Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

soucoupe-volante-copie-2.jpg

 

Le "libéralisme" à la portée de M. et Mme. tout le monde :

 

Prenez une école raélienne où l'on enseigne que les terriens ont été crées par une race supérieure d'extra-terrestres...

 

... une madrassa où l'on enseigne que l'ange Gabriel a dicté la vérité définitive au prophète Mohammed dans une grotte, y compris la "guerre sainte"...

 

... une école où l'on préconise la fonétizaçion de l'ortografe du françé...

 

... une autre où l'on enseigne que le monde a été crée en 6 jours comme nous le connaissons maintenant et que nos lointains ancêtres coexistaient avec les dinosaures...

 

... une autre encore que la Terre est plate comme une crêpe et que  le Soleil tourne autour (ce qui est "l'évidence" même)...

 

... une autre où l'on a rétabli les châtiments corporels...

 

... une autre où les enfants s'amusent toute la journée à "construire leurs propres savoirs"...

 

... une autre où on "laisse émerger" les dits savoirs...

 

... une autre où on leur fait apprendre par coeur les manuels antérieurs à 1960...

 

... et une autre enfin où une poignée d'attardés s'évertue à leur apprendre à lire, à écrire, à compter et à réfléchir...

 

Vous instaurez la "pluralité des offres éducatives", le "libre choix de l'école" le "chèque éducation", vous mettez tout ça dans un sac, vous secouez, et vous obtenez le meilleur système éducatif possible dans le meilleur des mondes possibles.

 

Il faut avoir le courage de regarder la vérité en face : Voilà où peut conduire l'idéologie libérale, le communautarisme,  le désastre du collège unique et la faillite d'une école primaire qui ne joue plus son rôle.

 

Qu'il y ait des gens pour s'en réjouir, et même des intellectuels comme Philippe Némo ou un philosophe comme Jean-Noël Dumont  et les membres de SOS Education pour ne pas voir que l'instauration du "chèque éducation", "d'écoles à la carte", la suppression des programmes nationaux et l'assimilation de l'éducation à une "marchandise" comme une autre, mène à l'éclatement de la communauté nationale et du pacte républicain me sidère.

 

La lutte contre le pédagogisme et pour l'instauration de programmes  dignes de ce nom  et de méthodes explicites ne passe pas par la "politique du pire".

 

Si je partage en partie les diagnostics, je ne suis pas d'accord avec les "remèdes". Je tenais  à ce que ce soit bien clair.

 

Voici un échange que je viens d'avoir, à ce sujet, avec René Gendre :

 

René Gendre : "Je crois savoir que Natacha Polony se réfère souvent à Kant. Kant nous dit que lorsqu'on se réfère à des origines ethniques, nous exerçons un usage privé de la raison. Nous agissons en individus "immatures",  et non pas comme des hommes libres évoluant dans la dimension de l'universalité de la raison.


Il existe une représentation dominante fâcheuse du rapport entre le privé et le public. Idéologiquement le "privé" est vu comme l'espace de l'ironie où les considérations morales sont suspendues. Le "public", lui, est conçu comme un espace des solidarité où nous obéissons à des règles et où nous efforçons de ne pas trop heurter les autres.


L'Internet des blogs et des forums entremêle dangereusement  les deux espaces ainsi perçus.


Dans "Qu'est-ce que les Lumières?" Kant éclaire cette problématique. Je cite: "L'usage public de notre propre raison doit toujours être libre, et lui seul peut répandre les Lumières parmi les hommes ; mais son usage privé peut souvent être étroitement  limité, sans pour autant empêcher sensiblement le progrès des Lumières.

 

Or j'entends par usage public de notre propre raison celui que l'on en fait comme SAVANT devant l'ensemble du public qui lit. J'appelle usage privé celui qu'on a le droit de faire de sa raison dans tel ou tel poste civil, ou fonction, qui nous est confiée".

 

Il ressort de cette lecture que l'on participe de la dimension universelle de la sphère publique qu'en tant qu'individu singulier extrait de son identification communautaire substantielle.


Par conséquent parmi ceux qui se disent défenseurs de l'école de la République il faut distinguer ceux qui entendent la privatiser et la communautariser (sans parler de la marchandiser) et ceux, à l'inverse qui entendent en faire l'outil de l'extraction des individus de leurs particularités ethniques ou nationales pour atteindre à l'universalité transnationale."

 

Ma réponse : "La distinction kantienne entre la sphère privée et la sphère publique (universelle) est fondamentale, en particulier eu égard au sujet qui nous préoccupe.

 

Internet entremêle parfois dangereusement les deux, mais quand j'exprime un point de vue privé, j'essaye de le faire entendre par un smiley, ce point d'ironie qui manquait, selon Marcel Proust à la langue française. L'ironie, en l'occurrence, non pas dire le contraire de ce que l'on pense en faisant sentir que l'on ne pense pas ce que l'on dit, mais le "cum grano salis" des Anciens qui implique le sous-entendu, la connivence, le clin d'œil : "Je vous dis cela, ne me prenez pas trop au sérieux, mais je peux aussi être sérieux."

L'un des plus grands dangers qui nous guettent actuellement, et qui guette au premier titre l'école parce que l'école est le lieu privilégié, avec la famille, de la formation de l'identité personnelle,  est ce repli sur soi communautaire qui est à l'opposé de l'esprit des Lumières, celui de Voltaire, de Goethe, de Heine, de Husserl...

 

Le petit d'homme n'est rien par lui-même, c'est une chose entendue, il faut qu'il transite provisoirement par une phase identitaire (la famille, le village, la tradition,  la communauté élargie), mais sa vocation la plus haute est de devenir une personne tendue vers l'universel.

 

C'est la grandeur de Kant et de l'héritage des Lumières que d'exiger de nous ce dépassement de l'appartenance à une communauté : je suis ceci ou cela (juif, musulman chrétien, français de souche ou d'adoption, russe ou chinois...), mais, au-delà de ma contingence en tant qu'être fini, je dois chercher à approfondir mon "essence" en répondant à l'appel de l'esprit universel et chercher, comme le disait Erasme citant Térence, un membre de l'humanité à qui "rien de ce qui est humain ne doit demeurer étranger."

 

C'est le rôle de l'Ecole, tout en respectant l'identité culturelle, religieuse, etc. de chaque enfant, de l'amener à dépasser l'étroitesse de son horizon personnel à travers la confrontation à une culture commune. 

   

Faire des "écoles à la carte" qui au nom de la "liberté éducative" ne seraient qu'un prolongement de la famille est absolument contraire à l'idéal républicain et à la tradition culturelle de la France.

 

L'Etat n'a pas non plus vocation  à se substituer à la famille, ni à dire à l'enfant "ce qu'il doit penser", mais l'Ecole doit être le lieu où, au-delà de sa communauté d'origine à laquelle il conserve un attachement légitime, il accède à la citoyenneté, à la Raison et à  la dimension de l'universalité.

 



Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :