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Henri David Thoreau, La désobéissance civile, traduction de l'anglais et postface de Guillaume Villeneuve, illustrations de Stéphane Richard, Editions Mille et Une Nuits (Arthème Fayard)

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Le 25 juillet 1846, Sam Staples, agent de recouvrements des impôts locaux lui ordonne de payer six ans d'arriérés. Thoreau, qui refuse de payer ses impôts à un État qui admet l'esclavage et fait la guerre au Mexique, est arrêté alors qu'il se rend chez son cordonnier puis emprisonné durant une nuit, mais relâché le jour suivant, une de ses tantes ayant payé, contre son gré, les arriérés à sa place. Cet événement marque la pensée de Thoreau et nourrit ses réflexions qui constitueront son essai politique, La Désobéissance civile.

Poète, essayiste, mémorialiste, Thoreau (1817-1862) est l'auteur de l'inoubliable Walden ou la Vie dans les bois. Près de cent cinquante ans après sa parution, La Désobéissance civile, qui s'ouvre sur cette pensée toujours actuelle : "Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins.", demeure l'un des plus beaux pamphlets jamais écrits contre la puissance abusive de l'Etat.

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Gandhi a lu, en prison, le livre La Désobéissance civile de Thoreau et en a tiré l'idée de résister par la non-violence ou « ahimsa » en hindi.

"Je n'ai payé aucun impôt local depuis six ans. On m'a mis en prison une fois pour cette raison, une nuit. Et comme je regardais les murs de pierre massive, épais de deux ou trois pieds, la porte de bois et de fer épaisse d'un pied, la grille de fer qui altérait la lumière, je ne pouvais m'empêcher d'être frappé par la stupidité de cette institution qui me traitait comme si je n'étais rien que chair et os, à enfermer. Je m'étonnais qu'elle ait fini par conclure que c'était le meilleur usage qu'elle pouvait faire de moi et qu'elle n'ait jamais songé à profiter de mes services de quelque autre manière. Je voyais bien que s'il y avait un mur de pierres entre moi et mes concitoyens, il y en avait un d'encore plus difficile à escalader ou à percer avant qu'ils puissent être aussi libres que moi. Je ne me sentais pas un seul instant à l'étroit et ces murs paraissaient seulement un vaste gâchis de pierre et de ciment..." (H.D. Thoreau, La désobéissance civile, Les Mille et Une Nuits, p. 33)

 

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"La majorité ou la tyrannie silencieuse

 

La Désobéissance civile est l'un des textes fondateurs de la contestation sociale du XIXème et du XXème siècles. En même temps, ce pamphlet s'inscrit dans toute une tradition de réflexions politiques qui court depuis l'Antiquité, de Platon à Thomas Jefferson, via le Discours de la servitude volontaire d'Etienne de la Boétie. Il tire aussi ses racines de la Révolution américaine de 1775 et 1776 - on notera que Thoreau n'y fait aucune allusion à la prétendue "Patrie des Droits de l'Homme", ni à sa fameuse Révolution plus tardive de quinze ans -, et il donnera des fruits chez des "révoltés" aussi célèbres qu'éloignés dans le temps et l'espace : Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King, tous trois non-violents.

Quand Henri David Thoreau publie son Essai, en 1849, l'esclavage est déjà aboli depuis 1833 dans l'Empire britannique (rappelons que la France ne l'a aboli qu'en 1848), et l'insurrection de l'abolitionniste John Brown n'interviendra que dix ans plus tard. Il faudra une guerre pour voir l'esclavage supprimé, "la forme la pire, la plus antisociale, de la tyrannie des hommes sur les hommes" selon la formule de John Stuart Mill.

Car tel est le problème central de l'Essai qui nous occupe. Quand après le Platon de la République, Thoreau pose la question : "Qu'est-ce que la justice ?", il doit la compléter par celle-ci : "Qu'est-ce que la bonne conscience ?" Une société juste peut-elle s'accommoder aussi facilement de l'asservissement d'êtres en tous points nos égaux ? Le "plus grand bien du plus grand nombre" peut-il reposer sur le malheur absolu d'un petit nombre ? Puis-je me contenter d'un sort confortable quand je sais qu'il prospère sur l'exploitation ? Le juste que je crois être peut-il vivre de schizophrénie, savoir ce qu'il devrait faire et continuer à vivre dans la lâcheté et l'erreur ? Thoreau pose des questions qui gardent toute leur actualité : quand il évoque ceux "qui subordonnenet la question de la liberté à celle du libre-échange", on peut penser, par exemple, à nos rapports commerciaux avec la Chine, oppresseur du Tibet. A l'Union américaine d'avant la Sécession, il demande, comme on pourrait le demander aux Français de cette fin de siècle, si la loi de majorité est forcément démocratique ; si la loi rend forcément juste ; si le précepte antique summum jus summa injuria (le comble de la loi est le comble de l'injustice) ne garde pas toute sa valeur quand la loi prescrit l'inacceptable." (Guillaume Villeneuve)

 

 

 

 

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