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Henri-Irénée Marrou, Qu'est-ce que l'Histoire ?
Henri-Irénée Marrou, Qu'est-ce que l'Histoire ?

L'auteur :

Henri-Irénée Marrou, né à Marseille le 12 novembre 1904 et mort à Bourg-la-Reine le 11 avril 1977 est un universitaire et historien antiquisant français, spécialiste du christianisme primitif et de philosophie de l'histoire. Il est aussi connu, notamment comme musicologue, sous le pseudonyme de Henri Davenson.

De la connaissance historique : 

De la connaissance historique est un ouvrage de l'historien français Henri-Irénée Marrou, paru en 1954.

Jugements sur l'œuvre : 

"Il s'agit ici d'un essai qui est une manière de chef-d'œuvre. Sérieusement, je ne crois pas avoir rien lu d'aussi complet ni d'aussi précis sur le travail de l'historien ; et plus d'une page en va singulièrement loin dans le mystère de la connaissance de l'homme par l'homme." (Henri Rambaud)

"Un tel livre n'est pas seulement fort utile pour les étudiants d'histoire, il devrait être un maître-livre pour quiconque veut vraiment prendre conscience des problèmes historiques d'hier et d'aujourd'hui." (Michel Carrouges)

"Rarement une exploration en profondeur des possibilités de l'histoire avait été conduite aussi loin." (Marcel Brion)

Présentation de l'extrait : 

La réalité vécue par les hommes du passé n'est pas l'Histoire de l'historien. La succession des événements ne se confond pas avec le récit, discours cohérent que l'on formule à son propos. L'histoire, telle que l'entend l'historien, sera donc une élaboration à partir de données dont il ne reste plus que des traces. Mais d'abord, l'histoire de quoi ? Il y a une histoire au sens large qui s'intéresse à tous les faits du passé : en ce sens, on peut parler d'une histoire de l'univers à dimension cosmique ou d'une histoire de la Terre dont la géologie serait l'expression. Mais l'historien ne s'intéresse  pas aux événements d'ordre purement naturel : il n'y a d'histoire pour lui que de l'homme ; un séisme, une inondation, n'entreront dans le champ de sa recherche que s'ils ont eu une répercussion sur le plan humain. Il s'occupera essentiellement d'une part des faits humains individuels pourvu qu'ils aient une influence notable sur le cours des événements et, d'autre part, des faits collectifs dans la mesure où ils ont une incidence sur l'évolution de la société. Cependant, il ne suffit pas de déterminer l'objet de l'Histoire, il convient aussi de définir la qualité du récit historique et les conditions qu'il doit respecter pour répondre aux exigences de la science. C'est à quoi s'attache l'historien Marrou dans ce texte.

(André Roussel, docteur en sociologie, professeur de philosophie au lycée Jean-Macé de Rennes, Textes philosophiques classes Terminales F,G,H, Nathan technique, 1984)

L'extrait :

"Qu'est ce donc que l'Histoire ? Je proposerai de répondre : l'histoire est la connaissance du passé humain.

Nous disons "connaissance" et non pas, comme tels autres, "narration du passé humain", ou encore "œuvre littéraire visant à le retracer" ; sans doute, le travail historique doit normalement aboutir à une œuvre écrite... Mais il s'agit là d'une exigence de caractère pratique (la mission sociale de l'historien...) : de fait, l'histoire existe déjà, parfaitement élaborée dans la pensée de l'historien avant même qu'il l'ait écrite ; quelles que puissent être les interférences des deux types d'activité, elles sont logiquement distinctes.

Nous dirons connaissance et non pas, comme d'autres, "recherche" ou "étude"... car c'est confondre la fin et les moyens ; ce qui importe c'est le résultat atteint par la recherche : nous ne la poursuivrions pas si elle ne devait pas aboutir ; l'histoire se définit par la vérité qu'elle se montre capable d'élaborer.

Car, en disant connaissance, nous entendons connaissance valide, vraie : l'histoire s'oppose par là à ce qui serait, à ce qui est représentation fausse ou falsifiée, irréelle du passé, à l'utopie (1), à l'histoire imaginaire..., au roman historique, au mythe (2), aux traditions populaires ou aux légendes pédagogiques - ce passé en images d'Epinal que l'orgueil des grands Etats modernes inculque, dès l'école primaire à l'âme innocente de ses futurs citoyens.

Sans doute cette vérité de la connaissance historique est-elle un idéal, dont, plus progressera notre analyse, plus il apparaîtra qu'il n'est pas facile à atteindre : l'histoire du moins doit être le résultat de l'effort le plus rigoureux, le plus systématique pour s'en approcher.

C'est pourquoi on pourrait peut-être préciser utilement "la connaissance scientifiquement élaborée du passé", si la notion de science n'était elle-même ambiguë : le platonicien s'étonnera que nous annexions à la "science", cette connaissance si peu rationnelle qui relève tout entière du domaine de la "doxa" (3) ; l'aristotélicien, pour qui il n'y a de "science" que du général sera désorienté lorsqu'il verra l'histoire décrite... sous les traits d'une "science du concret"...

Précisons donc que si l'on parle de science à propos de l'histoire, c'est par opposition à la connaissance vulgaire de l'expérience quotidienne, une connaissance élaborée en fonction d'une méthode systématique et rigoureuse, celle qui s'est révélée représenter le facteur optimum de vérité."

(Henri-Irénée Marrou, De la connaissance historique, Editions du Seuil, Paris, 1954)

1. Conception imaginaire et irréalisable

2. Récit fabuleux

3. Opinion

Questions sur le texte : 

1. Quelle définition Henri-Irénée Marrou donne-t-il de l'Histoire ?

2. Quelles définitions de l'Histoire réfute-t-il ?

3. Le travail de l'historien doit-il nécessairement aboutir à une œuvre écrite ?

4. Que faut-il entendre par "mission sociale de l'historien" ?

5. Pourquoi la définition de l'Histoire comme "recherche" ou comme "étude" est-elle insuffisante ? 

6. A quelles genres de connaissances l'Histoire comme "connaissance vraie" s'oppose-t-elle ?

7. Pourquoi la vérité de la connaissance historique est-elle un "idéal" ?

8. Quels sont les obstacles qui se dressent devant une connaissance scientifique des faits historiques. Sont-ils d'égale importance ?

9. Pourquoi l'histoire est-elle, malgré tout une science ?

 

 

 

 

 

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