Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

  4174229-illustration-de-l-39-ancienne-hieroglyphes-egyptien.jpg

 

"Uber den Gegensinn der Urworte", 1910, paru dans l'Inquiétante étrangeté et autres essais, sous le titre "Sur le sens opposé des mots originaires", traduit de l'allemand par Bertrand Féron, Gallimard, 1985

 

Paru dans la traduction Bonaparte-Marty sous le titre de "Des sens opposés dans les mots primitifs". Dans les éditions antérieures à 1924, le titre est placé entre parenthèses. Il est suivi du sous-titre : "A propos de la brochure du même nom de Karl Abel, 1884."

 

Les nombreuses mentions de l'ouvrage de K. Abel qu'on trouve dans l'oeuvre de Freud (par exemple L'Interprétation des rêves, 1900), chap. VI, C, note de la page 274) témoignent de l'intérêt que portait celui-ci à ce travail. Il faut relever à ce propos que la brochure de K. Abel était parue en 1884 et qu'elle ne correspondait plus tout à fait à l'état de la recherche en 1910, notamment dans le domaine de l'égyptologie.

 

On trouvera une discussion de l'article de Freud dans l'étude d'Emile Benveniste  intitulée "Remarques sur la fonction du langage dans la découverte freudienne" (1956), repris dans Problèmes de linguistique générale, vol. I, p. 75-87 (Gallimard, 1966)

 

La possibilité de représenter une chose par son contraire, le fait que l'inconscient ignore le "non" et se joue de principe de non-contradiction coïnciderait avec l'origine même des langues.

 

"Ce qui m'a amené à comprendre cette singulière tendance du travail du rêve (Traumarbeit) à ne tenir aucun compte de la négation et à exprimer des choses opposées par le même moyen représentatif, c'est d'abord la lecture fortuite d'un ouvrage du linguiste K. Abel, qui, publié en 1884 sous forme de brochure séparée, a ensuite également trouvé place l'année suivante parmi les Sprachwissenschaftiche Abhandlungen." (Essais de linguistique) (p. 52)

 

"L'homme n'a justement pu conquérir ses concepts les plus anciens et les plus simples autrement qu'en les opposant à leur opposé, et ce n'est que progressivement qu'il a appris à isoler les deux versants de l'antithèse et à penser l'un sans le mesurer consciemment à l'autre." (p. 55)

 

"Dans la concordance, que nous avons souligné d'emblée, entre la particularité du travail du rêve et la pratique des langues les plus anciennes mise au jour par le linguiste, nous sommes autorisés à apercevoir une confirmation de notre conception du caractère régressif et archaïque de l'expression de la pensée et du rêve. Et à nous psychiatres s'impose comme une présomption impossible à écarter l'idée que nous comprendrions mieux et que nous traduirions plus aisément la langue du rêve si nous en savions plus sur l'évolution de la langue."

 

Note 1 : "On est également tenté de supposer que le sens opposé originaire des mots représente le mécanisme préformé qui est mis à profit par le lapsus par énonciation du contraire au service de tendances variées." (p. 60)

 

Note 2 : "Ainsi, lorsque Emile Benveniste, le premier linguiste qui écrivit ses « Remarques sur la fonction du langage dans la découverte freudienne » s’intéressa au « sens opposé des mots primitifs », ce ne fut nullement pour valider les spéculations étymologiques de Carl Abel – où Freud avait cherché un socle à sa découverte selon laquelle l’inconscient ignore la négation. L’article de Benveniste rappelle que le même mot ne signifie pas deux « sens » opposés, mais deux « perceptions » du même sujet de l’énonciation qui se déplace dans l’espace. Et il laisse entendre qu’il existe des langues primitives dont on peut retrouver des vestiges dans les codes de communication actuels – qui, comme celui du rêve et de l’inconscient (celui du Ça et non des représentations inconscientes), véhiculent des quasi-signes sensoriels. Le pas était franchi pour inclure dans l’objet « langage » la sensation-perception d’un « agir » pré- ou translinguistique du sujet parlant dans le monde.  


La théorie linguistique d’Antoine Culioli devait approfondir cette perspective, en reprenant l’ancienne notion des stoïciens grecs, le « lekton » – oublié par le « signe »  selon Saussure –, c’est-à-dire le signifiable. En effet, le signe linguistique se réfère non à un référent-objet opaque mais, à travers lui, à un ensemble ouvert constitué de sensations-affects-pulsions qui manifestent la négociation conscient/inconscient requise dans l’acte de signifier du sujet. Ceci rappelle le modèle freudien du signe : Représentations de mots vs Représentations de choses, à condition d’ajouter que la « chose » inconsciente n’est jamais « en soi », mais qu’elle est chose de désir, donc d’« énaction » (d’agir) : la « représentation de chose » est contextualisée et agie, et par conséquent elle se donne d’emblée dans une « enveloppe prénarrative », au sens de Daniel Stern. Le linguiste découvre alors que la langue elle-même peut fonctionner comme une articulation prédicative de quasi-signes et de microrécits qui ne se contentent pas d’être des métaphores, mais déclenchent une expérience sensorielle « plus-que-métaphorique », je dirais métamorphique. Le « signifiable » sera un mélange de sensations, affects et mémoire culturelle : par exemple, « au ras des pâquerettes », « qui dort dîne » ou « avoir les yeux plus gros que le ventre » De quoi créer le charme, la magie de ce lien identitaire qu’est la langue dite maternelle ou nationale ; mais aussi son pouvoir de subjugation, doublure de fascination et d’horreur. (Julia Kristeva, "Parler en Psychanalyse")

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :