidegger ne s'est pas arrêtée, son esprit ne s'est pas tu." (George Steiner, "La culture contre l'homme", traduction française par Lucienne Lotringer, Paris, Le Seuil, 1973, p. 89)

"Toute l'angoisse et le mal-être des humains se trouvent dans le manque d'harmonisation entre les désirs multiples (matériels et sexuels) et le désir essentiel, forme élargie prise par la poussée évolutive lorsqu'elle atteint le stade humain." (Paul Diel)

 

 


 

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