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Hegel, Le sens de l'Histoire (texte + questions)
Hegel, Le sens de l'Histoire (texte + questions)

G. W. F. Hegel (1770-1831) a professé les Leçons sur la philosophie de l'histoire, pour la première fois à Berlin au cours du semestre d'hiver 1822-1823. Elles ont été réitérées avec de multiples changements à cinq reprises, tous les deux ans. Après la disparition du philosophe, hégéliens de gauche et de droite se disputeront les dépouilles d'un système qui n'aura eu pour but – par-delà les formules sur « la fin de l'histoire » ou « la ruse de la Raison » – que de montrer à l'œuvre dans l'histoire la réalisation de la raison et de la liberté. « La seule idée qu'apporte la philosophie est la simple idée de la Raison – l'idée que la Raison gouverne le monde et que, par conséquent, l'histoire universelle s'est elle aussi déroulée rationnellement. » (source : encyclopédie universalis)

Georg Wilhelm Friedrich Hegel, né le 27 août 1770 à Stuttgart et mort le 14 novembre 1831 à Berlin, est un philosophe allemand. Son œuvre, postérieure à celle de Kant, est l'une des plus représentatives de l'idéalisme allemand et a eu une influence décisive sur l'ensemble de la philosophie contemporaine. Hegel enseigne la philosophie sous la forme d'un système unissant tous les savoirs suivant une logique dialectique. Le système est présenté comme une « phénoménologie de l'esprit » puis comme une « encyclopédie des sciences philosophiques », titres de deux de ses ouvrages, et englobe l'ensemble des domaines philosophiques, dont la métaphysique et l'ontologie, la philosophie de l'art et de la religion, la philosophie de la nature, la philosophie de l'histoire, la philosophie morale et politique ou la philosophie du droit.

Le texte à étudier : 

"La nature de l'esprit se reconnaît à ce qui en est le parfait contraire. De même que la substance de la matière est la pesanteur, nous devons dire que la substance, l'essence de l'esprit est la liberté.

Chacun admet volontiers que l'esprit possède aussi, parmi d'autres qualités, la liberté, mais la philosophie nous enseigne que toutes les qualités de l'esprit ne subsistent que grâce à la liberté, qu'elles ne sont toutes que des moyens en vue de la liberté, que toutes cherchent et produisent seulement celle-ci ; c'est une connaissance de la philosophie spéculative que la liberté est uniquement ce qu'il y a de vrai dans l'esprit.

La matière est pesante en tant qu'elle se dirige vers un centre ; elle est essentiellement complexe ; elle se trouve hors de l'unité et la cherche, elle cherche donc à s'anéantir elle-même, elle cherche son contraire ; si elle l'atteignait, elle ne serait plus la matière, elle aurait disparu, elle tend à l'idéalité, car dans l'unité elle est idéale.

L'esprit au contraire a justement en lui-même son centre ; il n'a pas l'unité hors de lui mais il l'a trouvée ; il est en soi et avec soi.

La matière a sa substance en dehors d'elle ; l'esprit est l'être-en-soi-même. Cela est justement la liberté, car si je suis dépendant, je me rapporte à autre chose que je ne suis pas ; je ne puis exister sans quelque chose hors de moi ; je suis libre quand je suis en moi. cet état de l'esprit, d'être en soi, c'est la conscience, la conscience de soi.

Il faut dans la conscience, distinguer deux choses : d'abord le fait que je sais et ensuite ce que je sais. Ces deux choses se confondent dans la conscience de soi, car l'esprit se sait soi-même : il est le jugement de sa propre nature ; il est aussi l'activité par laquelle il revient à soi, se produit ainsi, se fait ce qu'il est en soi.

D'après cette définition abstraite, on peut dire de l'histoire universelle qu'elle est la représentation de l'esprit dans son effort pour acquérir le savoir de ce qu'il est ; et comme le germe porte en soi la nature entière de l'arbre, le goût, la forme des fruits, de même les premières traces de l'esprit  contiennent déjà aussi virtuellement toute l'histoire.

Les Orientaux ne savent pas encore que l'esprit ou l'homme en tant que tel est en soi libre, parce qu'ils ne savent pas, ils ne le sont pas ; ils savent uniquement qu'un seul est libre ; c'est pourquoi une telle liberté n'est que caprice, barbarie, abrutissement de la passion ou encore douceur, docilité de la passion qui n'est elle-même qu'une contingence de la nature ou un caprice. - Cet Unique n'est donc qu'un despote et non un homme libre. 

Chez les Grecs s'est d'abord levée la conscience de la liberté, c'est pourquoi ils furent libres, mais eux, aussi bien que les Romains savaient seulement que quelques-uns sont libres, non l'homme, en tant que tel. Cela, Platon même et Aristote ne le savaient pas ; c'est pourquoi non seulement les Grecs ont eu des esclaves desquels dépendaient leur vie et aussi l'existence de leur belle liberté ; mais encore leur liberté même fut d'une part seulement une fleur, due au hasard, caduque, renfermée dans d'étroites bornes et d'autre part aussi une dure servitude de ce qui caractérise l'homme, de l'humain. 

- Seules les nations germaniques sont d'abord arrivées dans le christianisme, à la conscience que l'homme en tant qu'homme est libre, que la liberté spirituelle constitue vraiment sa nature propre ; cette conscience est apparue d'abord dans la religion, dans la plus intime région de l'esprit ; mais faire pénétrer ce principe dans le monde, était une tâche nouvelle dont la solution et l'exécution exigent un long et pénible effort d'éducation.

Ainsi, par exemple, l'esclavage n'a pas cessé immédiatement avec l'adoption du christianisme ; encore moins la liberté a-t-elle aussitôt régné dans les Etats et les gouvernements et constitutions ont-ils été rationnellement organisés ou même fondés sur le principe de liberté.

Cette application du principe aux affaires du monde, la transformation et la pénétration par lui de la condition du monde, voilà le long processus qui constitue l'histoire elle-même.

J'ai déjà appelé l'attention sur la différence entre ce principe comme tel et son application, c'est-à-dire son introduction et sa réalisation dans la réalité de l'esprit et de vie : c'est une détermination fondamentale de notre science et il faut s'en bien souvenir.

Comme on a provisoirement souligné ici cette différence par rapport au principe chrétien de la conscience, la liberté, elle s'établit aussi essentiellement pour le principe de la liberté en général. L'histoire universelle est le progrès dans la conscience de la liberté - progrès dont nous avons à reconnaître la nécessité." 

(Hegel, Leçons sur la philosophie de l'Histoire, Introduction, éd. Vrin, pp. 27-28)

Questions sur le texte :

(source : Les philosophes par les textes, de Platon à Merleau-Ponty, par un groupe de professeurs, classes terminales A,B,C,D,E,F11, programme 1974, collection Minerve, editions Fernand Nathan, 1974)

1. L'esprit et la matière s'opposent par leur attribut essentiel ; quel est-il pour chacun d'eux ? Qu'est-ce qu'un attribut essentiel ?

Qu'est-ce... 

  • qui fait que la matière est hors de soi ? 
  • qui fait qu'elle est complexe ?

Comment comprend-on que l'esprit est essentiellement libre, à partir de l'opposition de l'esprit et de la matière ? Quelle différence y a-t-il entre la conscience et la conscience de soi ? Vous comprendrez par là la différence entre l'esprit en soi et l'esprit qui se sait lui-même.

2. Expliquez pourquoi l'esprit peut aussi être défini comme l'activité qui se fait ce qu'il est en soi. Pour répondre à cette question, demandez-vous si les choses matérielles se font elles-mêmes ce qu'elles sont, et quelle différence il y a entre une idée ou l'acte de comprendre d'une part et une chose d'autre part.

Quel est le sens de l'histoire universelle ? Quelle ressemblance y a-t-il entre l'histoire universelle et le développement de la graine qui devient un arbre ? Expliquez et justifiez cette ressemblance. Quelle différence pourtant y a-t-il entre ces deux évolutions ?

3. Qu'est-ce qui caractérise essentiellement les Orientaux ? Pourquoi, ne sachant pas que tout homme est libre, ne sont-ils pas libres ? Pourquoi la liberté reconnue au seul despote n'est-elle pas réellement la liberté ? Expliquez pourquoi un despote n'est pas un homme libre.

4. Quelle similitude et quelle différence y a-t-il entre les Orientaux et les anciens grecs et romains ? Pourquoi la liberté des hommes libres, dans l'Antiquité greco-latine, n'est-elle pas la liberté authentique ?

Une liberté qui a des conditions d'existence à l'extérieur de soi est-elle encore une liberté ? Appréciez et justifiez l'expression "belle liberté" appliquée à la liberté des Grecs.

5. Pourquoi les nations germaniques sont-elles représentatives du monde moderne ? Montrez, d'après le texte, que les Germains sont les véritables inventeurs de l'Etat. Montrez que les Germains ont conservé, mais dépassé le christianisme.

6. La dernière phrase du texte en est la conclusion. Soulignez les éléments essentiels de cette conclusion ; déterminez leur sens et montrez leur portée.

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