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Michel Maffesoli, La parole du silence, Les éditions du cerf, 2016

 

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Michel Maffesoli (né le 14 novembre 1944 à Graissessac, Hérault) est un sociologue français. Ancien élève de Gilbert Durand et de Julien Freund, professeur émérite à l'université Paris Descartes, Michel Maffesoli a développé un travail autour de la question du lien social communautaire, de la prévalence de l'imaginaire et de la vie quotidienne dans les sociétés contemporaines, contribuant ainsi à l'approche du paradigme postmoderne. Ses travaux encouragent le développement des sociologies compréhensive et phénoménologique, en insistant notamment sur les apports de Georg Simmel, Alfred Schütz, Georges Bataille et Jean-Marie Guyau. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, notamment Le Réanchantement du monde (2007) et Le Temps des tribus (1988).

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"Faut-il tout dire, parler sans limite, et oser jusqu’au blasphème, au risque de détruire ce qui fonde la communauté, ce tacite consensus autour de valeurs partagées ? Un an après Charlie, Michel Maffesoli, avec la science et l’érudition qu’on lui connaît, risque la question. Il s’emploie à comprendre le retour du « sacral » : ce besoin collectif dans nos sociétés de communion émotionnelle, de reliance, d’éclatement dans l’Autre, l’autre de la communauté, l’autre du cosmos, l’autre de la déité. Pour mener à bien cette réflexion délicate, intuitive et spirituelle, Michel Maffesoli procède comme les théologiens médiévaux qu’il aime consulter : de Dieu, du divin, on ne parle que par évitement. Théologie apophatique qu’il applique à ce qu’il nomme alternativement le divin social, la religiosité ambiante, cause et effet du « sacral ». En définitive, c’est le « mystère communautaire » qu’il s’agira de préserver, c’est-à-dire ce qui initie les initiés entre eux et permet le partage et le vivre ensemble dans toute sa densité spirituelle."

Compte-rendu de la conférence donnée par Michel Maffesoli, le samedi 14 mai à 15 heures, dans la salle capitulaire de l'abbaye de Sylvanès, sur "La parole du silence" : 

La philosophie hégélienne de l'Histoire détermine des cycles, des époques. Le mot "épochè" en grec signifie parenthèse (c'est dans ce sens que l'emploie Husserl ; l'épochè est la "mise entre parenthèses" du monde). Mais la fin d'un monde n'est pas la fin du monde.

La "palingénésie" est la croyance dans la transsubstantiation des êtres vivants, l'idée que la vie naît de la mort. Nous sommes les témoins de l'achèvement d'un cycle : nous quittons la modernité. Selon Michel Foucault, une époque se caractérise par une certaine manière de comprendre et de structurer le monde ; Foucault parle "d'épistèmé", d'un mot grec qui signifie "connaissance". l'épistémé n'est pas la connaissance (théoria), mais l'horizon dans lequel se déploie la connaissance, le rapport fondamental entre les mots et les choses, selon les époques. C'est ainsi que la mythologie fut l'épistèmé de l'antiquité grecque.

Quand les mots deviennent impertinents (inaptes à désigner le réel), il faut trouver d'autres mots pour témoigner d'un nouveau rapport entre les mots et les choses. Notre époque "post-moderne" retrouve la notion d'imagination rejetée par la pensée philosophique de Descartes à Sartre.

Mon livre s'articule autour de quatre idées forces :

  • L'achèvement d'un cycle
  • Le changement climatique spirituel dans le contexte d'une crise économique et sociétale
  • Le décalage entre l'intelligentsia et le peuple, la "secessio plebis" dont parle déjà Machiavel, la déconnection entre ce qui est dit (par les "élites" politico-médiatiques) et ce qui est vécu par les gens de la rue. "Mal nommer les choses, c'est contribuer au malheur du monde" disait Albert Camus. "Quand rien ne va plus dans l'Empire, il faut s'asseoir et trouver les mots." (Lao Tseu)
  • Trouver une méthodologie qui permette d'éviter les mots tièdes de la "médiocratie".

Note : ​Les sécessions de la plèbe (en latin : Secessio plebis) sont l'exercice informel du pouvoir par les citoyens plébéiens romains, comparable à une grève. Durant une sécession, de nombreux citoyens abandonnent simplement la ville en signe d'opposition à l'ordre des patriciens.

De l'institution de la République jusqu'aux guerres puniques, la plèbe et le patriciat luttent pour gouverner la Ville. La République romaine est une oligarchie dominée par la minorité des patriciens qui cherche à consolider leur position face à la masse de la plèbe. Cette dernière revendique davantage de droits et de pouvoirs : c'est le conflit des ordres. Il y a eu plusieurs sécessions de la plèbe tout au long de cette période de tensions politiques.

Le cœur battant de mes livres est le rapport entre la puissance et le pouvoir. Quand ce rapport ne fonctionne plus, quand il y a désaccord entre la société officielle et la ou les sociétés officieuses (tribales, communautaires), il y a crise.

Dans Le roi de Thulé, Goethe parle de "trésor caché". Georg Zimmel parle de son côté du "roi clandestin" d'une époque, d'une centralité souterraine. La recherche de ce trésor caché nous enjoint d'adopter une attitude critique (du grec krinein = passer au crible). Je propose un oxymore : "l'enracinement dynamique ; il faut faire un effort de pensée. On préfère juger que penser, on préfère le devoir être à l'être, alors que "ce qui est" est plus riche que ce qui devrait être.

Selon saint Benoît "Mens concordet voci" : l'esprit coïncide avec les mots (Georges Orwell dit la même chose dans son roman 1984), c'est pourquoi il faut abandonner la "xyloglossie", la langue de bois.

A la langue de bois du rationalisme exsangue, il faut opposer l'amour.

A partir du XVIIIème siècle, la raison qui est un paramètre humain parmi d'autres devient le seul. Max Weber parle du "désenchantement  du monde" sous l'influence du rationalisme. L'Europe  a suivi la "via recta" de la raison en laissant de côté le ludique, le festif, l'imagination.

La langue de bois emploie des expressions qui ne veulent rien dire ou qui recouvrent le contraire de ce qu'elles disent. Par exemple la "liberté d'expression" qui ne permet d'exprimer que le mimétisme ambiant. Les médias sont des moutons de Panurge. Il faut rendre la raison sensible, assurer la conjonction entre la raison et la sensibilité, entre la droite raison et le bon sens que Georges Orwell appelle la "common decency". Il ne faut pas éliminer la raison, mais la compléter. On a réduit la raison au visible. Martin Heidegger parle de "constellation aléthéiologique", du grec "aléthéia" que l'on a traduit par "vérité" (du latin veritas), mais qui, en grec, veut dire "dévoilement". Il ne peut y avoir de dévoilement que s'il y a du caché.

La raison doit conserver sa fonction régulatrice, mais il faut guérir du "rationalisme paranoïaque".

Il faut redécouvrir la "pensée verticale", "l'entièreté" (Ganzeit) chère à la mystique rhénane.

En politique, il faut privilégier la complexité (Edgar Morin) et le holisme (penser le tout). L'une des expressions du "trésor caché" est le rituel. Le rituel ralentit la mort, il est une "homéopathisation" de la mort. Le rituel permet d'intéger la mort sans être submergé par l'angoisse de la mort.

Il faut renoncer à l'ego cogito", sortir de la "forteresse de l'ego" ("Cogito ergo sum in archem meum" = "je pense donc je suis dans la forteresse de mon esprit") pour dépasser le "je" vers le "nous".

"Les mots savent de nous ce que nous ignorons d'eux".

 

 

 

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