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Un livre du Père jésuite Gustave Martelet, paru en 2005, nous permet de mieux connaître la vie du Père Teilhard de Chardin et de mieux comprendre sa pensée.

 

A l’occasion du 50ème anniversaire de la mort du Père Teilhard de Chardin (1881-1955), le Père Gustave Martelet a voulu faire valoir la profondeur de la pensée et l’imagination authentiquement chrétienne de l’auteur du Phénomène humain et du Milieu divin.

 

« Prophète en procès », a-t-on dit de Teilhard de Chardin, prêtre jésuite, théologien, physicien et paléontologue de renommée mondiale. Le Père Martelet s’efforce de faire taire ce procès dans ce qu’il a d’injuste, non par apologie, mais par compréhension résolue et lucide. Il voit dans la pensée de Teilhard de Chardin un véritable stimulant et un sérieux appui en un temps où l’identité de l’Homme et la pertinence de la Révélation sont largement remises en question. Fidèle, contrairement à ce que certains ont prétendu à l’esprit des interprétations traditionnelles, Teilhard a cherché à élargir cette interprétation pour la concilier avec les connaissances scientifiques et les attentes de notre temps.

 

 « C’était aux alentours de mars 1943, si ma mémoire est bonne. Je me trouvais alors à Vals, près du Puy, au scolasticat de Philosophie. Un de nos jeunes frères jésuites me transmit en exemplaire dactylographié, l’ouvrage par excellence alors de Teilhard, qui circulait sous le manteau : Le Milieu divin. Je le lus vraisemblablement d’une seule traite. Teilhard, que je n’avais encore jamais vu, même en photo, entra pour toujours dans ma vie, comme un de ces aînés irremplaçables quand il s’agit d’aimer le Christ et de parler de lui. »

 

 « Je pressentais déjà vaguement quel lien unissait indissolublement pour moi la culture et la Foi. J’en mesure peut-être moins mal, désormais, les enjeux spirituels, car Teilhard fut toujours pour moi un insigne témoin concernant le passé, le présent, l’avenir de l’humanité et de l’Eglise, en ce temps de refonte qui travaille notre monde. »

 

C’est en ces termes que le Père Gustave Martelet, évoque sa rencontre avec la pensée de Teilhard de Chardin, une rencontre qui devait marquer sa vie pour toujours. Il met en évidence l’intuition centrale du Père Teilhard de Chardin, celle qui traverse sa vie et son œuvre : la nécessaire conciliation de la Révélation chrétienne avec le concept d’évolution dont l’Eglise, pensait-il, devait accepter le paramètre trop longtemps négligé, sous peine d’une nouvelle affaire Galilée.

 

Le livre comporte trois parties : La première rappelle quelques aspects majeurs de la vie, de la foi, de l’œuvre du Père Teilhard de Chardin. La deuxième expose les grands traits de sa vision du Christ universel, surtout dans les écrits antérieurs à 1927. La troisième intitulée Le Christ universel et une refonte de la vision courante de l’Homme et de Dieu, aborde des questions théologiques difficiles et culturellement inévitables : le problème du Mal, la Genèse de l’Esprit et de la personnalité humaine, l’ouverture finale sur l’Oméga, le problème de la mort et de la transcendance humaine. Cette partie culmine dans la découverte d’une « nouvelle face de Dieu » et dans « le christique »

 

Pour le Père Teilhard de Chardin, Les conceptions théologiques traditionnelles comme le paradis terrestre, Adam et Eve, la création en 6 jours…ne doivent être prises au pied de la lettre, mais interprétées de façon symbolique.

 

D’autres, comme celle d’un Christ mourant sur la croix pour racheter par sa mort le péché d’Adam doivent être élargies. Pas de place pour le paradis terrestre, mais seulement  pour le Christ que le paradis terrestre symbolise : « La béatitude du paradis terrestre, écrit Teilhard en 1922, c’est la salut, constamment offert à tous, mais refusé par beaucoup, et organisé de telle sorte que personne n’arrive en sa possession que par unification de son être en Notre Seigneur. »

 

Dans une prière magnifique extraite de La Messe sur le monde, Teilhard invoque avec une grande puissance poétique ce Christ cosmique et unificateur, « toujours plus grand » auquel il croit :«  Christ glorieux, Influence secrètement diffuse au sein de la Matière et Centre éblouissant où se relient les fibres sans nombre du Multiple ; Puissance implacable comme le Monde et chaude comme la Vie ; Vous dont le front est de neige, les yeux de feu, les pieds plus étincelants que l’or en fusion ; Vous dont les mains emprisonnent les étoiles ; Vous qui rassemblez en votre unité exubérante tous les charmes, tous les goûts, toutes les forces, tous les états ; c’est Vous que mon être appelait d’un désir aussi vaste que l’Univers : Vous êtes vraiment mon Seigneur et mon Dieu. »

 

Songeant près de  trente ans plus tard à des théologiens qui devraient par état, s’ouvrir d’une manière au moins élémentaire aux avancées de la science, Teilhard écrit : « On ne m’enlèvera pas de la tête et du cœur que, « de mon point de vue », Christ et Monde grandissent simultanément. Tout mon effort va à maintenir le Christ aussi vaste et organique que l’Univers : n’est-ce pas la définition de l’orthodoxie ? La source de tous nos ennuis en ce moment est que les théologiens ne voient pas le Monde et l’Homme comme ils se découvrent désormais à nous. Ils nous présentent un Dieu pour Monde fini (ou finissant), alors que nous ne saurions plus adorer qu’un Dieu pour Monde « commençant ». J’en suis de plus en plus sûr : toute la difficulté et la grandeur du problème religieux moderne sont là. »

 

Il restait à répondre à deux questions « symétriques » : comment Teilhard concevait-il la destinée du christianisme et comment l’Eglise institutionnelle voit-elle aujourd’hui une œuvre qu’elle a jadis récusée ?

 

 « Christianisme encore et toujours (…) répond Teilhard dans Le Christique, mais un christianisme « rené », sûr comme aux premiers jours de triompher demain – parce que seul capable - de par la double vertu, totalement comprise enfin, de sa Croix et de sa résurrection - de devenir la Religion spécifiquement motrice de l’Evolution. »

 

« (…) Le christianisme ne sera jamais totalement compris. C’est pourquoi à chaque tournant culturel du monde, il se trouve devant une nouvelle tâche, qui n’est pas encore la dernière, même si alors, en cours de route de l’histoire, il nous semble que sur un point particulier mais décisif comme  celui de l’évolution de nos jours), nous avons l’impression d’avoir enfin compris ce que nous aurions dû saisir depuis longtemps. »

 

Le combat mené par le Père Teilhard de Chardin a porté ses fruits, même si ses conceptions prophétiques son loin d’être toujours  parfaitement comprises et pleinement admises, on peut dire que c’est en grande partie grâce à lui que l’Eglise a désormais admis que l’idée d’évolution était compatible avec  les grandes vérités de la Foi.

 

Un petit lexique teilhardien, à la fin de l’ouvrage, permet d’éclairer certaines notions mal comprises comme « Alpha et Oméga », « Christifier », « cosmiser » « création », « divinisation »…

 

Le Père Gustave Martelet a enseigné dans la compagnie de Jésus pendant plus de cinquante ans à Lyon, Paris et Rome. Il a participé au concile Vatican II comme théologien des évêques francophones d’Afrique centrale et a écrit plusieurs ouvrages d’inspiration teilhardienne.

 

 

Gustave Martelet s.j: Teilhard de Chardin, prophète d’un Christ toujours plus grand, primauté du Christ et transcendance de l’homme, préface du R.P. François-Xavier Dumortier s.j., provincial de France, aux éditions Lessius, 280 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                             

 

 

 

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