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Freud-Sigmund-L-inquietante-Etrangete-Et-Autres-Essais-Livr.jpg

 

Sigmund Freud, L'inquiétante étrangeté (Das Unheimliche) et autres Essais, folio Essais Gallimard, traduit de l'allemand par Bertrand Féron, 1985.

 

Le premier texte : "Quelques types de caractère dégagés par le travail psychanalytique" a été traduit par André Bourguignon, Alice Cherki et Pierre Cotet.

 

Cette édition reprend dans une traduction nouvelle et annotée les textes qui figuraient jusqu'alors dans les Essais de psychanalyse appliquée. Ils apparaissent ici, augmentés d'une étude sur l'humour, dans l'ordre chronologique de leur publication.

 

"Les textes de Freud que nous publions ici dans une traduction nouvelle et annotée sont ceux qui figuraient auparavant dans le recueil intitulé Essais de psychanalyse appliquée (trad. Marie Bonaparte et Mme. Ed. Marty, Gallimard, coll. Les Essais, 1933). Nous n'avons pas maintenu ce titre pour notre édition, d'abord parce qu'il n'est pas de Freud, ensuite parce qu'il conduit à ranger les textes en question dans une classe particulière d'écrits où Freud s'emploierait à appliquer à des objets extérieurs à la psychanalyse des conceptions théoriques et une méthode qui auraient été découvertes et validées ailleurs, notamment dans le cadre du traitement psychanalytique. Or c'est là une vue fort discutable et discutée, dont le lecteur de ces Essais peut mesurer la fragilité. Nous avons donc préféré choisir pour titre celui de l'un d'eux, le plus apte, selon nous, à désigner ce qui est l'objet même de la psychanalyse : Das Unheimliche - ce qui n'appartient pas à la maison et pourtant y demeure.

 

Plutôt que de recourir au classement arbitraire par "thèmes", nous proposons les textes dans l'ordre chronologique de leur publication. Nous faisons figurer dans le recueil l'étude sur l'humour (1927) qui apparaissait dans les éditions précédentes à la suite du Mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient (1905)

 

Signalons enfin que, comme les autres volumes de cette série, les notes appelées par des chiffres sont de Freud, celles appelées par des lettres des notes de traduction et d'édition. Les numéros en marge sont ceux des Gesammelte Werke (en abrégé G.W.) (J.-B. Pontalis)

 

Table des matières :

 

I. L'établissement des faits par voie diagnostique et la psychanalyse (Tatbestandsdiagnostik und Psychoanalyse, 1906) :

 

Ce texte paru dans la traduction Bonaparte-Marty sous le titre de "La Psychanalyse et l'établissement des faits en matière judiciaire par une méthode diagnostique" est celui d'une conférence faite en juin 1906, à la demande du professeur Löffler, qui enseignait le Droit à l'université de Vienne, devant les étudiants de son séminaire. Son titre fait echo à celui d'un ouvrage de C.G. Jung paru la même année : "Die psychologische Diagnose des Tatbestandes" (Le diagnostic psychologique de l'établissement des faits)

 

II. Le créateur littéraire et la fantaisie (Der Dichter und das Phantasieren, 1908)

 

Paru dans la traduction Bonaparte-Marty, sous le titre de "La création littéraire et le rêve éveillé", cet Essai a pour point de départ une conférence que Freud fit le 6 décembre 1907, devant une centaine de personnes, dans les locaux de l'éditeur et libraire viennois Hugo Heller, membre de la Société psychanaytique de Vienne. Un résumé de la conférence parut le lendemain dans le quotidien Die Zeit. La version définitive rédigée par Freud ne parut qu'au début de 1908 dans la Neue Revue, revue littéraire qui venait de se créer à Berlin.

 

Freud s'interroge sur la source de la création littéraire, établit un parallèle entre le créateur littéraire (Dichter) et l'enfant qui joue et souligne le rôle du rêve éveillé et du désir.

 

"Le créateur littéraire fait donc la même chose que l'enfant qui joue ; il crée un monde de fantaisie, qu'il prend très au sérieux, c'est-à-dire qu'il dote de grandes quantités d'affect, tout en le séparant nettement de la réalité..." (p. 34)

 

"Le créateur littéraire atténue le caractère du rêve diurne par des modifications et des voiles, et il nous enjôle par un gain de plaisir purement formel, c'est-à-dire esthétique, qu'il nous offre à travers la présentations de ses fantaisies. Un tel gain de plaisir, qui nous est offert pour rendre possible par son biais la libération d'un plaisir plus grand, émanant de sources psychiques plus profondes, c'est ce qu'on appelle une prime de séduction ou un plaisir préliminaire. Je pense que tout le plaisir esthétique que le créateur littéraire nous procure, porte le caractère d'un tel plaisir préliminaire et que la jouissance propre de l'oeuvre littéraire est issue du relâchement des tensions siégeant dans notre âme. Peut-être même le fait que le créateur littéraire nous mette en mesure de jouir désormais de nos propres fantaisies, sans reproche et sans honte, n'entre-t-il pas pour peu dans ce résultat." (p. 46)

 

 

III. Sur le sens opposé des mots originaires (Uber den Gegensinn der Urworte), 1910) 

 

Paru dans la traduction Bonaparte-Marty sous le titre de "Des sens opposés dans les mots primitifs". Dans les éditions antérieures à 1924, le titre est placé entre parenthèses. Il est suivi du sous-titre : "A propos de la brochure du même nom de Karl Abel, 1884."

 

Les nombreuses mentions de l'ouvrage de K. Abel qu'on trouve dans l'oeuvre de Freud (par exemple L'Interprétation des rêves, 1900), chap. VI, C, note de la page 274) témoignent de l'intérêt que portait celui-ci à ce travail. Il faut relever à ce propos que la brochure de K. Abel était parue en 1884 et qu'elle ne correspondait plus tout à fait à l'état de la recherche en 1910, notamment dans le domaine de l'égyptologie.

 

On trouvera une discussion de l'article de Freud dans l'étude d'Emile Benveniste  intitulée "Remarques sur la fonction du langage dans la découverte freudienne" (1956), repris dans Problèmes de linguistique générale, vol. I, p. 75-87 (Gallimard, 1966)

 

La possibilité de représenter une chose par son contraire, le fait que l'inconscient ignore le "non" et se joue de principe de non-contradiction coïnciderait avec l'origine même des langues.

 

"Ce qui m'a amené à comprendre cette singulière tendance du travail du rêve (Traumarbeit) à ne tenir aucun compte de la négation et à exprimer des choses opposées par le même moyen représentatif, c'est d'abord la lecture fortuite d'un ouvrage du linguiste K. Abel, qui, publié en 1884 sous forme de brochure séparée, a ensuite également trouvé place l'année suivante parmi les Sprachwissenschaftiche Abhandlungen." (Essais de linguistique) (p. 52)

 

"L'homme n'a justement pu conquérir ses concepts les plus anciens et les plus simples autrement qu'en les opposant à leur opposé, et ce n'est que progressivement qu'il a appris à isoler les deux versants de l'antithèse et à penser l'un sans le mesurer consciemment à l'autre." (p. 55)

 

"Dans la concordance, que nous avons souligné d'emblée, entre la particularité du travail du rêve et la pratique des langues les plus anciennes mise au jour par le linguiste, nous sommes autorisés à apercevoir une confirmation de notre conception du caractère régressif et archaïque de l'expression de la pensée et du rêve. Et à nous psychiatres s'impose comme une présomption impossible à écarter l'idée que nous comprendrions mieux et que nous traduirions plus aisément la langue du rêve si nous en savions plus sur l'évolution de la langue."

 

Note 1 : "On est également tenté de supposer que le sens opposé originaire des mots représente le mécanisme préformé qui est mis à profit par le lapsus par énonciation du contraire au service de tendances variées." (p. 60)

 


Note 2 : "Ainsi, lorsque Emile Benveniste, le premier linguiste qui écrivit ses « Remarques sur la fonction du langage dans la découverte freudienne » s’intéressa au « sens opposé des mots primitifs », ce ne fut nullement pour valider les spéculations étymologiques de Carl Abel – où Freud avait cherché un socle à sa découverte selon laquelle l’inconscient ignore la négation. L’article de Benveniste rappelle que le même mot ne signifie pas deux « sens » opposés, mais deux « perceptions » du même sujet de l’énonciation qui se déplace dans l’espace. Et il laisse entendre qu’il existe des langues primitives dont on peut retrouver des vestiges dans les codes de communication actuels – qui, comme celui du rêve et de l’inconscient (celui du Ça et non des représentations inconscientes), véhiculent des quasi-signes sensoriels. Le pas était franchi pour inclure dans l’objet « langage » la sensation-perception d’un « agir » pré- ou translinguistique du sujet parlant dans le monde.  


La théorie linguistique d’Antoine Culioli devait approfondir cette perspective, en reprenant l’ancienne notion des stoïciens grecs, le « lekton » – oublié par le « signe »  selon Saussure –, c’est-à-dire le signifiable. En effet, le signe linguistique se réfère non à un référent-objet opaque mais, à travers lui, à un ensemble ouvert constitué de sensations-affects-pulsions qui manifestent la négociation conscient/inconscient requise dans l’acte de signifier du sujet. Ceci rappelle le modèle freudien du signe : Représentations de mots vs Représentations de choses, à condition d’ajouter que la « chose » inconsciente n’est jamais « en soi », mais qu’elle est chose de désir, donc d’« énaction » (d’agir) : la « représentation de chose » est contextualisée et agie, et par conséquent elle se donne d’emblée dans une « enveloppe prénarrative », au sens de Daniel Stern. Le linguiste découvre alors que la langue elle-même peut fonctionner comme une articulation prédicative de quasi-signes et de microrécits qui ne se contentent pas d’être des métaphores, mais déclenchent une expérience sensorielle « plus-que-métaphorique », je dirais métamorphique. Le « signifiable » sera un mélange de sensations, affects et mémoire culturelle : par exemple, « au ras des pâquerettes », « qui dort dîne » ou « avoir les yeux plus gros que le ventre » De quoi créer le charme, la magie de ce lien identitaire qu’est la langue dite maternelle ou nationale ; mais aussi son pouvoir de subjugation, doublure de fascination et d’horreur. (Julia Kristeva, "Parler en Psychanalyse")

 


IV. "Le motif du choix des coffrets" (Das Motiv der Kästchenwahl, 1913). Paru dans la traduction Bonaparte-Marty sous le titre "Le thème des trois coffrets"

 

Selon Ernest Jones, qui se fonde sur la correspondance de Freud, l'idée de ce texte serait née en juin 1912. Il fut publié l'année suivante. Dans une lettre à Ferenczi (7 juillet 1913), Freud parle du fait d'avoir trois filles comme d'un "élément subjectif" ayant joué un rôle dans la composition de cet article.

 

Freud s'intéresse ici à deux scènes, l'une amusante, l'autre tragique dans Le marchand de Venise et Le roi Lear de W. Shakespeare ainsi qu'à deux contes de  Grimm : Les douze frères et les Six cygnes. Il montre que le motif du choix entre trois coffrets ou entre trois soeurs plonge ses racines dans la mythologie orientale et gréco-romaine, renouvelant le thème des trois Moires :

 

"La création des Moires (qui président à la naissance, à la vie et à la mort) est le résultat d'une connaissance qui rappelle à l'homme que lui aussi est une parcelle de la nature et qu'à ce titre, il est soumis à l'immuable loi de la mort.

 

Contre cet assujettissement, il fallait que quelque chose protestât en l'homme, car il ne renonce qu'avec le plus grand déplaisir à sa position d'exception. Nous savons que l'homme utilise l'activité de sa fantaisie pour satisfaire ceux de ses désirs qui ne sont pas satisfaits par la réalité. C'est ainsi que sa fantaisie s'est rebellée contre la connaissance incarnée par le mythe des Moires, et qu'il a crée le mythe qui en est dérivé, dans laquelle la déesse de la mort est remplacée par la déesse de l'amour ou ses équivalents à figure humaine.

 

La troisième des soeurs n'est plus la mort, elle est la plus belle, la meilleure, la plus désirable, la plus aimable des femmes. Et cette substitution ne présentait aucune difficulté technique ; elle était préparée par une antique ambivalence, elle a suivi le fil d'un lien archaïque qui ne pouvait être oublié depuis longtemps." (p. 78)

 

"Nous avons l'impression que s'opère chez le créateur littéraire la réduction du motif au mythe d'origine, de sorte que nous éprouvons à nouveau le sens saisissant de celui-ci, que la déformation avait affaibli. Ce serait par cette réduction de la déformation, le retour partiel à l'originel, que le créateur littéraire obtiendrait l'effet plus profond qu'il provoque en nous." (p. 79)

 

V. "Le Moïse de Michel-Ange" (Der Moses des Michelangelo, 1914)

 

Freud vit pour la première fois le Moïse de Michel-Ange en septembre 1901, lors de son premier séjour à Rome. Après cette date, il ne cessa d'aller revoir la statue lorsqu'il se rendit dans la ville éternelle. Le projet de l'étude remonte à 1912. Le 25 septembre de la même année, il écrit de Rome à sa femme : "... Je rends visite tous les jours au Moïse de san Pietro in Vincoli, sur lequel j'écrirai peut-être un jour quelque chose." Il ne se mit cependant au travail qu'en automne 1913. Bien des années plus tard, il écrivit à Eduardo Weiss, en se référant à cet essai : "Pendant trois semaines de solitude, en septembre 1913 (en fait 1912), je suis resté debout tous les jours dans l'église, en face de la statue, l'étudiant, la mesurant, la dessinant, jusqu'à ce qu'éveille en moi cette compréhension que, dans mon essai, je n'ai osé présenter que d'une façon anonyme. Ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai légitimé cet enfant non analytique. L'article parut dans la revue Imago comme étant rédigé par ***, l'anonymat ne fut levé qu'en 1924. 

 

 

VI. "Parallèle mythologique à une représentation obsessionnelle plastique" (Mythologische Parallele zu einer plastischen Zwangsvorstellung, 1916) 

 

Freud écrivit ce court article à l'époque où il prononçait, à l'université de Vienne, ses premières Conférences d'introduction à la psychanalyse

 

VII. "Quelques types de caractère dégagés par le travail psychanalytique" (Einige Charaktertypen aus der Psychoanalytischen Arbeit, 1916)

 

Paru dans la traduction Bonaparte-Marty sous le titre de "Quelques types de caractère dégagés par la psychanalyse"

 

Freud s'interroge sur "l'inquiétante étrangeté de certaines conduites : se considérer comme une exception et justifier - comme le personnage de Richard III de Shakespeare - le fait de tout se permettre, par des préjudices causés par la nature ou par la vie, échouer exprès pour éviter le succès, s'effondrer, comme la Lady Macbeth de Shakespeare, après avoir atteint le succès pour lequel on avait lutté avec une énergie imperturbable, se rendre coupable d'un délit pour se soulager d'un sentiment de culpabilité...

 

Freud consacre plusieurs pages à l'étude d'une pièce d'Ibsen : Rosmersholm et à l'analyse du caractère du personnage principal, Rebecca.

 

"Après ce long séjour dans la création littéraire, revenons maintenant à l'expérience des médecins. Mais seulement pour constater en peu de mots leur concordance totale. Le travail psychanalytique apprend que les forces de la conscience morale par lesquelles  nous devenons malades du fait du succès, comme on le devient ordinairement du fait de la frustration, dépendent intimement, comme eput-être toute notre conscience de culpabilité, du complexe d'Oedipe, du rapport au père et à la mère."

 

La troisième partie de l'étude : "criminels par conscience de culpabilité" s'intéresse à l'inquiétante étrangeté des actes  illicites commis pendant la période prépubertaire de "personnes honorables (vols, tromperies, incendies volontaires, etc.). Selon Freud, de tels actes sont commis avant tout parce qu'ils sont interdits et que leur accomplissement constitue pour leurs auteurs un soulagement psychique d'un sentiment de culpabilité qui leur préexiste. Cet obscur sentiment de culpabilité provient du complexe d'Oedipe : il est une réaction aux deux grands desseins criminels, tuer son père et avoir des rapports sexuels avec sa mère. Comparés à ces deux grands desseins, les crimes commis pour obtenir obtenir une fixation du sentiment de culpabilité (sur des motifs forcément moins graves) sont assurément un soulagement pour l'homme tourmenté..."

 

L'article se termine par une intéressante référence à Nietzsche : "Un ami m'a fait ultérieurement remarquer que le "criminel par sentiment de culpabilité" était également connu de Nietzsche. La prééxistence du sentiment de culpabilité et sa rationalisation par le recours à l'acte, transparaissent dans les discours de Zarathoustra "Du pâle criminel". On peut se demander, du reste, si Nietzsche n'a pas lui-même emprunté ce thème à Dostoïevski (Crime et Châtiment).

 

 

VIII. "Une difficulté de la psychanalyse" (Eine Schwierigkeit der Psychoanalyse, 1917)

 

Un homme de Lettres hongrois, H. Ignatus, invita Freud à donner un article au périodique Nyugat dont il était l'éditeur. Freud lui adressa le texte qui suit. L'aticle, écrit à la fin de 1916, fut d'abord publié dans une traduction hongroise, sous le titre de "A pszihoanalizis egy nehézségéröl", dans les premiers jours de 1917. Imago publia le texte original deux ou trois mois plus tard. Freud revint au même sujet des "trois atteintes portées au narcissisme humain" à la fin de la XVIIIème des Conférences d'introduction à la psychanalyse (1916-1917)

 

Freud revient sur la définition des notions de "libido" et de "refoulement" et rappelle que "l'effort thérapeutique consiste à soumettre à révision le processus du refoulement et à diriger le conflit vers un dénouement meilleur et compatible avec la santé". Il rappelle que le narcissisme, mot formé en souvenir de la légende grecque de l'adolescent Narcisse qui était amoureux de sa propre image, est "l'état dans lequel le moi garde la libido auprès de lui-même".

 

"... Après cette introduction, je voudrais exposer que le narcissisme universel, l'amour-propre de l'humanité, a subi jusqu'à ce jour trois grandes vexations de la part de la recherche scientifique." (p. 181) :

 

 

1°) La vexation cosmologique :

 

L'idée que la terre tourne autour du soleil et n'est pas le centre de l'univers (Nicolas Copernic et la théorie de l'héliocentrisme) (p. 182)

 

2°) La vexation biologique :

 

L'idée que "l'homme n'est rien d'autre ni rien de mieux que les animaux, qu'il est lui-même issu de la série animale, apparenté de près à certaines espèces, de plus loin à d'autres et que ses acquisitions ultérieures ne sont pas parvenues à effacer les témoignages de cette équivalence, présents tant dans son anatomie que dans ses dispositions psychiques." (Darwin et la théorie de l'évolution) (p. 183)

 

3°) La vexation psychologique :

 

"Ces deux élucidations que la vie pulsionnelle de la sexualité en nous ne peut être domptée entièrement, et que les processus psychiques sont en eux-mêmes inconscients, ne sont accessibles au moi et ne sont soumis à celui-ci que par le biais d'une perception incomplète et peu sûre, reviennent à affirmer que le moi n'est pas maître dans sa propre maison." (Freud et la psychanalyse) (p. 186)

 

Mais où réside cette fameuse "difficulté" de la psychanalyse ? Elle réside dans le fait que la "vexation psychologique" infligée au narcissisme du moi par la psychanalyse constitue un obstacle majeur à son acceptation et à sa diffusion : "Rien d'étonnant de ce fait que le moi n'accorde pas sa faveur à la psychanalyse et lui refuse obstinément tout crédit." (p. 187)

 


IX. "Un souvenir d'enfance de "Poésie et vérité" (Eine Kindheitserinnerung aus Dichtung und Wahreit, 1917)

 

Paru dans la traduction Bonaparte-Marty sous le titre de "Un souvenir d'enfance dans Fiction et Vérité de Goethe".

 

Cette étude procède de deux communications faites par Freud devant la Société psychanalytique de Vienne, la première le 13 décembre 1916, la seconde le 18 avril 1917. Aucun compte rendu ne semble en avoir été rédigé. Il manque en tout cas dans les Minutes de la Société.

 

L'article fut écrit en 1917, dans le train qui ramenait Freud des Tatras, où il venait de passer ses vacances d'été, à son domicile viennois.

 

Pourquoi des enfants, par ailleurs dociles et affectueux, éprouvent-ils parfois le besoin de se rendre odieux, par exemple en jetant des objets (de la vaisselle) par la fenêtre ?  Freud tente d'expliquer "l'inquiétante étrangeté" des comportements enfantins en analysant d'un point de vue psychanalytique le contexte familial d'un souvenir d'enfance de Goethe.

 

X." L'inquiétante étrangeté" (Das Unheimliche, 1919) 

 

Freud mentionne cet article, paru en 1919, dans une lettre à Ferenczi datée du 12 mai de la même année. Il y déclare qu'il a exhumé un ancien travail oublié dans un tiroir et qu'il est en train de le réécrire. On ne connaît pas la date de la première version ; on ne sait pas non plus ce qui en a été modifié. La note de la page 245 qui cite Totem et tabou montre que le sujet de "l'inquiétante étrangeté" occupait déjà Freud au moment où il rédigeait cet ouvrage (1912-1913). Les passages qui parlent de la "contrainte de répétition" (p. 236 et suiv.) appartiennent à coup sûr à la nouvelle version. Ils annoncent les thèses d'Au-delà du principe de plaisir que Freud publiera l'année suivante.

 

"L'inquiétante étrangeté est cette variété particulière de l'effrayant qui remonte au depuis longtemps connu, depuis longtemps familier. Comment cela est possible, à quelles conditions le familier peut devenir étrangement inquiétant, effrayant, c'est ce qui ressortira par la suite..." (p. 215)

 

 

XI. "Une névrose diabolique au XVIIème siècle"  (Eine Teufelsneurose im Siebzehnten Jahrhundert, 1923)

 

 

Paru dans la traduction Bonaparte-Marty, sous le titre de "Une névrose démoniaque au XVIIème siècle"

 

Freud rédigea cet essai au cours des derniers mois de 1922. Il expose lui-même dans le premier chapitre ce qui le détermina à entreprendre ce travail. Freud d'intéressait depuis de nombreuses années à la sorcellerie, à la possession diabolique et aux phénomènes similaires. Peut-être son intérêt avait-il été stimulé durant son séjour à la Salpêtrière, auprès de Charcot, en 1885-1886. Les Leçons sur les maladies du système nerveux, dont Freud publia la traduction allemande en 1886, rapportent un cas de possession du XVIème siècle. Dans la Leçon du mardi, que Freud traduisit également (1892-1894), Charcot discute d'autre part du caractère hystérique de la "démonomanie" médiévale. Enfin, dans l'article nécrologique qu'il consacra à Charcot (1893), Freud insista particulièrement sur cet aspect des travaux de son maître.

 

Deux lettres à Fliess (17 et 24 janvier 1897) traitent des sorcières et de leurs relations avec le diable. Freud y relève que celui-ci est peut-être une figure paternelle et souligne la part d'imagination anale qui entre, au Moyen-Âge, dans la croyance aux sorcières.

 

Nous savons par Jones et les Minutes de la Société psychanalytique de Vienne que le 27 janvier 1909 l'éditeur et libraire Hugo Heller fit devant cette société (dont il était lui-même membre) une communication sur l'histoire du diable et que, dans la discussion qui suivit, Freud développa longuement ses propres idées.

 

"La théorie démonologique de ces temps obscurs a gardé sa validité à l'encontre de toutes les conceptions somatiques de la période des sciences "exactes". Les possessions sont les équivalents de nos névroses, pour l'explication desquelles nous avons à notre tour recours à des puissances psychiques. Les démons sont à nos yeux des désirs mauvais, rejetés, des descendants de motions pulsionnelles mises à l'écart, refoulées. Ce que nous refusons, c'est simplement la projection dans le monde extérieur à laquelle le Moyen-Âge soumettait ces entités psychiques ; nous postulons qu'elles sont le produit de la vie intérieur des malades, où elles ont leur demeure." (p. 270)

 

XII. "L'humour" (Der Humor, 1927)

 

L'humour fut publié pour la première fois en français avec Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient, en 1930, dans la collection "Les documents bleus", n° 19, Gallimard. La traduction en était due à Marie Bonaparte et au Dr. M. Nathan. Le même texte fut repris en 1953 dans la collection "Les essais", n° LXIV, puis en 1969 dans la collection "Idées" n° 198.

 

Freud écrivit cet essai au mois d'août 1927. Il fut lu par sa fille Anna le 1er septembre suivant à l'occasion du dixième Congrès de psychanalyse qui se tint à Innsbruck. Il fut publié en automne de la même année.

 

Freud renoue ici avec un sujet qu'il avait déjà abordé en 1905 dans les dernières pages de son livre sur le mot d'esprit (chap. VI, avant-dernière section)

 


 

 

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