Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

mouchemouchemouche


Sa Majesté des mouches (Lord of the Flies) est un roman de l'auteur anglais William Golding écrit en 1954 qui montre la fragilité de la civilisation. Un avion transportant exclusivement des garçons anglais issus de la haute société s'écrase durant le vol sur une île déserte du Pacifique. Le pilote et les adultes accompagnateurs périssent. Livrés à eux-mêmes dans une nature sauvage et paradisiaque, les nombreux enfants survivants tentent de s'organiser en reproduisant les schémas sociaux qui leur ont été inculqués. Mais bien vite le vernis craque, la fragile société vole en éclats et laisse peu à peu la place à une organisation tribale, sauvage et violente bâtie autour d'un chef charismatique et d'une religion rudimentaire. Sacrifices humains, chasse à l'homme, guerres sanglantes : la civilisation disparaît au profit d'un retour à un état proche de l'animal que les enfants les plus fragiles ou les plus raisonnables paient de leur vie.

Chaque enfant (et en particulier les personnages principaux : Ralph, Jack, Simon et Piggy) représente un type humain particulier, mais aussi des potentialités qui peuvent coexister à l'intérieur d'un même individu (c'est le cas de Ralph par exemple), aussi bien que collectives.

L'intrigue peut être mise en relation avec l'Histoire contemporaine : la deuxième Guerre mondiale (on peut émettre l'hypothèse d'une évacuation des collégiens vers l'Australie pendant le Blitz), la fragilité des démocraties face aux systèmes totalitaires, la Guerre américano-japonaise (l'aviateur mort trouvé par Simon au sommet de l'île), la bombe atomique et  la période de la guerre froide.

William Golding est né en 1911 en Cornouaille. Après des études scientifiques à Oxford, qu’il abandonne pour étudier le grec, il commence une carrière littéraire et théâtrale qui est interrompue par la guerre. Il s’engage dans la Royal Navy en 1940 et participera au débarquement en Normandie. Après la guerre, il devient professeur de grec et exerce ce métier jusqu’en 1954, date de la publication de Sa Majesté des Mouches. L’immense succès de ce roman lui permettra ensuite de se consacrer entièrement à l’écriture. Pendant les années qui suivront, il publiera plusieurs romans, mais aussi des nouvelles et des poèmes. Il sera récompensé par de nombreux prix littéraires
prestigieux en Angleterre avant de recevoir le Nobel de littérature en 1983. William Golding est mort en 1993. Arieka, son dernier roman, resté inachevé, sera couronné à titre posthume.

Une excellente adaptation cinématographique en noir et blanc, sortie en 1963, a été faite par Peter Brook.

film-sa-majeste-des-mouches.jpg


Questionnaire sur le roman :

1) Relevez la désignation, l'aspect, le rôle et la signification symbolique de la conque.

2) Tout au long du roman apparaît une description de "l'Anglais modèle". Vous en dresserez le portrait complet.

3) La rivalité entre Ralph et Jack : montrez qu'ils auraient pu être amis. Essayez de reconstituer la montée de leur rivalité en relevant les motifs qui les amènent à s'affronter.

4) Par quels moyens Jack et Ralph prennent-ils le pouvoir sur les autres ? La force ? Le prestige ? La fascination ? La persuasion ?

5) La mort de Simon : qui est le coupable ? Relevez les termes qui désignent les agresseurs et les agressés, en séparant ceux qui s'appliquent réellement à des enfants de ceux qui évoquent des éléments surnaturels.

6) L'île : relevez, au fil des pages les divers aspects qu'elle prend (paradisiaque, sinistre...)

7) Pourquoi les enfants se "barbouillent-ils" le visage ?

8) Relevez les détails qui font passer les enfants de l'état de garçons civilisés à celui de sauvages cruels (trois étapes)

a) Quels termes désignent les garçons ?

b) Quelle est leur apparence physique, leurs vêtement, leur hygiène ?

c) Quelles sont leurs occupations, quel est leur comportement ?

d) Quel usage font-ils de la parole ?

e) Quels rites instaurent-ils ?

f) Quelles valeurs respectent-ils ?


golding.jpg

Eléments de réponse :

La montée de la rivalité entre Jack et Ralph :

Deux garçons, très différents l'un de l'autre, mais ayant tous deux des tempéraments de "leaders" : Ralph est un garçon d'une douzaine d'années aux épaules larges, au physique de futur boxeur. Mais la douceur de sa bouche et de ses yeux indiquent un manque de méchanceté.

Jack est un garçon mince et anguleux ; il a des cheveux roux, le visage fripé, couvert de taches de rousseur, les yeux bleus. Il est d'une laideur sans miévrerie. Il est exigeant, impatient, autoritaire et obstiné. C'est le chef de la maîtrise : il est habitué à commander et a été investi d'une autorité officielle sur ses camarades plus jeunes ; il était "prefect". Jack est furieux de ne pas avoir été élu chef.

Jack oublie un peu sa rancune durant l'exploration de l'île et une certaine sympathie rapproche les deux jeunes gens, mais bientôt la rivalité reprend le dessus.

Jack est obsédé par la chasse ; Ralph, conseillé par Piggy, pense avant tout à entretenir le feu pour signaler leur présence. Deux mondes inconciliables s'opposent. Celui de la chasse avec ses tactiques, son exaltation farouche, son adresse ; le monde de l'attente et du bon sens confondus.

Chargés d'entretenir le feu, Jack et les chasseurs oublient de remplir leur mission, au grand mécontentement de Ralph. Jack n'accepte pas les remontrances de Piggy et le frappe. Il se montre tour à tour violent, cruel, susceptible ("d'une voix rendue cruelle pas l'humiliation"), rusé ("Je fais mes excuses"), orgueilleux ("Il bomba le torse"), rancunier ("Une rage sourde le secouait").

Cependant, Ralph parvient à maintenir son autorité de chef. Il ordonne à Jack de rallumer le feu. Jack s'exécute.

L'antagonisme entre les deux garçons ne tarde pas à  reprendre Ralph en appelle au respect du réglement symbolisé par la conque, tandis que Jack exalte la force, la chasse, la violence.

La rivalité entre Jack et Ralph se rallume à nouveau au moment où ils se mettent à la recherche de la "bête".

Au retour de l'expédition, Jack demande la destitution de Ralph en l'accusant injustement d'avoir fait preuve de lâcheté.

Devant le refus des autres enfants, Jack s'en va tout seul, rappelé en vain par Ralph.

Sa tactique (jouer le tout pour le tout) va se révéler payante ; les enfants le rejoignent les uns après les autres.

Ralph apprécie cette vie sauvage et il lui arrive même de céder à l'exaltation du jeu et de la chasse (il participe d'ailleurs au  lynchage "involontaire" de Simon), mais il garde la nostalgie de la civilisation et de ses valeurs.

Jack, au contraire, bascule de la vie sauvage à la sauvagerie ; il se barbouille le visage, se masque. Contrairement à Ralph, il a une conception despotique de son rôle de chef.

C'est le vol des lunettes de Piggy par le groupe de chasseurs, sur l'ordre de Jack, qui va déclencher l'affrontement final. Jack et Ralph en viennent aux mains. Jack frappe Ralph de son javelot, cherchant délibérément à le tuer.

Ralph parvient à s'échapper mais devient une proie.

3507-5-sa-majeste-des-mouches
L'île et ses différents aspects :

Page 17 : l'île apparaît aux yeux de Ralph et de Piggy comme un paradis terrestre. Elle est personnifiée ("l'île tenait ses promesses") ; elle ne "ment pas" : il n'y a pas de contradiction entre son apparence ("un aspect trompeur") et la réalité. C'est un endroit qui leur rappelle leur maison ("une immense baignoire"). C'est une "bonne mère", une divinité attentionnée et bienveillante ("bassin providentiel").

Pages 39-42 : les garçons sont encore amis. Ils ne sont plus deux, mais trois (Piggy est resté sur la plage avec les petits) : Ralph, Simon et Jack. L'île leur apparaît dans sa beauté, la somptueuse profusion de sa faune et de sa flore. Ils en repèrent l'aspect général ("un bateau"), ainsi que les différentes parties (le cirque, la montagne, les falaises, la jungle, l'atoll de corail... et la mer tout autour). Un sentiment de fierté et de bonheur les envahit ("On est chez nous!" , "tout ça est à nous!")

Pages 46-48 : les garçons sont redescendus sur la plage et font part aux autres de leurs découvertes : ils sont bien dans une île, déserte apparemment. L'île est qualifiée (par deux fois) de "sympathique". Elle est décrite comme un endroit joli, agréable ("des rochers", "des fleurs bleues"), où l'on peut manger à sa faim ("il y a des cochons, des choses à manger"), où l'on peut s'amuser, se baigner, se prendre pour des héros de romans (Robinson Crusoë, L'île au trésor...). Les enfants se sentent chez eux, dans un endroit amical, un immense terrain de jeu.

Pages 72-74 : les relations entre les enfants ont commencé à se dégrader ("obsédé" par la chasse, Jack a laissé s'éteindre le feu). L'île n'est plus perçue comme "sympathique". Les enfants, surtout les plus petits, éprouvent de la peur, font des cauchemars, rêvent de serpents. Jack fait part de l'étrange impression qu'il ressent parfois dans la forêt d'être surveillé, "traqué" par quelque chose.

CONCLUSION :

Le changement d'aspect de l'île ne vient pas de l'île elle-même, mais de la dégradation des relations entre les enfants qui projettent sur l'île leurs sentiments d'angoisse, de haine...

Au tout début, elle est un "paradis terrestre" : Ralph et Piggy partagent à peu près la même vision du monde, ils s'apprécient. Au cours de l'exploration, l'île est perçue comme une "unité" ("un bateau") et par la suite comme un merveilleux terrain de jeu.

La dégradation des relations entre les enfants va se traduire par une vision "morcelée" de l'île (la plage, la forêt, la montagne). où deux "clans" occuperont des territoires différents et s'affronteront. En fait, il y a non pas deux, mais trois groupes : les "protecteurs bâtisseurs" qui s'occupent des plus petits, les chasseurs et "ceux qui ne veulent rien faire". Simon a un statut un peu à part. Il représente l'intellectuel, le poète, voire le prophète. Dans un tel univers, il est voué au tragique.

La prolifération des créatures maléfiques (serpents, fantômes, monstres...) symbolise les sentiments hostiles des enfants les uns envers les autres.

Seul Simon comprend ce qu'il y a "derrière" ces monstres et les menaces que ces sentiments font peser sur leur survie ("Peut-être que c'est nous"). Il en sera malheureusement la première victime.

La disparition progressive du langage articulé marque la progression vers la barbarie. Les "serviteurs de la raison" (Piggy et Simon) finiront lynchés par les autres enfants. Seul le troisième, Ralph sera sauvé de justesse grâce à l'intervention des adultes (poursuivi par les chasseurs, il s'écroule  épuisé aux pieds de l'officier de marine). Les chasseurs ont mis le feu à l'île pour retrouver Ralph plus facilement et l'officier découvre effaré, un univers d'apocalypse.

SA-MAJESTE-DES-MOUCHES.jpg

La conque, sa désignation, son aspect, son rôle et sa signification symbolique :

Pages 21-22 :


Appellation : "une pierre, un coquillage, une conque
Aspect : "un objet couleur d'ivoire", "la teinte ivoirine du coquillage s'ombrait par endroits de rose pâle... dessin en relief"
Rôle : "Quand le garçon soufflait dedans, sa mère arrivait."
Symbole : objet de valeur ? jouet ? communication ? signification hypothétique, ouverte, potentielle.

Page 23 :

Appellation : "la conque", "le coquillage"
Aspect : "Ralph porta l'extrémité pointue de la conque à sa bouche et souffla." : aspect sonore, acoustique.
Rôle : "On pourrait s'en servir pour appeler les autres."
Symbole : signe de ralliement.

Page 30 :

Désignation : "la conque", "le coquillage", "l'espèce de trompette", "ta trompe"
Aspect : "Le fragile objet posé sur les genoux"
Rôle : "L'être qui avait soufflé dans cette conque (...) était différent des autres." Elle désigne Ralph comme chef.
Symbole : Signe de pouvoir légitime

Page 45 :

Désignation : "trompe"
Aspect : "le coquillage rose et blanc", "le coquillage blanc"
Rôle : "Je passerai la conque à celui qui voudra parler."
Symbole : organise la prise de parole, le respect, l'écoute de l'autre, tient la violence à distance, immunité, démocratie.

Page 60 :

Désignation : "la conque", "le fragile objet"
Aspect : "fragile"
Rôle : "c'est moi qui ai la conque !", "La ferme !", "Jack brandit la conque pour obtenir le silence.", "Ralph prit la conque", "Piggy saisit la conque."
Symbole : continue à organiser la prise de parole, mais tend à devenir un enjeu de pouvoir : on se l'arrache, on se la dispute. Le conflit est rendu possible par l'ambivalence symbolique de la parole et du pouvoir.

Page 200 :

Désignation : "symbole familier"
Aspect : "la conque blanche"
Rôle : "le groupe de garçons considérait la conque avec une affection respectueuse."
Symbole : talisman, protection

Page 255 :

Désignation : "la conque", "le talisman", "le coquillage à la beauté fragile"
Aspect : "beauté fragile"
Rôle: "J'ai la conque !"
Symbole : aggravation de la crise, irruption imminente de la violence, menace.

Page 256 :

Désignation : "la conque"
Aspect : "en mille morceaux"
Rôle : "la conque explosa en mille morceaux et disparut.", "Tu n'as plus la conque !", "la destruction de la conque"
Symbole : la rupture d'équilibre, le retour à la sauvagerie, l'éclatement de la communauté.

Page 265 :

Désignation : "la conque"
Aspect : néant
Rôle : "Piggy était mort et la conque réduite en poussière."
Symbole : la nostalgie de l'ordre, de la paix (objet perdu).


majestedesmouchemortsimon.jpg

La mort de Simon :

Simon (la connotation juive du prénom n'est sans doute pas un hasard) est l'un des quatre personnages principaux du roman, avec Ralph, Jack et Piggy. Simon est un contemplatif, un "poète", un intuitif, un doux. Il passe de longues heures à admirer la nature, à apprivoiser les animaux, à réfléchir. C'est le seul enfant qui ne croit pas à l'existence "objective" du "monstre" et qui cherche à "savoir". Il monte au sommet de l'île d'où proviennent les bruits étranges qui terrifient les enfants et découvre un aviateur mort pris dans son parachute. Il comprend que c'est le bruit du vent (et non une créature surnaturelle) s'engoufrant dans le parachute qui produit ces sons étranges. C'est en redescendant pour faire part aux autres enfants de sa découverte qu'il va être la victime de la folie collective qui s'est emparée d'eux.

Page 214-219

Les agresseurs : des garçons ? Une chose inhumaine ?
La victime : monstre ou enfant ?

Les agresseurs : "Devant le monstre s'éleva une clameur aiguë comme un cri de douleur." : verbe pronominal, le sujet est "clameur", "cri" ; il n'y a pas de sujet personnel.

La victime : "quelque chose"... "une masse sombre"... "quelque chose sortait en rampant de la forêt"... "Une masse sombre avançait incertaine.", "Le monstre entra dans la ronde en chancelant."

Les agresseurs : "A mort la bête!"

La victime : "Simon" (cette précision est donnée pour le lecteur ; les enfants ne comprennent pas que la "bête" en question est Simon). Le point de vue du narrateur est donc "omniscient" : le narrateur se place tantôt du point de vue de Simon, tantôt du point de vue des autres enfants et "comprend" tout ce qui est en train de se produire.

Les agresseurs : "Les bâtons s'abaissèrent et le cercle se referma comme une gueule grinçante et hurlante." : comparaison des enfants à un animal, monstrueux et féroce, indifférenciation du groupe, verbes pronominaux, sujets inanimés (les bâtons, le cercle) ; tout se passe comme si les actions s'accomplissaient en dehors de la volonté (les enfants ont cessé d'être des individus dotés de libre arbitre, de conscience et de raison, des êtres humains à part entière).

La victime : "Le monstre était au centre, agenouillé, les bras croisés sur le visage, et il criait toujours ses explications au sujet d'un mort et d'une montagne." Cette scène est particulièrement symbolique dans son atroce absurdité. On n'écoute pas (ou on n'entend pas) Simon qui est le seul à "parler". Les cris inarticulés couvrent le langage humain.

"Enfin le monstre fit un effort vacillant, brisa l'étreinte du cercle et tomba du rocher dans le sable au bord de l'eau."

Les agresseurs : "Une lave vivante coula à sa suite sur la murette rocheuse, recouvrit le monstre avec des cris inarticulés, se mit à frapper, à mordre, à déchirer. On n'entendait pas un mot, mais des bruits de mâchoires et de griffes." La métaphore filée et l'oxymore ("lave vivante") indique l'indifférenciation des enfants comparés à une coulée de lave (foule en fusion).

La justesse de l'intuition de Simon est à nouveau clairement mise en évidence : "Le monstre, peut-être que c'est nous." ("cris inarticulés", "frapper", "mordre", "déchirer", "pas un mot", "bruits de mâchoires et de griffes").

"La grappe humaine accrochée à sa proie." - "La grappe de désintégra": nouvelle métaphore symbolisant l'indifférenciation du groupe ("grappe humaine"), la victime est assimilée à une "proie".

La victime : "Le monstre restait immobile.", "sa petite taille", "son sang".

Les agresseurs : "Les garçons fuyaient, éperdus, dans les ténèbres." Le groupe indifférencié se désagrège ("les garçons"). Est-ce sous l'effet de la peur? ont-ils compris leur "méprise" ("sa petite taille") ?

La victime : "Le monstre restait en tas sur le sable pâle et les taches s'étalaient de plus en plus.", "le corps désarticulé"...

"La chevelure sauvage de Simon", "le contour de sa joue, son épaule", "la tête de Simon", "le corps", "la bouche", "le corps", "le corps de Simon".

Il n'est plus question des autres garçons. Le narrateur se focalise désormais sur le corps de Simon dont le prénom est répété par trois fois pour bien affirmer son identité (réitération, effet d'insistance).

Ce n'est plus un "monstre", mais un corps humain, le corps d'un enfant, c'est le corps de Simon, la chevelure de Simon, la joue de Simon, l'épaule de Simon : les adjectifs possessifs et les compléments de détermination insistent sur l'identité "réelle" du "monstre".




















Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :