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Le collège devrait être le lieu où l'on dispense la culture générale, au moins à partir de la classe de 4ème et en s'assurant que les élèves ont les pré requis nécessaires.

On ne commence pas à faire le toit avant les étages. Ce que l'on peut faire, en revanche, c'est dire de temps en temps aux élèves : voilà, nous sommes en train de faire le premier (ou le second) étage, mais il faudra construire le toit et voilà à quoi ressemblera la maison (vous serez capables de lire et de comprendre un texte très difficile, de résoudre une équation du nième degré...)

La culture générale, ce n'est pas ce qui reste après que l'on ait tout oublié (un vague vernis), c'est l'instant où s'établissent les interconnections, où les morceaux du puzzle s'ajustent pour former un "paysage intelligible" : pas "tout le puzzle", mais une partie ayant du sens (un morceau de ciel avec des nuages et pas un morceau de rivière avec des arbres).

"L'enseignement en séquences" est relativement bien adapté aux élèves qui ont commencé à faire les "interconnections".

Ce n'est qu'à partir du moment où l'élève connaît par exemple par coeur la conjugaison du passé simple que l'on peut se hasarder fructueusement à expliquer les deux systèmes de temps et les deux types d'énoncés en français.

Sans vouloir nier l'intérêt théorique de distinctions subtiles telles que les "énoncés ancrés ou non ancrés dans la situation d'énonciation", il  vaudrait mieux, au moins dans un premier temps, aider les élèves, dès l'école primaire, à acquérir des bases grammaticales, orthographiques, lexicales et syntaxiques  qui leur permette d'écrire une lettre ou de rédiger un récit, un portrait ou un dialogue dans un français à peu près correct.

Le problème du "collège unique" et du système d'enseignement français actuel, c'est que les élèves qui arrivent en 4ème, la classe où l'on pourrait commencer à faire de la "culture générale", n'ont pas tissé un réseau suffisamment serré de connaissances solides. Ce qui n'a rien d'étonnant quand on sait que près de 20% des élèves entrent en 6ème sans savoir lire et écrire correctement.

Rien n'a été vraiment prévu pour ces élèves-là qui accumulent les lacunes, se découragent peu à peu et finissent par perdre toute espèce de motivation.

Au nom du dogme de "l'égalité des chances" qui n'est qu'un leurre et de la "démocratisation de l'enseignement", on a supprimé peu à peu toutes les mesures d'aménagement qui rendaient la "Réforme Haby" (instauration du "collège unique" en 1975) relativement vivable : les dédoublements systématiques, les CPPN, les orientations après la 5ème, les 4ème et 3ème technologiques...

L'hétérogénéité grandissante à l'entrée en 6ème exigerait la création de 6ème de "remise à niveau" pour les élèves dont les bases sont les plus fragiles et pour lesquels les heures de "remédiation" sont inefficaces.

L'alignement de la France, au mépris de toute sa tradition intellectuelle et humaniste sur les récentes directives européennes sur le "socle commun" et "l'évaluation des compétences" laissent présager une accélération de l'érosion des savoirs, déjà mis à mal par des programmes indigents et des méthodes pédagogiques aberrantes, ainsi que l'éclatement des disciplines au nom de la "transversalité".

La pédagogie "constructiviste" postule (c'est une pure vue de l'esprit) que l'enfant est capable d'accéder immédiatement au "sens", sans passer par les éléments et elle applique ce schéma dès le début, à l'apprentissage de la lecture avec la méthode "idéo-visuelle" qui n'a jamais été abandonnée.

En réalité, il ne peut pas y avoir de synthèse (savoir lire correctement, comprendre un poème de Victor Hugo) sans analyse.

Il faudrait se demander pourquoi le constructivisme ignore délibérément la dimension analytique, mais ceci nous entraînerait peut-être un peu loin. La question est probablement en rapport avec la notion de "vérité".

Mais le rôle de l'école n'est pas de transmettre la "vérité", c'est de dire (je ne fais que répéter Hannah Arendt) : "Voici notre monde."

Voici notre "maison". Vous pouvez l'aimer et avoir envie d'y habiter, vous pouvez avoir envie d'en construire une autre où d'aller vivre en Amazonie avec des gens plus aimables qui ne vivent pas dans des maisons. Notre (modeste) rôle à nous est de vous dire (et de vous expliquer) "l'héritage".
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