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voltaire3

Tandis que Monsieur Chatel supprime des postes là où il ne faudrait pas (devant les élèves) et les maintient là où il faudrait les supprimer (l'administration centrale et les "décharges"), tandis que les professeurs font la grève pour  de mauvaises raisons (les moyens) et que les syndicats ne parlent ni de programmes, ni de ... salaires, Monsieur Viala, l'orchestrateur des nouveaux programmes de Français au lycée continue à faire des dégâts. 

Exemple hier, avec un élève de seconde en cours particulier (étude du fameux texte de Voltaire sur les dangers de la lecture) ; seule et unique question : "Relevez les modalisateurs". 

Il est donc désormais entendu que Monsieur de Voltaire a fait hurler de rire ses contemporains avec des "modalisateurs", séduit Frédéric de Prusse avec des "modalisateurs",  participé à la rédaction de l'Encyclopédie, bravé les foudres de la censure, réhabilité Calas avec des "modalisateurs",  été bastonné par les domestiques du chevalier de Rohan-Chabot ("Je commence mon nom, vous finissez le vôtre.") et embastillé pour des "modalisateurs", pourfendu la bêtise, la superstition, le fanatisme avec des "modalisateurs", préparé la Révolution française - pour le meilleur et pour le pire -  avec des "modalisateurs", écrit Candide ou l'optimiste pour qu'en 2050, les élèves de seconde du lycée François Bégaudeau de Gif-sur-Yvette aillent à la pêche aux "modalisateurs".

Il a donc fallu  :

1°) expliquer ce que c'était qu'un modalisateur (ce qui n'avait pas été fait) 

Dans un énoncé, un modalisateur est un mot qui traduit l'appréciation que porte un locuteur sur son propre énoncé : des adverbes ou locutions adverbiales (par exemple sans doute, peut-être, certainement, etc.) sont des modalisateurs. Le conditionnel, également, peut être considéré comme un modalisateur, dans la mesure où il marque l'incertitude de l'énonciateur face à son énoncé. Autre définition : terme qui manifeste la subjectivité, l'engagement. Permet d'interpeller le destinataire.

Plus largement sont considérés comme modalisateurs les mots (verbes, adverbes, adjectifs) qui traduisent la subjectivité du locuteur : magnifique, stupéfiant, génial etc.

En linguistique et en logique, l'utilisation de modalisateur donne la modalité. (source : Wikipédia)

Exemple : "Elle avait revêtu une robe rouge." - "Elle s'était attifée d'un hideux sac rouge qui semblait sortir de chez un fripier." "attifée, "hideux", "sac", "qui semblait sortir de chez un fripier" sont des "modalisateurs ; ces syntagmes ne se contentent pas de donner une information "objective", ils expriment un jugement subjectif, personnel, du locuteur (de l'auteur, du narrateur) sur la tenue vestimentaire de la personne. 

On trouve le plus fréquemment des "modalisateurs" dans des textes satiriques ou des pamphlets, par exemple dans l'oeuvre de Voltaire.

Les écrivains n'ont pas forcément conscience d'utiliser des "modalisateurs" et les modalisateurs n'ont pas toujours la même fonction (ils peuvent avoir une fonction dépréciative aussi bien que laudative ou apporter une infime nuance de sens).

Le problème, en ce qui concerne ce texte, c'est que la modalité (le jugement concernant l'énoncé) s'inscrivait dans la figure de l'antiphrase, sous-figure de l'ironie, l'auteur exprimant (par l'intermédiaire du mouphti) le contraire de ce qu'il pense et non dans les modélisateurs.

Le fait de relever les modalisateurs dans l'édit du grand mouphti ne permettait donc pas de comprendre les intentions de Voltaire et risquait de conduire les élèves sur une fausse piste.

2°) le contexte historique 

3°) le jeu sur les "locuteurs" (le Grand Turc/le roi de France) 

4°) la biographie de Voltaire (non, Voltaire n'était pas "républicain" !!!!!)

5°) évoquer le mouvement des Lumières

6°) aborder la question de la censure au XVIIIème siècle et les relations entre l'expression et la répression dans les figures récurrentes de l'ironie, du sous-entendu, de l'implicite, de l'allusion, de la connivence, de l'humour, de l'euphémisme, de la litote et de l'hyperbole.... 

On pourra tripler le budget de l'Education nationale, si l'on continue à instaurer des programmes débiles en Primaire, au collège et au lycée, on n'aboutira à rien, sinon à l'ignorance, à l'inculture et aux désintérêt des élèves.

 

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