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De la connaissance historique est un ouvrage de l'historien français Henri-Irénée Marrou, paru en 1954. Le projet de l'auteur est exposé ainsi : « On cherchera une réponse aux questions fondamentales : Quelle est la vérité de histoire ? Quels sont les degrés, les limites de cette vérité, quelles sont ses conditions d'élaboration ? En un mot quel est le comportement correct de la raison dans son usage historique ? » En recherchant la nature et la valeur de la connaissance historique, l'ouvrage rejette le positivisme de l'école historique méthodique, notamment de Langlois et Seignobos, tout autant que les philosophies de l'histoire, qui asservissent l'historien à un système ou une loi. L'auteur, « historien de métier, [qui] parle en philosophe » veut leur substituer une philosophie critique de l'histoire. Il s'inspire ainsi des travaux de Lucien Febvre, Marc Bloch, et Wilhelm Dilthey. Pour Marrou, l'historien ne trouve pas l'histoire toute faite dans l'analyse des sources, mais la construit, par un « acte de foi », après enquête rationnelle. (source : Wikipedia)

Commentaire du texte (pour voir le texte, cliquer sur le lien) :

Histoire vient du mot grec "Historia" qui signifie "enquête". ce terme est apparu en français au XIVème siècle. "Historia" est le titre du premier livre de l'Histoire européenne qui était en fait une enquête écrite au Vème siècle avant J.C. par Hérodote, considéré comme le père de la science historique.

Tout en reconnaissant sa dette envers Hérodote et les historiens du passé, Henri-Irénée Marrou veut faire de l'histoire une "connaissance scientifiquement élaborée du passé."

Henri-Irénée Marrou définit l'histoire comme "la connaissance du passé humain". Il précise cette définition dans l'avant-dernier paragraphe : l'Histoire est "la connaissance scientifiquement élaborée du passé".

Cette définition exclut tout ce que n'est pas l'Histoire : une représentation irréelle, fausse ou falsifiée, une narration, une étude, un mythe, une utopie, un roman, un catalogue de légendes pédagogiques, telle qu'on pouvait les trouver par exemple dans les ouvrages scolaires de Mallet et Isaac.

Quand Joinville chroniqueur du règne du roi Louis IX (saint Louis) écrit sa chronique de la septième croisade, il ne fait pas œuvre d'historien au sens moderne, même si les chroniques de Joinville présentent un réel intérêt historique, elle sont une œuvre littéraire à caractère hagiographique (destinée à prouver la sainteté d'un personnage). C'est d'ailleurs en partie grâce au témoignage de Joinville que Louis IX fut canonisé en 1297.

Joinville n'est pas un historien, mais un chroniqueur. Son œuvre présente un grand intérêt historique, mais ce n'est pas un historien au sens où l'entend Henri-Irénée Marrou.

Note : Jean de Joinville (v. 1224 - 24 décembre 1317), également connu sous le nom de Sire de Joinville, est un noble champenois et biographe de Saint Louis. Sénéchal de Champagne et historien du règne, il suit Louis IX à Aigues-Mortes et en Terre sainte lors de la septième croisade. 

Certes, précise Henri-Irénée Marrou, le travail historique doit normalement aboutir à une œuvre écrite. Le travail de l'historien suppose la publication de livres d'Histoire, la nécessité d'atteindre un "public", des lecteurs. Mais il s'agit là d'une "exigence pratique qui relève de la mission sociale de l'historien".

En réalité explique Henri-Irénée Marrou, l'Histoire existe déjà parfaitement élaborée dans la pensée de l'historien, avant même qu'il l'ait écrite. Les deux types d'activité : penser l'Histoire et écrire l'Histoire sont logiquement distinctes. L'une, le fait d'élaborer l'Histoire dans la pensée précède et suppose l'autre, le fait d'écrire l'Histoire, de coucher sur le papier le fruit de cette élaboration.

Le travail de l'Historien doit donc nécessairement aboutir à une œuvre écrite, mais il s'agit là d'une condition nécessaire, mais non suffisante. "L'histoire se définit par la vérité qu'elle se montre capable d'élaborer". Ce qui signifie que le travail de l'Historien se situe logiquement et chronologiquement en amont dans une exigence de rigueur et de scientificité de la pensée et non dans l'écriture proprement dite.

La mission sociale de l'historien ne consiste pas seulement à écrire des livres d'Histoire, mais se définit par "la vérité qu'elle se montre capable d'élaborer".

Examinons ce que l'Histoire n'est pas, selon Henri-Irénée Marrou. L'Histoire est une connaissance valide, vraie ;  elle n'est pas une représentation fausse ou falsifiée. On peut penser à la falsification des faits opérée par les régimes totalitaires. L'historien doit chercher à donner une représentation vraie du passé, il n'a pas le droit de falsifier le passé. La reconstitution rigoureuse des faits doit être le premier critère et la première exigence de l'historien de métier.

L'histoire ne doit pas être un récit fabuleux, une utopie le compte rendu de faits qui n'ont jamais eu lieu, ni dans le temps, ni dans l'espace humain que nous connaissons (utopie vient de u topos = non lieu) ; l'historien de métier n'a pas le droit de construire un passé idéal, il doit transcrire ce qui s'est réellement passé et non ce qui aurait pu se passer, "l'irréel du passé". 

L'Histoire ne doit pas être un "roman historique", une narration romancée du passé, comme par exemple Les trois mousquetaires d'Alexandre Dumas ou Ivanhoé de Walter Scott. L'historien a le droit de chercher à "passionner" ses lecteurs par sa manière de raconter les faits, mais il n'a pas le droit de changer les faits pour les rendre plus passionnants.

L'Histoire ne se confond pas avec le mythe, c'est-à-dire un récit légendaire des origines d'une société donnée, comme par exemple celui de la fondation de Rome par Romulus et Rémus, les frères jumeaux qui auraient été allaités par une louve.

L'histoire n'est pas la transcription des traditions populaires. L'historien de métier doit, là encore, interroger les traditions populaires pour faire la part de la légende et de la réalité.

Enfin, l'Histoire n'a pas pour vocation d'être un "roman national" destiné à édifier les jeunes générations, par exemple en leur inculquant "nos ancêtres les Gaulois", saint Louis rendant la justice sous son chêne, le vase de Soisson, etc. Même si ce "roman national" peut contenir une part de vérité, sa fonction est davantage de transmettre une idéologie destinée à créer un sentiment d'appartenance collective que de proposer une Histoire plus objective et plus complexe, des outils de recherche et une formation de l'esprit critique.

Note : Henri-Irénée Marrou explique que la figure de l'empereur Charlemagne telle qu'elle est évoquée dans les livres d'Histoire destinés aux écoliers français a son pendant "stichomityque" dans les livres d'Histoire destinés aux écoliers allemands.

L'Histoire n'est ni une simple recherche, ni une simple étude "car c'est confondre la fin et les moyens". La recherche et l'étude sont les moyens de l'historien pour comprendre l'Histoire et non leur fin qui est "la vérité qu'elle se montre capable d'élaborer".

Si l'historien pensait que la recherche de la vérité n'avait aucune chance d'aboutir à travers les outils qu'il a élaborés : recherche des sources, analyse et comparaison des document, établissement de leur authenticité (critique interne et externe), il ne poursuivrait pas sa recherche. Le but de sa recherche, ce ne sont pas les faits, mais la vérité historique.

L'établissement de la vérité historique ne débute vraiment qu'au XIXème siècle avec des historiens comme Michelet ou Fustel de Coulanges en France, Niebuhr et surtout Leopold von Ranke en Allemagne.

La connaissance de la vérité historique qui est la véritable fin de l'historiographie n'est jamais pleinement atteinte par l'historien. C'est un "idéal" qu'il n'est pas facile à atteindre, mais que l'on doit chercher à atteindre à travers l'effort rigoureux, le plus systématique pour s'en approcher. 

C'est pourquoi Henri-Irénée Marrou ne définit pas l'Histoire comme on a pu la définir par le passé : une représentation irréelle, fausse ou falsifiée, une narration, une étude, un mythe, une utopie, un roman, un catalogue de légendes pédagogiques, illustrées par des images d'Epinal, telles qu'on pouvait les trouver par exemple dans les ouvrages scolaires de Mallet et Isaac.

L'Histoire, la véritable Histoire, au sens moderne du terme est "la connaissance scientifiquement élaborée" du passé humain. Toutefois, la notion de science, ajoute Henri-Irénée Marrou est ambiguë. On aurait bien étonné Platon en faisant de l'Histoire une science comme les mathématiques. L'Histoire serait plutôt pour Platon du domaine de la doxa, de l'opinion, non de la science.

De même, pour Aristote, "il n'y a de science que du général", l'Histoire ne peut donc pas être une science du concret, du particulier. Les deux termes "science" et "concret" s'excluent l'un l'autre, comme les termes "science" et "particulier". 

L'histoire serait une science comme la physique, s'il y avait de lois en Histoire que l'historien serait susceptible de découvrir.

Dans le dernier paragraphe du texte, Henri-Irénée Marrou va préciser en quoi on peut parler de science à propos de l'Histoire. On peut parler de science à propos de l'histoire par opposition à la connaissance vulgaire de l'expérience quotidienne, une connaissance élaborée en fonction d'une méthode systématique et rigoureuse, qui s'est révélée représenter le facteur optimum de vérité.

Autrement dit, l'Histoire ne se réduit pas à l'opinion, à ce que Spinoza aurait appelée "connaissance du premier genre", mais une connaissance fondée sur une méthode, la méthode historique systématique et rigoureuse qu'il se propose de décrire dans son ouvrage. 

Toutefois, Henri-Irénée Marrou refuse le fétichisme de la méthode et des "fiches" qu'il reproche à certains de ses collègues (Langlois, Seignobos). L'historien doit d'abord chercher à entrer en sympathie avec les hommes du passé, les comprendre de l'intérieur comme ils se comprenaient eux-mêmes, en évitant de projeter sur eux sa propre subjectivité. Cette notion de "sympathie" issue de Wilhelm Dilthey distingue les sciences de la nature, fondées sur l'explication et les sciences de l'esprit, fondées sur la compréhension. 


 

 

 

 

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