Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

luc ferryhttp://www.france-info.com/chroniques-l-invite-du-matin-2010-01-07-quotas-de-boursiers-l-analyse-est-juste-mais-la-solution-completement-388993-81-188.html

 

http://bonnetdane.midiblogs.com/

 

Luc Ferry est-il devenu plus lucide depuis qu'il a quitté les "affaires" ou tout simplement plus libre, toujours est-il qu'il se démarque nettement de Richard Descoings, directeur de Sciences-Po. : selon l'ancien ministre de l'Education nationale, les quotas de boursiers et la dispense de concours d'entrée aux Grandes Ecoles pour certaines étudiants ("la discrimination positive") est une idée généreuse en apparence et  présentée de telle sorte qu'on aurait honte de ne pas y souscrire mais dont on s'abstient d'expliquer à l'opinion les "détails" et les conséquences qui vont à l'encontre des bonnes intentions affichées dont l'enfer, comme chacun sait, est pavé.

 

La réalité est sans doute un peu plus subtile en ce qui concerne les "bonnes intentions". Richard Descoings et Alain Minc savent pertinemment que l'introduction d'un quotas de boursiers ou même d'étudiants dispensés du concours dans les Grandes Ecoles ne changerait pas grand chose au système, mais constituerait un précieux alibi politique.

Luc Ferry s'est un peu emmêlé les pinceaux au sujet de la question de savoir si Sciences-Po était une Grande Ecole et n'a pas expliqué assez clairement ce qui différenciait Sciences-Po., par exemple, de Normale Sup.

L'ancien ministre n'a pas évoqué ces deux années de préparation au concours d'entrée aux Grandes Ecoles Hypokhâgne et Khâgne pour les Lettres sup., concours d'entrée qui n'existe pas à Sciences-Po. et au cours desquelles on acquiert des habitudes de travail, d'exigence vis-à-vis de soi-même et d'assiduité.

Comme le précise non sans humour Yann sur le blog "Bonnet d'âne" : "On entre effectivement à Sciences-Po par concours (qui est là synonyme de sélection, tout simplement), mais pas forcément par examen. Il faut s'inscrire aux examens, c'est un préalable.

Mais si vous avez une mention TB au bac, et un bon dossier, vous êtes susceptible d'être admis même si vous séchez l'examen !

Avec une mention TB et un dossier moins bétonné, vous allez passer un entretien, toujours sans passer l'examen. A la limite l'examen est pour les "blaireaux." (sic !)

Site de Sciences-Po. : http://www.sciences-po.fr/portail/

 On passe des examens chaque année (oraux et écrits), mais ce sont des examens internes à l'école, alors que Normale Sup. vous met en condition de préparer des examens (Licence, Maîtrise) et des concours (CAPES, Agrégation) extérieurs à Normale Sup. dans le cadre de l'université.

L'ancien ministre de l'Education nationale  s'est contenté de dire "une fois que vous y êtes entrés, vous n'en sortez plus.", ce qui ne veut pas dire grand chose et on ne comprenait pas bien s'il parlait de Sciences- Po. ou de Normale Sup.

Instaurer des quotas revient à supprimer ce concours d'entrée pour certains et le maintenir pour d'autres en fonction de la provenance sociale (et en réalité ethnique) et Richard Decoings voudrait étendre ce système à l'ensemble des Grandes Ecoles (sans vraiment préciser lesquelles :  Normale sup. ? L'Ecole vétérinaire ? L'école d'agronomie ? Polytechnique ? Saint-Cyr ? l'ENA ? HEC ?) qui ont des modes de fonctionnement très différents et où les "habitus de classe" pour parler comme Bourdieu jouent un rôle plus ou moins grand (où la culture de la "connivence" l'emporte sur les savoirs) et où la discrimination sociale induite n'est pas la même.

Elle me semble plus grande à Sciences-Po où on se refile les éternels trucs pour avoir l'air intelligent à l'oral, du style : "Qu'est que l'Amour ?", question à laquelle il est impératif, sous peine de passer pour un "blaireau", de répondre : "Un fleuve russe".

Impossible de faire la malin de la même manière devant le théorème de Fermat, un texte de Kant ou l'anatomie du... blaireau.

La généralisation de système de quotas instaurés à Sciences-Po par Richard Descoings est en effet très préoccupante parce qu'elle casse le principe de l'égalité républicaine et revient à rétablir des critères de recrutement ethniques et sociaux que l'anonymat du concours permet de mettre entre parenthèses.

Plus juste me semble être la multiplication des bourses (sans instaurer de quotas) et surtout, dès le collège,  une information en direction des "bons élèves" provenant de milieux "défavorisés".


Ceci dit, il semble que la question des bourses soit beaucoup plus complexe qu'elle ne le paraît. Un ancien élève de Sciences-Po (Quentin Girard) a même démontré récemment  en s'appuyant sur des statistiques précises que les bourses ne profitaient pas nécessairement aux étudiants les plus défavorisés.

http://www.slate.fr/story/15343/boursier-grandes-ecoles-quotas-enseignement-superieur-education

 

C'est dans les années soixante, écrit Guy Morel (Groupe Interdisciplinaire de Réflexion sur les Programmes) qu'Antoine Prost et un certain nombres d'autres experts préconisent les réformes "démocratiques" du système.


Ces réformes progressivement mises en place aboutiront à une sélection de plus en plus antidémocratique, la "reproduction" des élites sociales étant de mieux en mieux assurée. La date est importante, parce que, comme Prost l'admettra plus tard, la décision de "démocratiser" le système intervient au moment où une démocratisation réelle est en marche, le nombre d'enfants d'origine modeste accédant aux études secondaires, bac compris, ayant cru de manière très significative depuis la Libération.


Voilà donc une "démocratisation" - justifiée par des statistiques truquées sur les retards scolaires comme l'a démontré récemment Nathalie Bulle - qui casse une démocratisation réelle et assure de plus en plus la reproduction des élites sociales."

 

Ce qui revient à dire que les jeux sont déjà faits, que la politique des "quotas" préconisée par Richard Descoings et Alain Minc ne fonctionnera qu'à la marge.

 

La vérité, c'est que les réformes aberrantes des programmes et des méthodes d'enseignement à partir des années 60 : généralisation de la méthode globale inspirée de la méthode "idéo-visuelle" de Foucambert, elle-même inspirée des méthodes de lecture rapide venues des Etats-Unis, efficaces pour des adultes désireux de "prélever rapidement des informations" dans un journal et absolument désastreuses pour des enfants qui apprennent à lire, remplacement des mathématiques traditionnelles par les mathématiques dites "modernes" et de la grammaire par "l'observation raisonnée de la langue"  (ORL) a surtout profité aux enfants des milieux les plus favorisés (dont les parents pouvaient pallier les insuffisances de l'école), laissant au bord du chemin des centaines de milliers d'enfants des classes populaires.


On fait semblant de s'apercevoir aujourd'hui du fait que le pourcentage de ces enfants-là dans les Classes Préparatoires et les Grandes Ecoles  a baissé (de 30% environ) sans pour autant se demander pour quelle raison.


Dans cette affaire, la "Gauche libertaire" fut un précieux auxiliaire de la reproduction sociale : Pierre Bourdieu qui la renforçait en même temps qu'il la dénonçait, Philippe Meirieu, l'inspirateur de la Loi d'orientation de 89 avec son "élève au centre d'un système", un système entièrement tourné vers la "socialisation" et non plus vers les savoirs, Evelyne Charmeux, agrégée de grammaire, infatigable démolisseuse de l'enseignement de la grammaire et de la lecture, pour n'en citer que quelques uns.

 

Le moyen le plus sûr de "démocratiser" le système n'est pas d'instaurer des quotas, mais de traiter le problème en amont en donnant à tous les élèves, dès l'école primaire, quelle que soit leur origine sociale, les moyens de réussir leur scolarité ultérieure en leur transmettant des connaissances solides et des habitudes de travail.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :