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 "Je ne trempe pas ma plume dans un encrier, mais dans ma vie." (Blaise Cendrars)

Né en Suisse, Blaise Cendrars (1887-1961), de son vrai nom Frédéric-Louis Sausser, partit à seize ans à la découverte du monde : l'Asie d'abord, puis New-York, enfin la Russie et l'Extrême-Orient qui lui inspireront La Prose du Transsibérien (1913). Gravement blessé pendant la Grande Guerre, ce poète baroudeur se tournera plus tard vers le roman autobiographique (Moravagine, 1926) et d'autres passions : le cinéma, la musique américaine et les littératures africaines.

Blaise Cendrars fut, au début du XXème siècle, un infatigable poète bourlingueur, vers l'Ouest (Pâques à New-York, écrit en 1912), mais aussi vers l'Est ; il en rapporta en 1913 son oeuvre majeure : La Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France. Souvenir d'un voyage en Russie, ce long poème de 446 vers libres célèbre, comme chez Apollinaire dans Zone, l'alliance entre la vie moderne et une poésie libérée de toutes les contraintes.

 Cendrars, le voyageur infatigable, vagabonde dans le temps et l’espace. Les « sursauts de mémoire » du poète-voyageur suivent le principe de l’image-association qui invente le mouvement. Cette technique de la convergence d’images recrée une réalité autre, fascinante jusqu’à l’hallucination, représentative de la poésie de l’esprit nouveau. A Pierre Lazareff qui lui demandait s’il avait réellement pris le Transsibérien, Cendrars répondit « Qu’est-ce que ça peut te faire puisque je vous l’ai fait prendre à tous ? ».

Le pseudonyme Blaise Cendrars (qui fut d'abord Blaise Cendrart) est formé sur les mots "braise" et "cendre" qui symbolisent le phénix (oiseau mythologique immortel qui renaît de ses cendres), ainsi que sur le mot "art".

prose

Sonia Delaunay (1885-1979), La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France de Blaise Cendrars (1913), livre illustré avec pochoir, Editions des Hommes nouveaux, New-York Museum of Modern Art (MoMA)

La Prose du Transsibérien a été illustré et mis en forme par l'artiste Sonia Delaunay (1885-1979) et publié aux éditions Les Hommes Nouveaux à la fin de l'année 1913. Cet ouvrage se veut le premier livre simultané.

"J’ai la fièvre. Et c’est pourquoi j’aime la peinture des Delaunay, pleine de soleils, de ruts et de violences. Madame Delaunay a fait un si beau livre de couleurs, que mon poème est plus trempé de lumière que ma vie. Voilà ce qui me rend heureux. Puis encore, que ce livre ait deux mètres de long ! – Et encore, que l’édition atteigne la hauteur de la Tour Eiffel ! … Maintenant il se trouvera bien des grincheux pour dire que le soleil a peut-être des fenêtres et que je n’ai jamais fait mon voyage… " (Blaise Cendrars)

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"Les poètes voyagent, mais l'aventure des voyages ne les possède pas." (Henri Michaux)

La Prose du Transsibérien, 1913 (extrait) :

" Or, un vendredi matin, ce fut enfin mon tour

On était en décembre
Et je partis moi aussi pour accompagner le voyageur en bijouterie qui se rendait

à Kharbine
Nous avions deux coupés dans l'express et 34 coffres de joailleries de Pforzheim
De la camelote allemande "Made in Germany"
Il m'avait habillé de neuf et en montant dans le train j'avais perdu un bouton
- Je m'en souviens, je m'en souviens, j'y ai souvent pensé depuis -
Je couchais sur les coffres et j'étais tout heureux de pouvoir jouer avec le browning nickelé qu'il m'avait aussi donné

J'étais très heureux, insouciant
Je croyais jouer au brigand
Nous avions volé le trésor de Golconde
Et nous allions, grâce au Transsibérien, le cacher de l'autre côté du monde
Je devais le défendre contre les voleurs de l'Oural qui avaient attaqué les saltimbanques de Jules Verne
Contre les Khoungouzes, les boxers de la Chine
Et les enragés petits mongols du Grand-Lama
Alibaba et les quarante voleurs

Et les fidèles du terrible Vieux de la montagne
Et surtout, contre les plus modernes
Les rats d'hôtels
Et les spécialistes des express internationaux ;

Et pourtant, et pourtant
J'étais triste comme un enfant
Les rythmes du train
La "moelle chemin-de-fer" des psychiatres américains
Le bruit des portes des voix des essieux grinçant sur les rails congelés
Le ferlin d'or de mon avenir
Mon browning le piano et les jurons des joueurs de cartes dans le compartiment

d'à côté
L'épatante présence de Jeanne
L'homme aux lunettes bleues qui se promenait nerveusement dans le couloir et

qui me regardait en passant
Froissis de femmes
Et le sifflement de la vapeur
Et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel
Les vitres sont givrées
Pas de nature !
Et derrière, les plaines sibériennes le ciel bas et les grands ombres des

Taciturnes qui montent et qui descendent
Je suis couché dans un plaid
Bariolé
Comme ma vie
Et ma vie ne me tient pas plus chaud que ce châle

Ecossais
Et l'Europe toute entière aperçue au coupe-vent d'un express à toute vapeur
N'est pas plus riche que ma vie
Ma pauvre vie
Ce châle
Effiloché sur des coffres remplis d'or
Avec lesquels je roule
Que je rêve
Que je fume
Et la seule flamme de l'univers
Est une pensée..."

Blaise Cendrars, La prose du Transsibérien (extrait), in Nouvelle édition des oeuvres complètes de B. Cendrars, Denoël, 2005

Notes :

"moëlle chemin-de-fer" : selon Christine Le Quellec Cottier, cette expression énigmatique vient de Max Nordau (1849-1923), médecin et écrivain hongrois. dans Dégénérescence (Alcan, 1894), il traduit par "moëlle épinière chemin-de-fer" l'expression anglaise "railway-spine" qui désigne les effets néfastes de la civilisation sur le système nerveux. 

"Les Taciturnes" désignent les forêts sibériennes 

 

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I/ Les différentes parties de cet extrait :

1) Depuis "Or, un vendredi matin, ce fut mon tour" (V. 1) à - Je m'en souviens, je m'en souviens... (v.8) : le départ (anecdote réaliste)

2) Depuis "Je couchais sur les coffres" (v.9) jusqu'à "Vieux de la montagne..." (v. 20) : rêveries d'un enfants imaginatif. Espace ouvert.

3) Depuis "Et surtout contre les plus modernes (v. 21) jusqu'à la fin : retour à la réalité, les autres voyageurs, le paysage, la solitude. Espace fermé.

II/ Les indicateurs spatiaux et temporels (vers 1 à 10) et l'effet produit :

Indicateurs temporels : "un vendredi matin" (v. 1), "en décembre" (v. 2)

Indicateurs spatiaux : "Kharbine" (v. 4) (Kharbine est une ville de Mandchourie, région nord-est de la Chine), "dans l'express" (v.6)

La précision des indicateurs spatiaux et temporels produit une impression de réalisme qui contraste avec la suite du texte.

III/ Le passage de l'anecdote à l'évocation du souvenir imaginaire,  la place de l'enfance dans l'imaginaire :

L'anecdote est tirée d'un événement autobiographique réel : Le jeune poète porte par exemple avec lui un revolver, rappel probable de son premier voyage en 1905 dans les pays de l’est en compagnie de Rogovine avec qui il devait se former au métier de joaillier.

Dans le poème, le jeune garçon accompagne un voyageur de commerce en bijouterie, il monte dans un train express (Cendrars emploie une expression neutre, dénotative à la place de "Transsibérien", fortement connotée), ils ont "34 coffres (notez la précision du chiffre) de jouaillerie de Pforzheim..." (ville du nord de la Forêt Noire, en Allemagne), Cendrars précise "De la camelote allemande "Made in Germany" : le terme péjoratif "camelote" montre qu'il s'agit de bijoux de pacotille, de fausses pierres précieuses. Il ajoute "un petit détail vrai" : j'avais perdu un bouton, détail à vrai dire insignifiant et dérisoire, mais qui l'a marqué : - Je m'en souviens, je m'en souviens, j'y ai souvent pensé depuis -

Ce bouton perdu symbolise sans doute la distance entre ce garçon de 16 ans et le personnage de voyageur de commerce qu'il est censé être. Au sens propre, ce vêtement neuf est à la fois trop grand (c'est un vêtement d'adulte) et trop étriqué, trop étroit et trop "bourgeois" pour un "poète bourlingueur" (d'où la perte du bouton). Ce vêtement tout neuf commence déjà à vieillir, comme celui qui porte le vêtement où il était cousu..

Les affabulations (de "fabula" = fable) de l'adolescent sont encore ceux de l'enfance ; ils surgissent de la fascination pour les armes à feu, point de départ de la rêverie : "j'étais tout heureux de pouvoir jouer avec le browning (pistolet automatique) nickelé qu'il m'avait donné" (v. 9-10), "je croyais jouer aux brigands" (v. 12)... Ils sont nourris par la lecture des romans de Jules Verne et des contes (expurgés) des Mille et Nuits, la "littérature pour la jeunesse" de l'époque.

Note :

Michel Strogoff est un roman de Jules Verne paru en 1876 écrit spécialement pour la visite du tsar Alexandre II de Russie à Paris. Ce livre fut d'ailleurs approuvé par les autorités russes avant sa parution. Pour l'élaboration de ce roman, Jules Verne reçut des conseils de l'écrivain Ivan Tourgueniev, dont Hetzel était également l'éditeur.

Ce roman décrit le périple de Michel Strogoff, courrier du tsar de Russie, de Moscou à Irkoutsk, capitale de la Sibérie orientale. Sa mission est d'avertir le frère du tsar, resté sans nouvelles de Moscou, de l'arrivée imminente des hordes tatars menées par le traître Ivan Ogareff pour envahir la Sibérie. Sur cette route pleine d'obstacles, il trouvera la belle Nadia, ainsi que les journalistes européens Harry Blount et Alcide Jolivet. En général, cinq semaines sont nécessaires pour aller de Moscou à Irkoutsk. Les courriers du tsar (corps d'élite) mettent à peine dix-huit jours pour parcourir cette distance. Michel Strogoff met trois mois, à cause de toutes les épreuves qu'il doit surmonter. (source : wikipedia)

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L'adolescent transfigure les objets réels autour de lui : la camelote allemande "Made in Germany" devient "le trésor de Golconde" (ancienne cité de l'Inde, célèbre pour ses diamants), les voyageurs de commerce (son patron et lui-même) se transforment en bandits héroïques, il n'est plus question d'un express, mais duTranssibérien...

IV) La présence/absence de "Jeanne" (vers 32), la "petite prostituée", à qui est dédié le poème :

La tristesse de l'adolescent tient au fait qu'il prend soudainement conscience qu'il n'est plus un enfant qui se satisfait de rêves... Il se met à penser avec nostalgie à celle qu'il aime et qui, en réallité, n'est pas avec lui, la petite Jehanne de France : "la présence épatante de Jeanne" est un fantasme. Blaise Cendrars évoque la psychologie errante de cette période de la vie humaine où l'on n'est plus un enfant et pas encore un homme.

V/ Le thème de la désillusion et du froid : on remarque que la longueur des vers s'amenuise ; l'enthousiasme enfantin du début de l'extrait fait place à une certaine désillusion devant la réalité, ses vrais adversaires qui n'ont rien à voir avec les "méchants" des romans de Jules Verne : les rats d'hôtel et les spécialistes des express internationaux, les autres passagers, inquiétants comme l'homme aux lunettes bleues qui arpente nerveusement le couloir et qui le regarde en passant (peut-être cet homme aux (verres de) lunettes bleus est-il une mise en garde contre la tentation de voir la vie en bleu... ou en rose) ou vulgaires comme les joueurs de cartes qui jurent dans le compartiment d'à côté, le givre qui recouvre la vitre et empêche de voir le paysage, mais seulement les "ombres des Taciturnes" (forêts sibériennes), transformant le compartiment en prison.

Note : il est possible que l'homme aux (verres de) lunettes bleues soit une réminiscence d'une scène du roman de Gaston Leroux, Le Parfum de la Dame en noire, paru en 1908, suite des aventures du jeune reporter Rouletabille, après Le Mystère de la Chambre jaune. Cet "homme aux lunettes bleues", dans le roman de Gaston Leroux, dont le début se déroule dans un train, est un imposteur qui se fait passer pour quelqu'un d'autre. Le roman de Leroux évoque en filigrane la perte des illusions de l'enfance et le rapport au père, l'enquête policière y prend une dimension psychanalytique. Le thème "euphorique" du roman d'aventure  dans la première partie de cet extrait prendrait donc dans la deuxième partie un aspect dysphorique, l'homme aux lunettes bleues représentant peut-être alors le père de Blaise Cendrars (et donc le "sur-moi" du poète), l'adjurant de renoncer à ses rêveries enfantines pour devenir quelqu'un de sérieux et surveillant ce que fait (et ce que pense) son fils, "expédié" en Russie vers l'âge de 15 ans à cause de ses mauvais résultats scolaires. (hypothèse personnelle à reprendre avec précaution !)

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"L'homme aux lunettes bleues", Le Parfum de la Dame en noire, adaptation cinématographique de Denis Podalydès du roman de Gaston Leroux.

Le poète s'apitoie sur lui-même, sur sa "pauvre vie" symbolisée par le "châle effiloché", sur sa solitude, puisque le seul être qui pourrait le réchauffer (la petite Jehanne de France) n'est pas à ses côtés. Les "coffres remplis d'or" (et non plus de pierres précieuses) qui représentent l'obligation de "gagner sa vie" et non plus de vivre la vie qu'on avait rêvée, deviennent soudain dérisoires et sans intérêt. Il a froid et il n'a plus que sa propre pensée pour se réchauffer.

La deuxième partie du poème traduit le désenchantement de l'adolescent et la vanité des rêves de grandeur et de richesse qui se heurtent à la dure réalité d'un paysage glacé.

On remarque la présence d'une image surréaliste d'une grande beauté : "Les ornières du ciel" dans laquelle la nature exacte du comparant et du comparé, ainsi que leur point commun ne peuvent être saisis qu'en vertu d'une explication dont le poète semble le seul à détenir la clé.

Essayons de résoudre l'énigme :

"ornière" : une ornière est une trace plus ou moins profonde que les roues des voitures tracent dans les chemins : "le sable du chemin sillonné de profondes ornières que l'eau remplissait entièrement." (A. de Vigny)

Une ornière est un chemin tout tracé, habituel (les ornières de l'habitude) : "Vous êtes le criminel classique. Vous suivez l'ornière (J. Romains)

Sortir de l'ornière, d'une situation pénible, difficile.

(Le Petit Robert

Le syntagme nominal "l'ornière du ciel" fait voir l'espace libre du ciel obstrué de nuages sombres ("un ciel bas") ou un ciel de nuit privé d'étoiles. Le mot "ornière" ne connote pas habituellement le mot "ciel" (et à vrai dire jamais en prose où il ne peut se rapporter qu'à l'idée d'un "chemin de terre") ; sans doute désigne-t-il à la fois les rails du "chemin de fer" fonçant aveuglément dans la nuit ("le bruit éternel des roues en, folie"), vers une destination connue et un triste destin tracé d'avance, le mot "ciel" étant employé en syllepse, à la fois au sens propre et au sens figuré. Ce destin est celui du poète, mais aussi le destin collectif.

Les deux dernier vers : "Et la seule flamme de l'univers est une pensée", est un saisissant résumé de la morale stoïcienne : nous n'avons pas de prise sur le monde extérieur, qui ne dépend pas de nous ; seules nos pensées dépendent de nous... "Et je tâchais (je travaillais) à me vaincre plutôt que la fortune et à changer mes désirs que l'ordre du monde. " (René Descartes, Discours de la Méthode).

V/ Poésie ou prose ?

"Les révolutions poétiques modernes ont remis en cause le système traditionnel. Pourtant, un vers d'Eluard (ou de Cendras !) ne se lit pas autrement qu'un vers de Racine." (Jean Mazaleyrat, Eléments de métrique française)

On peut hésiter sur le genre de ce texte, d'autant que Cendrars a volontairement brouillé les repères entre prose et poésie en intitulant ce long poème "La Prose du Transsibérien".

On observe cependant un certain nombre de traits qui relèvent du  genre poétique :

I/ Du point de vue de la thématique : cosmopolitisme, exotisme, onirisme, expression lyrique de la solitude et de la tristesse, correspondance entre le paysage et les sentiments du poète.

II/ Du point de vue de la prosodie :

1) Il comporte des vers (phrases ou, le plus souvent des segments de phrases) qui commencent par une majuscule et se terminent par un blanc.

2) Bien qu'il s'agisse en général de "vers blancs", il y a cependant quelques  rimes internes et externes. Cherchez des exemples.

3) Cherchez des assonances et des allitérations.

Rappel :

L'assonance (substantif féminin), de l'espagnol asonancia, asonar (verbe) vient du latin adsonare (« répondre à un son par un autre son ») est une figure de style qui consiste en la répétition d'un même son vocalique (phonème) dans plusieurs mots proches. Comme l'allitération, elle repose sur une homophonie de la dernière voyelle non caduque du vers en versification. Plus globalement on parle en général d'assonance dans le cas d'une répétition d'une ou de plusieurs voyelles dans un vers ou une phrase. L'effet recherché est, comme avec l'allitération, la mise en relief d'une sonorité et par là d'un sentiment ou d'une qualité du propos. Elle vise l'harmonie imitative et en ce sens elle est très proche de l'onomatopée. Néanmoins il faut distinguer deux cas d'assonances : l’assonance métrique (se confondant souvent avec la rime) et l’assonance harmonique (hors cadre poétique et de versification).

L'allitération (substantif féminin), du latin ad (à) et littera (lettre) est une figure de style qui consiste en la répétition d'une ou plusieurs consonnes, souvent à l'attaque des syllabes accentuées, à l'intérieur d'un même vers ou d'une même phrase. Elle vise un effet essentiellement rythmique, mais permet aussi de redoubler, sur le plan phonique, ce que le signifié représente. Elle permet de lier phoniquement et sémantiquement des qualités ou caractéristiques tenant du propos afin d'en renforcer la teneur ou la portée sur l'interlocuteur comme dans : « Ai-je été entêté cet été de tenter de tâter et téter tes tétons tentants mais têtus sous cet arbre étêté ! »

L'allitération a une forte fonction d'harmonie imitative; en ce sens elle peut être considérée comme un type d'onomatopée (cf. Racine, Phèdre : "Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes"). L'allitération est couramment utilisée en poésie, mais est également connue en prose, particulièrement pour des phrases courtes ou dans les romans poétiques. Elle est proche du virelangue et du tautogramme.

4) Rythme : le bruit et les mouvements du train (arrêts, accélérations, ralentissements) sont rendus par la longueur et le rythme des vers. Montrez-le. Comptez le nombre de syllabes des vers... En cherchant bien, vous trouverez même des alexandrins (dodécasyllabes) insérés dans des vers plus longs !

5) Etudiez les rejets et les enjambements

Rappel :

En poésie, l'enjambement est un procédé métrique fondé sur l'inadéquation entre la syntaxe et le mètre d'un vers : un groupe syntaxique déborde d'une unité métrique sur l'autre.

6) Cherchez des figures de style (anaphores, comparaisons, métaphores)

7) Essayez de suivre et d'expliquer les associations d'images.

Note : Chris Michaelides rapporte la poétique de Cendrars, l'utilisation des vers libres, la suppression de la ponctuation dans certains passages, l'accumulation et la juxtaposition des noms de gare, aux techniques cinématographiques, permettant ainsi de lier La Prose du Transsibérien à La fin du monde filmée par l'Ange N.D de 1919, illustrée par Fernand Léger, ainsi que la participation de Cendrars au film d'Abel Gance, La Roue de 1923, dont les premiers plans sont ceux d'un train en marche.

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Blaise Cendrars (Frédéric-Louis Sauser) est né le 1er septembre 1887 à Berne en Suisse Allemande dans une famille bourgeoise et francophone. En 1904, à cause de ses mauvais résultats scolaires, il est envoyé à Moscou alors en pleine effervescence révolutionnaire (la première république des soviets a vu le jour en 1905). Il y reste jusqu’en 1907. C’est là qu’un bibliothécaire l’encourage à écrire. C’est à ce moment qu’il aurait écrit la Légende de Novgorode, de l’or gris et du silence.

Revenu en Suisse, il étudie la médecine à l’université de Berne où il aurait rencontré Adolf Wàfli, dessinateur de génie et schizophrène violent, le "grand fauve humain" de son livre Moravagine. Mais les études de médecine ne lui apportent pas les réponses aux questions qu’il se pose sur l’être humain, son psychisme, son comportement. C’est influencé par le symboliste Remy de Gourmont qu’il écrit ses premiers poèmes.

Fin 1911, il s’embarque pour New-York où il rejoint Fela Poznanska, une étudiante juive polonaise rencontrée à Berne qu’il épousera par la suite et qui sera la mère de ses trois enfants. Ce séjour lui montre la voie de la modernité dans laquelle le monde s’engage : mécanique et vitesse. C’est là qu’il écrit Pâques à New-York qu’il signe du pseudonyme qu’il vient de créer, Blaise Cendrars.

Pendant l’été 1912 à Paris, il fonde avec Emil Szittya, écrivain anarchiste, une revue, Les Hommes Nouveaux, et une maison d’édition où il publie "Pâques à New-York" et "Séquences".

A Paris il se lie avec la fine fleur de la "bohème" artistique de l’époque : Apollinaire, Chagall, Léger, Modigliani. En 1913, il publie La Prose du Transsibérien et la petite Jeanne de France avec des illustrations en couleur de la peintre Sonia Delaunay. C’est un poème-tableau de deux mètres de haut où se mêlent texte et image et présenté sous forme de dépliant.

Pendant la première guerre mondiale, Cendrars s’engage dans la Légion étrangère. Il est blessé lors de l’offensive de Champagne, le 28 septembre 1915. Gravement blessé à la main droite, il est amputé au-dessus du coude

Privé de bras, le poète apprend à écrire de la main gauche. En 1916, il publie "La guerre au Luxembourg". C’est au cours de l’été 1917 qu’il se découvre une nouvelle identité d’homme et de poète de la main gauche. Il écrit au cours de "sa plus belle nuit d’écriture", le 1er septembre, La Fin du monde filmée par l’ange N.D.

En 1919, il s’éloigne des avant-gardes artistiques et se tourne vers le cinéma. Il devient l’assistant d’Abel Gance pour son film "J’accuse". En 1921, il passe à la réalisation, mais c’est un échec. Comme nombre d’artistes de l’époque, il se passionne pour l’Afrique et compile dans son Anthologie nègre des contes de la tradition orale qu’il est le premier à considérer comme de la littérature. En 1923, il collabore avec Darius Milhaud pour la musique et Fernand Léger pour les décors et costumes des Ballets suédois.

1924, ce grand voyageur est au Brésil où il découvre son "utopialand" dans un pays où la nature et la population s’accordent avec ses aspirations profondes. Il y reviendra en 1926 et 1927. De retour du Brésil, il se lance dans le roman. Il écrit en quelques semaines L’Or (1925) où il narre le destin tragique de Johann August Suter, un milliardaire d’origine suisse ruiné par la découverte d’or sur ses terres en Californie. C’est un succès mondial qui fait de lui le romancier de l’aventure pendant les années 20. Suivent Moravagine (1926), Le Plan de l’Aiguille, Les Confessions de Dan Yack. Il prend contact avec le monde du journalisme avec la vie romancée de l’aventurier Jean Galmot (Rhum - L’aventure de Jean Galmot, 1930). Il devient grand reporter et explore les bas-fonds (Panorama de la pègre, 1935). Son ami Pierre Lazareff, patron de Paris-Soir, l’envoie visiter Hollywood (Hollywood, la Mecque du cinéma). En 1934, c’est la rencontre avec Henry Miller dont il devient l’ami.

En 1939, lorsque la guerre éclate, il s’engage comme correspondant de guerre de l’armée britannique et publie ses reportages dans Paris-Soir. Le livre qu’il tire de ces reportages, Chez l’armée anglaise, sera mis au pilon par les Allemands. Cendrars, déprimé, se retire à Aix-en-Provence et cesse d’écrire. Il ne recommence qu’en août 1943. Il publie plusieurs livres à partir de 1945 dont Bourlinguer.

Dans les années 50, après la poésie, le cinéma, le roman, le journalisme, ce touche-à -tout s’essaie à la radio. Sa dernière œuvre sera Emmène-moi au bout du monde (1956). Il meurt le 21 janvier 1961 après une vie que l’on peut qualifier de bien remplie. (souce : Handimarseille, le portail du handicap à Marseille)

 

 

 

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