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Bergson : mécanisme et finalisme (texte extrait de l'évolution créatrice)

L'oeuvre : 

L’Évolution créatrice est un ouvrage philosophique rédigé par Henri Bergson en 1907. Dans ce livre, Bergson développe l’idée d’une « création permanente de nouveauté » par la nature.

Bergson débat de l’explication finaliste et de l’explication mécaniste de l’évolution, respectivement défendues par la métaphysique traditionnelle (héritée de Leibniz et, avant lui, d’Aristote et mettant l’accent sur les causes finales, ou buts) et par la science moderne (héritée de Descartes et mettant l’accent sur les « causes efficientes », la « causalité » scientifique).

Bergson montre que ces deux visions, que l’on oppose souvent, reviennent en vérité au même dans le traitement de l’évolution.

Elles consistent à supposer que tout est donné d’emblée, d’avance : soit dans le but que l’on imagine poursuivi, dès le début, « en esprit » par la nature, soit dans l’ensemble des paramètres matériels de départ ou en présence — à partir desquels on pourrait exactement déduire ce qui n’est pas encore advenu. 

Aux deux positions précédentes, Bergson oppose son propre concept d’« élan vital » : il n’y a pas de plan « déjà prévu » — d’effectivement prévu comme dans le cas du finalisme, ni de simplement prévisible comme dans le cas du mécanisme. L’idée est que l’évolution est imprévisible, que « le monde va à l’aventure, » qu’il « s’invente sans cesse » sans que le chemin qu’il trace derrière lui ne préexiste au voyage, d’une façon ou d’une autre. (source : wikipedia)

L'auteur :

Henri Bergson, né le 18 octobre 1859 à Paris, ville où il meurt le 4 janvier 1941 est un philosophe français. Il a publié quatre principaux ouvrages : d’abord en 1889, l’Essai sur les données immédiates de la conscience, ensuite Matière et mémoire en 1896, puis L'Évolution créatrice en 1907, et enfin Les Deux Sources de la morale et de la religion en 1932. Il a obtenu le prix Nobel de littérature en 1927. Son œuvre est entrée dans le domaine public au 1er janvier 2012. Il est l'auteur du Rire, un essai sur la signification du comique (1900).

Le texte :

"Il faut donc dépasser l'un et l'autre points de vue, celui du mécanisme et celui du finalisme, lesquels ne sont, au fond, que des points où vue de l'esprit humain a été conduit par le spectacle du travail de l'homme. 

Mais dans quel sens les dépasser ? Nous disions que, de décomposition en décomposition, quand on analyse la structure d'un organe, on va à l'infini, quoique le fonctionnement du tout soit chose simple. Ce contraste entre la complication à l'infini de l'organe et la simplicité extrême de la fonction est précisément ce qui devrait nous ouvrir les yeux.

En général, quand un même objet apparaît d'un côté comme simple et de l'autre comme indéfiniment composé, les deux aspects sont loin d'avoir la même importance, ou plutôt le même degré de réalité.

La simplicité appartient alors à l'objet même, et l'infini de complication à des vues que nous prenons sur l'objet en tournant autour de lui, aux symboles juxtaposés par lesquels nos sens ou notre intelligence nous le représentent, plus généralement à des éléments d'ordre différent avec lesquels nous essayons de l'imiter artificiellement, mais avec lesquels aussi il reste incommensurable, étant d'une même nature qu'eux.

Un artiste de génie a peint une figure sur la toile. Nous pourrons imiter son tableau avec des carreaux de mosaïque multicolores. Et nous reproduirons d'autant mieux les courbes et les nuances du modèle que nos carreaux seront plus petits, plus nombreux, plus variés de ton.

Mais il faudrait une infinité d'éléments infiniment petits, présentant une infinité de nuances, pour obtenir l'exact équivalent de cette figure que l'artiste a conçue comme une chose simple, qu'il a voulu transporter en bloc sur la toile, et qui est d'autant plus achevée qu'elle apparaît mieux comme la projection d'une intuition indivisible.

Maintenant, supposons que nos yeux ainsi faits  qu'ils ne puissent s'empêcher de voir dans l'oeuvre du maître un effet de mosaïque. Ou supposons notre intelligence ainsi faite qu'elle ne puisse s'expliquer l'apparition de la figure sur la toile autrement que par un travail de mosaïque. Nous pourrions alors parler simplement d'un assemblage de petits carreaux, et nous serions dans l'hypothèse mécanistique. Nous pourrions ajouter qu'il a fallu, en outre de la matérialité de l'assemblage, un plan sur lequel le mosaïste travaillât : nous nous exprimerions cette fois en finalistes. 

Mais ni dans un cas ni dans l'autre nous n'atteindrions le processus réel, car il n'y a pas eu de carreaux assemblés. C'est le tableau, je veux dire l'acte simple projeté sur la toile, qui, par le seul fait d'entrer dans notre perception, s'est décomposé lui-même à nos yeux en mille et mille carreaux qui présentent, en tant que recomposés, un admirable arrangement. Ainsi l’œil, avec sa merveilleuse complexité de structure, pourrait n'être que l'acte simple de la vision, en tant qu'il se divise pour nous en une mosaïque de cellules, dont l'ordre nous semble merveilleux une fois que nous nous sommes représenté le tout comme un assemblage."

(Henri Bergson, L'évolution créatrice, PUF, pp. 90-91)

Questions sur le texte :

(source : Les philosophes par les textes de Platon à Merleau-Ponty par un groupe de professeurs, classes terminales A,B,C,D,E,F11, programme 1974, Fernand Nathan, 1974)

1. Le mécanisme et le finalisme sont des points de vue ; rendez à cette expression la plénitude de son sens. Un point de vue saisit-il la réalité elle-même ? Quelle est l'origine commune du mécanisme et du finalisme ? Sont-ils donc véritablement opposés ?

2. De l'extrême complication d'un organe et de la simplicité extrême de sa fonction, laquelle exprime sa réalité véritable ? Sur laquelle des deux le mécanisme et le finalisme font-ils porter leur attention ?

3. Même si on peut imiter le tableau d'un artiste de génie avec des carreaux de mosaïque, le tableau a-t-il été fait par un travail d'assemblage ? Pour concevoir le tableau comme le résultat d'un travail d'assemblage, faut-il considérer de l'extérieur le résultat obtenu, ou de l'intérieur l'intention de l'artiste ?

4. Montrez comment l'exemple du tableau prouve que le finalisme et le mécanisme sont l'un et l'autre des erreurs. Précisément, quelle erreur commettent-ils l'un et l'autre ? Qu'est-ce qui distingue le mécanisme du finalisme ?

5. Que faut-il ne pas comprendre pour admirer dans le tableau ou dans l'oeil, l'arrangement de leurs parties ? Si l'acte de la vision était le résultat de l'arrangement de cellules de l'oeil, pourrait-on rendre compte de sa simplicité ?

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